Allô, Samuel ? Comment Dieu nous appelle encore et toujours

SAMUEL ELI

Domaine Public

Allô, Samuel ? Comment Dieu nous appelle encore et toujours

Par Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op

Depuis son call-center céleste, Dieu appelle encore et toujours. Comme Samuel, il nous appelle à le suivre. Comme Samuel, nous ne savons pas toujours entendre cet appel qui est aussi l’appel de notre vocation. Et souvent nous lui résistons…

La sonnerie retentit. Une voix métallique préenregistrée déclare : « Le numéro que vous avez composé n’existe pas ou bien la ligne n’a pas été activée. » Ça sonne à nouveau, et au bout du fil une vraie voix cette fois-ci s’excuse, visiblement gênée : « Désolé, je ne suis pas intéressé. » Depuis le jardin d’Éden jusqu’à nos jours, Dieu a la vie d’un salarié de call-centerproposant un nouveau forfait téléphonique ou un contrat d’assurance. Mais Dieu ne se lasse pas. Dieu appelle, jour après jour, cœur après cœur.

Avec Samuel, Dieu a dû s’y reprendre à trois fois (1 S 3, 3b-10.19). Samuel avait pourtant passé son enfance au Temple, dans la familiarité du prêtre Éli. Mais jamais il n’avait songé que Dieu pourrait s’adresser directement à lui. Pour lui, Dieu demeurait une figure un peu vague, entrevue dans les rouleaux de la Torah, pressentie dans la fumée des encens, enseignée par les prêtres. Dieu était quelque chose de grand, mais Dieu n’était pas encore quelqu’un.

Dieu appelle une fois, deux fois, trois fois, mais les jumeaux de Samuel à travers les âges ne le reconnaissent pas.

Le petit Samuel a beaucoup de jumeaux à travers les âges. Aujourd’hui, élevés dans une famille catholique, ils ont appris les rudiments de la foi au catéchisme, ils ont peut-être même fréquenté des prêtres ou des religieux, à l’aumônerie ou dans une troupe scoute. Mais Dieu ne s’est pas encore révélé comme quelqu’un. Dieu appelle une fois, deux fois, trois fois, mais ils ne le reconnaissent pas. Trouveront-ils un Éli, un aîné dans la foi, pour leur apprendre à se mettre véritablement à l’écoute de la Parole de Dieu, et à remettre leur vie entre ses mains ?

Au Ciel, entouré de légions d’anges et des saints déjà entrés dans la béatitude, Dieu continue d’appeler. Il pourrait envoyer un appel collectif via une mailing-list, faire une campagne d’affichage dans le métro ou une vidéo sur Tik-Tok, mais Dieu sait que rien ne remplace une conversation personnelle, cœur à cœur. Alors Dieu reprend le Livre de vie, et compose un nouveau numéro. Il vient chercher chacun d’entre nous, un par un.

Avec Jean-Baptiste, Dieu avait trouvé un relais efficace. Une personnalité charismatique, qui attire les foules, mais qui sait s’effacer pour désigner la vraie lumière : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1, 35-42).  La séduction exercée par Jean-Baptiste est réelle, et il en est conscient, mais il n’en profite pas. On n’a encore signalé aucun abus spirituel ni sexuel le concernant. Il ne cherche pas à se créer un petit cercle d’adeptes. Au contraire, il encourage ses disciples à se détacher de lui pour suivre le Christ, et rien que le Christ. Et même là, il propose, et n’impose pas sa vision.

Rien ne remplace un contact réel

Et Jésus, alors ? En tant que Fils de Dieu, comment Jésus appelle-t-il ? Il faut commencer par dire qu’il applique les préceptes du Père. Pour avoir une conversion cœur à cœur, il se déplace en personne. Depuis le Ciel jusqu’à la terre, et d’un bord du lac à l’autre, Jésus marche à la rencontre de ceux qu’il appelle. Rien ne remplace un contact réel. Jésus sait que les disciples de Jean-Baptiste ont déjà reçu un enseignement solide. Alors, il les invite simplement : « Venez, et vous verrez. »

La vocation d’André et Jean, comme celle de Samuel, illustrent l’appel fondamental que Dieu adresse à tout chrétien : c’est la vocation baptismale, dont la finalité est la sainteté.

C’est une leçon pour les évangélisateurs d’aujourd’hui : lorsqu’il y a eu quelques bonnes conversations, quelques réponses apportées aux questions, beaucoup d’écoute, il arrive un moment où rien ne remplace l’expérience vécue. Pour celui que Dieu appelle par la voix d’un chrétien, la raison désormais éclairée a peut-être déjà fait l’essentiel du chemin et pressent que la vérité est au bout de ce chemin. Mais pour faire le dernier pas, la personne doit expérimenter cette vérité comme désirable et bonne. À celui qui semble attiré par la foi chrétienne, il faut donc proposer de venir et de voir par lui-même : un groupe de prière, la messe, une retraite dans un monastère, une activité caritative où la vie chrétienne est menée en commun de manière authentique et joyeuse. Jésus ne se rencontre vraiment qu’au sein d’une communauté de disciples.

