Le Pape François invite à libérer la figure de Marie de l’influence des mafias

Le Pape François se recueille devant la Vierge Marie, le 11 mars 2020. Le Pape François se recueille devant la Vierge Marie, le 11 mars 2020.  

Le Pape François invite à libérer la figure de Marie de l’influence des mafias

Dans une lettre à l’Académie pontificale mariale internationale (PAMI), le Pape François se félicite de l’institution d’un département d’analyse et d’étude des phénomènes criminels et mafieux en son sein, «pour libérer la figure de la Vierge de l’influence des organisations criminelles». Entretien avec le père Stefano Cecchin, président de l’Académie pontificale. 

Amedeo Lomonaco – Cité du Vatican

«La dévotion mariale est un patrimoine religieux-culturel à sauvegarder dans sa pureté originelle, en la libérant des superstructures, des pouvoirs ou des conditionnements qui ne répondent pas aux critères évangéliques de justice, de liberté, d’honnêteté et de solidarité».

C’est ce que le Pape François a souligné dans la lettre envoyée le 15 août dernier au père Stefano Cecchin, président de l‘Académie pontificale mariale internationale.

Dans ce document, le Souverain Pontife rappelle également qu’au sein de cette académie pontificale, le Département d’analyse et d’étude des phénomènes criminels et mafieux a été créé, «pour libérer la figure de la Vierge de l’influence des organisations criminelles». Parmi les exemples de cette spiritualité déformée, l’on peut citer le «salut» des statues de Marie devant les maisons des patrons de la mafia lors des processions.

Dans sa lettre, le Pape François salue également les promoteurs, les intervenants et les participants de la journée d’étude, prévue pour le 18 septembre prochain et organisée par l’Académie pontificale mariale internationale en collaboration avec les autorités ecclésiastiques et les institutions publiques.

L’objectif de l’initiative est d’identifier des «réponses efficaces» pour une nécessaire «opération culturelle de sensibilisation des consciences». François espère également que les sanctuaires mariaux deviendront de plus en plus «des citadelles de prière, des centres d’action évangélique, des lieux de conversion, des pierres angulaires de la piété mariale».

Un patrimoine à redécouvrir et à sauvegarder

Le père Stefano Cecchin, président de l’Académie pontificale mariale internationale, souligne que la figure de Marie est utilisée par des organisations criminelles pour soumettre les gens, pour les rendre esclaves. Il rappelle les devoirs et la mission de l’Académie pontificale:

R. – La mission de notre académie est de donner une saine formation mariologique en vue d’une piété populaire saine. Nous devons redécouvrir le patrimoine religieux et culturel que nous avons dans le monde entier, mais surtout en Italie. Un patrimoine que nous devons revaloriser et sauvegarder dans sa pureté originelle.

Il s’agit de préserver ce patrimoine de la contamination qui affecte cette pureté…

R. – Il y a une religiosité faible qui est manipulée par ceux qui savent comment manipuler le cœur et les sentiments des gens, non seulement du point de vue du crime, mais aussi sous d’autres formes, y compris les magiciens de la guérison et les gourous. Toutes les formes permettant d’utiliser les difficultés des gens en leur donnant des « réponses magiques » pour ensuite avoir un retour économique.

Il y a aussi de graves distorsions liées à la figure de Marie…

R. – La figure de Marie est utilisée précisément pour maintenir les gens en esclavage en exagérant la figure de « Marie comme femme soumise de Dieu » qui se résigne au sort de son Fils qui meurt face au pouvoir. Et donc il y a toute cette réalité d’asservissement et de non-assistance à vivre une vraie religiosité. Mais il existe une religiosité liée aux superstitions, à la magie et aux pouvoirs qui effraient alors les gens.

Dans sa lettre, le Pape rappelle également qu’un département ad hoc a été créé au sein de l’Académie pontificale mariale internationale pour étudier les phénomènes mafieux criminels et «libérer la figure de Marie de l’influence des organisations criminelles» …

R. – C’est précisément le message du Pape adressé principalement pour nous féliciter et aussi parce que nous poursuivons ce voyage commencé dans le cadre de la chaire « Marie, chemin de paix entre les cultures ». Nous avons approfondi cet aspect et avons donc créé ce nouveau département qui implique un grand nombre de magistrats, de criminologues, de personnes de l’armée, de l’État et de l’Église, précisément pour travailler ensemble pour le bien de la personne humaine et de la société, de la « maison commune » comme le dit le Pape François.

Pour diverses organisations criminelles, et en particulier la N’drangheta, les formes rituelles représentent l’essence même de l’organisation. De là découle ensuite une utilisation déformée de la dévotion par les mafias. C’est un cancer à combattre. Peut-on l’éradiquer?

 R. – Nous voulons l’éradiquer par la formation de personnes, de familles. Une formation qui est vraiment chrétienne. Le Pape François nous appelle à cette formation intégrale de la personne humaine. Le premier principe pour aider l’humanité et le foyer commun, la société et l’homme et la femme, est précisément celui de donner une formation saine.

Un autre phénomène inquiétant qu’il faut combattre est celui des saluts pendant les processions…

R. – Ce n’est pas de la religion! C’est de la superstition. Comment la religion est-elle lue par ces dirigeants, par ces mafias? Comme une réalité pour laquelle Dieu se soumet également à eux? Et la Vierge se prosterne-t-elle aussi devant eux et les patronise, eux et leur autorité? Ils veulent presque apprendre aux gens que Dieu est avec eux. Ils veulent donc aussi utiliser les sentiments religieux des gens pour les amener à ne pas être libres, mais esclaves.

Le 18 septembre prochain à Rome, lors de la conférence organisée par l’Académie pontificale mariale internationale, seront élaborées les lignes directrices de ce nouveau département qui, comme vous l’avez mentionné, implique non seulement des théologiens et des mariologues mais aussi des magistrats, des criminologues, des avocats, des membres des forces de police et des maires de différentes villes. Une alliance entre des hommes d’Église et des représentants de la société civile…

A- Le 18 septembre, l’ensemble du parcours et des projets sera présenté. Nous commencerons les cours en octobre. L’idée est que chaque année, le 13 mai, il y aura une conférence nationale qui portera les fruits de ce travail. Ce que nous répétons, c’est que nous devons travailler ensemble, mais chacun avec sa propre identité sans confondre l’État, l’Église, les associations. Nous devons être unis pour le bien commun. Le Pape nous a dit que l’académie doit être un lieu de rencontre, un lieu de dialogue.

Nous travaillons également avec les musulmans. Nous avons créé la Commission mariale chrétienne musulmane. Et nous allons aussi commencer des cours avec la Mosquée de Rome. Nous les accompagnons également sur ces aspects de mauvaises interprétations de la religion ou sur la manière dont la religion est utilisée pour diviser et créer des problèmes. Dieu, au contraire, est amour et non peur ou punition.

Source: VATICANNEWS, le 20 août 2020

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