Corée: le diocèse de Pyongyang consacré à Notre-Dame de Fatima

Le cardinal Andrew Yeom Soo-jung, ici lors de la messe de la nuit de Noël du 24 décembre 2018 en la cathédrale de Séoul.Le cardinal Andrew Yeom Soo-jung, ici lors de la messe de la nuit de Noël du 24 décembre 2018 en la cathédrale de Séoul. (ANSA)

Corée: le diocèse de Pyongyang consacré à Notre-Dame de Fatima

Le cardinal-archevêque de Séoul, en Corée du Sud, procèdera le 15 août à la consécration du diocèse de Pyongyang, en Corée du Nord, dont il est l’administrateur apostolique mais qui n’a quasiment plus d’existence matérialisée depuis plusieurs décennies. Cet acte de consécration sera mené à distance, compte tenu de la difficulté d’organiser des célébrations catholiques au Nord.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

«J’espère que le jour viendra bientôt où nous pourrons partager avec nos frères et sœurs nord-coréens la joie de l’Assomption de la Sainte Vierge Marie», écrit le cardinal Andrew Yeom Soo-jung, archevêque de Séoul et administrateur apostolique de Pyongyang, dans un message adressé aux fidèles coréens à l’approche de la solennité de l’Assomption.

«Comme cette année marque le 75e anniversaire de la libération de la Corée de la domination coloniale japonaise et le 70e anniversaire du déclenchement de la guerre de Corée, j’ai décidé de dédier le diocèse de Pyongyang à Notre-Dame de Fatima, après une prière et un discernement sincères», explique-t-il.

Cette consécration intervient par ailleurs six ans après la visite du Pape François, durant laquelle l’évêque de Rome avait présidé une messe pour la réconciliation des deux Corée. Le cardinal coréen, dans son message, précise qu’il demandé au Pape François une bénédiction spéciale pour le diocèse de Pyongyang. «Le Saint-Père a promis d’offrir une prière spéciale pour la protection de la Sainte Vierge Marie le jour où nous dédions le diocèse de Pyongyang à la Sainte Mère de Fatima», a-t-il expliqué.

Trouver le chemin de la paix, sans se décourager

Le cardinal exprime le souhait que les habitants de toute la Péninsule coréenne et leurs dirigeants ouvrent leur cœur et entament un dialogue pour parvenir à une paix véritable. L’objectif semble ardu, car l’anniversaire du début de la guerre de Corée tombe cette année à un moment marqué par de nouvelles tensions inquiétantes entre les deux Corée, qui ont culminé le 16 juin dernier, lorsque le régime nord-coréen a fait sauter le siège du bureau de liaison sud-coréen qui avait été ouvert dans la ville de Kaesong, après le sommet historique intercoréen d’avril 2018.

Dans un message récent, en vue de cet anniversaire, Mgr Lee Ki-heon, chef du Comité pour la réconciliation de la Conférence épiscopale coréenne avait relancé l’appel à un traité de paix pour mettre définitivement fin à la guerre, l’un des conflits les plus sanglants de l’histoire après les deux guerres mondiales, et pour arriver à la dénucléarisation complète de la péninsule. Ce traité semblait proche après la « Déclaration de Panmunjom » signée en avril 2018 par le président sud-coréen Moon Jae-in et le leader du Nord, Kim Jong-un, mais la dégradation du climat diplomatique depuis un an en fait de nouveau un objectif lointain.

L’enjeu de la commémoration du 15 août recouvre toutefois un sujet de consensus et d’unité pour tous les Coréens. Le jour de l’Assomption fut en effet le jour de la libération, en 1945, de la domination coloniale japonaise en Corée. L’Église catholique coréenne considère la libération comme un don de la Vierge Marie et c’est pourquoi elle se joint aux célébrations, en célébrant des messes dans les cathédrales de tout le pays afin d’exprimer sa gratitude pour la libération de la nation et le rétablissement de la paix dans le monde, et en hissant les drapeaux nationaux pendant la messe solennelle du 15 août dans la cathédrale de Myeongdong à Séoul.

Une chrétienté oubliée et méconnue

Si le catholicisme a connu une progression remarquable ces dernières décennies en Corée du Sud, à l’inverse, le régime nord-coréen, qui a établi l’une des formes de communisme les plus répressives au monde à l’encontre des religions (peut-être comparable au régime athée en vigueur en Albanie des années 1960 aux années 1980), est parvenu à éradiquer presque toute trace de présence chrétienne sur son territoire.

Pyongyang était pourtant connue à la fin du XIXe siècle comme la «Jérusalem de l’Orient». La ville comptait alors plus d’une centaine d’églises, en raison du dynamisme des missions catholiques mais aussi protestantes. Le nord de la Corée, avant l’occupation japonaise, était considéré comme la zone la plus christianisée de l’Asie, avec les Philippines.

L’arrivée au pouvoir de la dynastie Kim, à partir de 1948 mènera à l’éradication totale de toute présence missionnaire visible, car dans l’idéologie du régime, les Églises chrétiennes étaient associées aux influences de l’Occident et surtout des États-Unis, l’ennemi absolu contre lequel une guerre totale fut menée de 1950 à 1953, sans que l’armistice n’y mette formellement fin.

Symboliquement, en 1962, saint Jean XXIII décide toutefois d’ériger la préfecture apostolique de Pyongyang en diocèse de plein droit, sans savoir si l’évêque en poste, Mgr Francis Hong Yong-ho, né en 1906, emprisonné et porté disparu depuis 1949, était encore en vie. Ce n’est que le 1er juillet 2013 que l’Annuaire pontifical du Saint-Siège prendra acte de son décès, sans qu’aucun indice concret ne permette d’en établir la date.

Les ouvertures du Nord à partir des années 1990

Un très léger assouplissement fut observé à partir des années 1980-90, lorsque le régime de Kim Jong-il, désormais privé de l’aide soviétique et faisant face à un effondrement économique ayant mené une partie de la population à la famine, avait cherché à se désenclaver et à s’ouvrir à l’aide humanitaire.

Des organisations chrétiennes comme la Caritas ont alors pu établir des contacts avec le ministère nord-coréen de la Santé pour des missions bien définies, notamment des programmes de lutte contre la tuberculose. Dans ce cadre d’assistance, la présence de responsables religieux catholiques a été acceptée par le régime, y compris des membres de la conférence épiscopale: un évêque auxiliaire de Séoul put ainsi effectuer une première visite en 1998, et d’autres ont suivi.

Lors de ces visites humanitaires, des messes ont pu être célébrées en présence de délégations sud-coréennes dans la cathédrale catholique qui existe désormais à Pyongyang, un église moderne construite en 1988. Elle accueille aussi des célébrations en l’absence de prêtre pour les quelques centaines de catholiques nord-coréens, qui seraient environ 800, mais des statistiques précises sont impossibles à établir et leur périmètre de liberté dans la pratique religieuse reste extrêmement restreint.

Source: VATICANNEWS, le 13 août 2020

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