L’appel de la vocation

Depuis son call-center céleste, Dieu appelle encore et toujours. La vocation d’André et Jean, comme celle de Samuel, illustrent l’appel fondamental que Dieu adresse à tout chrétien : c’est la vocation baptismale, dont la finalité est la sainteté. Aussitôt, ils deviennent évangélisateurs, puisque André présente son frère Pierre à Jésus. Avec Pierre, il semble que Jésus discerne déjà un appel plus spécifique. La vocation demeure identique quant à sa finalité : suivre Jésus et être un saint. La différence ne se prend pas de la finalité, identique toujours et partout (mariage, sacerdoce, consécration religieuse) mais des moyens choisis pour y parvenir.

Je ne suis pas digne, pas compétent, je suis un pécheur’. Et alors ? L’appel de Dieu n’est pas conditionné par un mérite antérieur.

Dieu appelle, la sonnerie retentit. Une fois, deux fois, trois fois. Gontran est inquiet, Cunégonde blêmit. C’est qu’ils sont déjà baptisés, catholiques pratiquants, engagés dans leur paroisse… Qu’est-ce que Dieu pourrait bien vouloir de plus ? Il ne manquerait plus qu’il nous appelle à une vocation de prêtre, de religieux ou de religieuse ! Ah non, sûrement pas ! Gontran et Cunégonde ont déjà une liste d’objections à opposer à cet appel. Et d’abord, puisqu’il s’agit de se conformer à la Parole de Dieu, Gontran commence par l’objection du prophète Jérémie lorsque Dieu l’appelle : « Je ne sais pas parler, car je suis un enfant. » C’est l’objection du bon chrétien à l’appel à une vocation spécifique : je ne suis pas digne, pas compétent, je suis un pécheur. Et alors ? L’appel de Dieu n’est pas conditionné par un mérite antérieur. Dieu n’appelle pas des gens déjà saints, il les appelle pour devenir saints. Objection irrecevable, et donc rejetée.

Cunégonde revient à la charge : « Oui, mais Seigneur, j’ai peur ! » Patient mais un peu agacé, Jésus répond du tac au tac : « Eh moi alors, au jardin des Oliviers, tu crois que je n’ai pas eu peur ? Si c’est possible, que cette coupe s’éloigne de moi, ça ne te rappelle rien ? Mais que ta volonté soit faite et non la mienne, c’est la suite, si jamais tu avais oublié ! » Oui, la vocation fait peur. Mais si cette vocation est réellement la mienne, alors elle est faite pour moi parce que Dieu me connaît plus intimement que moi-même. Ce n’est pas quelque chose d’extrinsèque qui s’abattrait sur quelqu’un de manière arbitraire. La vocation, c’est la manière dont Dieu veut tirer le meilleur de ce que je suis déjà inchoativement. Cela n’exclut pas les combats, les croix, mais si c’est bien ma vocation, alors je n’ai rien à craindre.

L’appel du désir

Gertrude, la grande copine de Gontran et Cunégonde, intervient dans la conversation : « Mais moi, je n’ai jamais discerné un appel de la part de Dieu ! » Jésus se moque : « Ça c’est ce que tu crois… » C’est qu’en effet si Dieu appelle parfois selon un mode extraordinaire, grâce à des manifestations sensibles, dans un déploiement de grâces spectaculaires (saint Paul, Claudel, etc.), le plus souvent il répugne aux effets spéciaux hollywoodiens et travaille dans l’invisible du cœur. Jésus reprend : « Je t’appelle à travers tes désirs. » Au cœur de ce vaste champ de désirs contradictoires qu’est l’âme humaine, certains désirs apparaissent, d’autres disparaissent, certains augmentent en intensité tandis que d’autres diminuent, mais peu à peu il semble qu’un désir reste stable, et même grandit, non sans obstacles mais résistant à l’épreuve du temps. Ce désir-là, il y a de fortes chances que ce soit la vocation à laquelle Dieu m’appelle !

Posant le regard sur tous ces jeunes et moins jeunes qu’il aime plus que tout, Jésus conclut : « Avec le temps, avec de la patience et de la prière, avec l’aide de conseils extérieurs, en allant expérimenter sur place les vocations auxquelles vous aspirez, vous verrez ! J’appelle, et je vous attends. » Alors, Samuel, André, Jean, Pierre, Gontran, Cunégonde et Gertrude répondent, comme tous les saints dans l’histoire de l’Église, laïcs et religieux, ingénieurs et femmes de ménage, hommes, femmes et enfants : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! »

Source: ALETEIA, le 16 janvier 2021

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