Mgr Spiteri, nonce à Beyrouth: les Libanais voient le Pape comme un père

Mgr Joseph Spiteri, nonce apostolique au Liban, dans les locaux de Radio Vatican.
Mgr Joseph Spiteri, nonce apostolique au Liban, dans les locaux de Radio Vatican.  

Mgr Spiteri, nonce à Beyrouth: les Libanais voient le Pape comme un père

À la veille d’une journée de prière et de réflexion sur le Liban au Vatican, le représentant du Saint-Siège dans le pays du Cèdre revient sur les nombreuses attentes du peuple libanais face à cet événement et dresse un état des lieux de la crise profonde dans laquelle est plongée le pays, évoquant le rôle de l’Église à panser les plaies de la population.

Entretien réalisé par Olivier Bonnel – Cité du Vatican

C’est une journée très attendue par de nombreux Libanais. Ce jeudi, les responsables des communautés chrétiennes de tout le pays se retrouveront autour du Pape François pour une journée de prière et de réflexion. Le thème choisi pour cette journée est tiré d’un verset de Saint Jean: «Le Seigneur Dieu a des projets de paix, ensemble pour le Liban».

Depuis plusieurs mois la crise multiforme s’est accélérée dans le pays: crise économique avec le dévissage sans fin de la livre libanaise, qui a débouché sur une crise humanitaire, crise politique avec l’absence d’un gouvernement et l’incurie des responsables politiques. À cela s’est ajouté également la crise sanitaire liée au Covid-19.

Depuis l’explosion meurtrière du port de Beyrouth le 4 août 2020, le pays semble s’effondrer avec une vitesse vertigineuse. Les rêves d’exils, pour ceux qui peuvent se le permettent, sont devenus une réalité pour de nombreux Libanais. Malgré ce sombre tableau, certains veulent garder l’espérance d’un avenir meilleur. L’Église continue son œuvre de présence auprès des plus vulnérables. Mgr Joseph Spiteri, le nonce apostolique à Beyrouth depuis 2018, est présent à Rome. Il sera le modérateur de cette journée de travail. De passage dans nos studios, il est venu parler des attentes du Liban, de la réalité économique et sociale du pays et du rôle de l’Église catholique dans cette période d’obscurité.

Entretien avec Mgr Joseph Spiteri, nonce apostolique à Beyrouth 

Qu’attendent les Libanais de cette journée exceptionnelle convoquée au Vatican?

Au Liban, il y a véritablement un très grand amour pour le Saint-Père, et pour la figure de l’évêque de Rome en général. Le Pape François rappelle continuellement à la communauté internationale les problèmes du Liban, la population sent donc en lui un ami, un père. Bien sûr, ni le Saint-Père, ni les autres chefs des Églises n’ont de formules magiques mais il est très important de garder l’espérance en un futur possible

Dans cette société fracturée et appauvrie, quel est le rôle de l’Église, et vous-même comme représentant du Saint-Siège que pouvez-vous dire de l’œuvre d’unité à faire, malgré les difficultés?

La solidarité est en train de sauver le Liban, entre Libanais et Libanaises. Malheureusement, l’administration publique n’est pas présente. Nous l’avons perçu après la terrible explosion du port de Beyrouth. L’Église a lancé plusieurs projets d’aide, au niveau des paroisses qui organisent des distributions de boites aux familles les plus pauvres, au niveau de la Caritas locale qui a pris en charge nombre de familles dans chaque diocèse. Il y a aussi le problème de l’éducation. L’Église tient un réseau d’écoles, collèges et universités formidables mais avec la dévaluation, la plupart des parents n’ont pas la possibilité de payer les frais de scolarité. Nous avons à ce sujet reçu beaucoup d’aide à travers l’Œuvre d’Orient, les membres de la ROACO, les missions pontificales des États-Unis, les Allemands, la Caritas italienne, mais j’insiste sur cette solidarité entre les Libanais. C’est aussi grâce à la force de la diaspora. 

L’un des défis de l’Église est justement l’émigration, notamment des chrétiens. En 2012, venu à Beyrouth, le Pape Benoit XVI avait déjà pointé ce défi, en disant: «Mais non, restez dans votre pays». Comment faire pour qu’un jeune chrétien libanais ne quitte pas son pays aujourd’hui?

On le comprend aussi car l’émigration ne date pas de maintenant, aussi grâce à la très bonne formation académique dispensée au Liban. Le pays était connu comme «le collège et l’université du Moyen-Orient» et «l’hôpital du Moyen-Orient». Aujourd’hui, cela n’est plus possible. Certains jeunes tentent de se réinventer, il y a des start-ups, mais l’avenir des jeunes est très difficile au Liban. Cela ne concerne pas seulement les chrétiens.

Au niveau de l’Église, nous soutenons beaucoup l’éducation. L’Église est responsable de plus de 330 écoles et collèges dans le pays. Les écoles aident pas seulement à offrir une éducation, mais à maintenir nombre de familles: enseignants, administration. Surtout certains écoles rurales, dans les montagnes, ce sont elles qui maintiennent la présence chrétienne dans les villages. La crise actuelle a certainement aussi rapproché les communautés, les chrétiens des musulmans, car pour les deux, les gestes de charité sont fondamentaux.

Source: VATICANNEWS, LE 30 JUIN 2021

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