Débat: Marthe Robin et le livre posthume de Conrad De Meester

Marthe Robin, une fondation pour la nouvelle évangélisation

Marthe Robin et le livre posthume de Conrad De Meester

J’ai lu attentivement votre dossier du 2 octobre sur Marthe Robin accusée de « fraude mystique » et j’ai été sidéré par l’attitude de la postulatrice qui, ne pouvant nier l’évidence du plagiat, s’ingénue à le justifier. Elle me fait penser à ce jeune séminariste africain pris en flagrant délit avec une papaye en main au pied de l’arbre, qui soutenait l’avoir trouvée par terre et vouloir la raccrocher aux branches…
À suivre la postulatrice, aurait-il été normal que Bernadette de Lourdes, qui elle non plus n’avait guère fait d’études, attribue à la Dame des propos trouvés dans un livre ou que L’Histoire d’une âme de sainte Thérèse soit une compilation de textes d’autres carmélites ?
Il semble bien qu’il ne faille pas seulement sauver à tout prix la cause d’une femme à qui, si je vous ai bien lu, le père De Meester reconnaît bien des qualités, mais celle de toutes les structures et toutes les personnes qui se sont réclamées d’elles. Une fois qu’elles avaient affirmé « Marthe m’a dit que… » – je parle d’expérience – il n’était plus possible d’envisager avec elles le moindre discernement.
Les tentatives de minimisation d’une « fraude mystique » avérée sont vaines. Depuis une récente décision du pape François concernant Medjugorje, nous savons qu’il faut soigneusement distinguer entre la réalité d’un phénomène mystique et le progrès spirituel des personnes qui, de bonne foi, y adhèrent. Il semble bien que le proverbe cité par Jésus connaisse des exceptions, en ce sens que bien des arbres plus ou moins mauvais donnent d’excellents fruits.

P. Bernard Xibaut

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la double page consacrée à Marthe Robin et au livre qui vient d’être publié (La Croix du 2 octobre). Il reste une question sans réponse. Pourquoi une telle publication ? Alors que ces éléments étaient connus de Rome et ont été appréciés semble-t-il à leur juste valeur, quel est le but recherché en publiant ce livre ? (…)

Olivier Devergne

Vous semblez adhérer sans réserve à la thèse du père Conrad De Meester : « Marthe Robin a trompé son monde. » 
Il n’est pourtant que l’un des 28 experts qui ont participé à l’enquête préalable à son procès de canonisation, et ne publier qu’un seul point de vue, isolé et contredit par les autres experts et l’ensemble des témoignages ne me paraît pas honnête. (…)
Cette position relève selon moi d’un véritable parti pris qui est une insulte non seulement à tous les membres des Foyers de charité et à ceux qui les fréquentent, mais aussi à notre Église via la Congrégation pour les causes des saints dont l’avis n’est évoqué que dans un autre article.

Patrice Gaullier

Je viens de lire vos deux pages concernant Marthe Robin et je voudrais faire plusieurs observations. J’ai connu dans ma vie un certain nombre de religieux de haut rang, et je les ai trouvés, pas tous mais beaucoup d’entre eux, extrêmement intellectuels et avec un grand talent, mais incapables, à ma stupéfaction, d’une perception plus spirituelle qu’intellectuelle des réalités chrétiennes.
Les commentaires du père De Meester concernent une période « primaire » de Marthe Robin et ne couvrent pas les trente et une dernières années.
Ses commentaires privilégient hautement les écrits par rapport aux témoignages, pourtant extrêmement nombreux et convergents.
Marthe n’était pas une intellectuelle et n’a jamais prétendu l’être. Cela n’a pas empêché l’académicien et grand intellectuel catholique Jean Guitton, un presque-disciple de Marthe, d’être subjugué par ses entretiens avec elle. Il a d’ailleurs écrit à ce propos des textes tout à fait importants.
À Châteauneuf-de-Galaure, on ne citait jamais comme écrits de Marthe que ses prières, dont cette fameuse, que j’avais apprise par cœur et dont je ne me souviens plus que de la formule : « Conduis-nous toujours plus loin dans les profondeurs de l’Auguste Mystère… »
Marthe Robin a toujours affirmé marcher dans les pas de Thérèse de Lisieux, dont elle se disait en quelque sorte l’élève.
Faire de Marthe une faussaire parce qu’elle a recopié les textes qu’elle aimait, c’est tellement curieux. Remplacer « recopie » par « plagiat » n’a aucun sens pour moi dans ce cas.
Et enfin, on reconnaît l’arbre à ses fruits. Que restera-t-il du père De Meester dans dix ans ? Pour Marthe, c’est d’ores et déjà différent. Cela dit, le cas de Marthe continue d’interroger et d’interpeller, et c’est tant mieux.

Bernard Vanhoutte

Je viens de lire avec étonnement les deux pages consacrées à Marthe Robin ; je dois dire que je n’arrive pas à comprendre l’acharnement contre l’histoire de cette femme, acharnement mené par un carme récemment décédé, et manifestement soucieux de bien fouiller dans tous les coins, et d’y consacrer tout son temps !

Et quel est l’intérêt de ses supérieurs de publier son livre ?
Si on avait découvert que Marthe Robin était une simulatrice qui se levait la nuit pour descendre à la cuisine, sans trace de paralysie, je comprendrais. Mais on lui reproche d’avoir (un peu trop, sans doute) utilisé des textes d’autres auteurs spirituels…
Y a-t-il de quoi parler de plagiat, si cela correspondait à sa vie spirituelle profonde ?
Et puis, peut-on oublier tout le bien qu’elle a fait ? les fruits qu’elle a semés ?
Il y a actuellement dans l’Église un mouvement étrange : après l’omerta, tout d’un coup, on ­exhume le passé pour sembler ne rien cacher, quitte à en faire une présentation hyper-négative. (…)

Agnès Blanc

(…) Je suis écœuré et très déçu de la présentation du livre de Conrad De Meester sur Marthe Robin. Titre accrocheur en première page. Page 20 entière et partie de la page 21 sur sa « fraude mystique » ! Toute la présentation consiste à faire croire que les affirmations de Conrad De Meester sont vraies et justes et que l’Église qui l’a reconnue comme « vénérable » en 2014 s’est trompée. Alors que cette reconnaissance est le fruit d’une longue enquête diocésaine puis romaine qui a duré près de vingt-cinq ans avec l’analyse des rapports de 28 experts dont déjà Conrad De Meester. Conrad De Meester a tenu jusqu’à sa mort à sa vérité, ce qui n’en fait pas la Vérité ! (…)

Georges-Eric d’Argenlieu

Source: La Croix, le 13 octobre 2020

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