Les jeunes, les personnes âgées et la prophétie de Joël

Voyage apostolique en Roumanie, le 31 mai 2019Voyage apostolique en Roumanie, le 31 mai 2019 (Vatican Media)

Les jeunes, les personnes âgées et la prophétie de Joël

Le 26 juillet, il y a sept ans, lors des JMJ au Brésil, le Pape François a lancé un appel pour renforcer le dialogue entre les générations. Un thème qu’il a repris et développé durant son pontificat et qui, à notre époque marquée par la pandémie, devient fondamental pour envisager l’avenir avec espérance.

Alessandro Gisotti – Cité du Vatican

«Combien est importante la rencontre et le dialogue entre les générations, notamment au sein de la famille». Nous sommes le 26 juillet 2013, le Pape François regarde depuis le balcon de l’archevêché de Rio de Janeiro. Pour l’écouter, lors de la récitation de l’Angélus, des milliers de jeunes du monde entier sont venus au Brésil pour les Journées mondiales de la jeunesse, le premier voyage apostolique international du Pape élu le mois de mars précédent. Ce jour-là, l’Église célèbre les saints Joachim et Anne, les parents de la Vierge Marie, les grands-parents de Jésus. François a donc profité de l’occasion pour souligner – reprenant le Document d’Aparecida auquel il avait tant travaillé en tant que cardinal – que «les enfants et les personnes âgées construisent l’avenir des peuples ; les enfants parce qu’ils vont poursuivre l’histoire, les personnes âgées parce qu’elles transmettent l’expérience et la sagesse de leur vie».

Pas d’avenir sans rencontre

Jeunes et vieux, grands-parents et petits-enfants. Ce binôme devient une des constantes du pontificat à travers les gestes, les discours, les audiences et les « hors programme », notamment lors des voyages. Ce sont eux, les jeunes et les personnes âgées, note amèrement François, qui sont souvent les premières victimes de la «culture du déchet». Mais ce sont toujours eux qui, ensemble, et seulement s’ils sont ensemble, peuvent partir en voyage et trouver l’espace pour un avenir meilleur. «Si les jeunes sont appelés à ouvrir de nouvelles portes», observe le Pape lors de la messe pour les consacrés le 2 février 2018, «les personnes âgées ont les clés»«il n’y a pas d’avenir sans cette rencontre entre les personnes âgées et les jeunes ; il n’y a pas de croissance sans racines et pas de floraison sans nouvelles pousses. Jamais de prophétie sans mémoire, jamais de mémoire sans prophétie ; et toujours se rencontrer».

Pour François, le terrain de rencontre entre jeunes et vieux est celui des rêves. D’une certaine manière, il s’agit d’une convergence surprenante et presque improbable. Et pourtant, comme l’expérience de la pandémie nous l’a montré, c’est précisément le rêve, la vision de demain, qui a tenu et tient ensemble ceux, grands-parents et petits-enfants, qui ont été soudainement séparés, ajoutant un fardeau supplémentaire au fardeau de l’isolement. De plus, ce centrage sur la dimension du rêve a été longtemps médité par le Pape et a des racines bibliques profondes. François aime, en effet, à plusieurs reprises se rappeler ce que le prophète Joël nous enseigne dans ce qu’il dit : «vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions» (3,1) et «ils prophétiseront».

La proximité est essentielle

Qui, sinon les jeunes, demande le Pape, peut prendre les rêves des anciens et les faire avancer ? De manière significative, lors du Synode dédié à la jeunesse célébré en octobre 2018, il a souhaité qu’il y ait un événement spécial sur le dialogue entre les générations, la rencontre « La Sagesse du Temps » à l’Institut Patristique Augustinianum. À cette occasion, répondant aux questions des jeunes et des moins jeunes sur les questions d’actualité pour l’Église et le monde, François a exhorté «à défendre les rêves comme on défend les enfants», notant que «les fermetures ne connaissent pas les horizons, les rêves oui». Le Pape, qui est aussi un vieil homme, a confié une grande responsabilité aux jeunes. «Toi», a-t-il dit, en s’adressant idéalement à chaque jeune, «tu ne peux pas porter tous les vieux sur toi, mais leurs rêves oui, et ceux-là porte-les en avant, porte-les, cela te fera du bien». Et toujours lors de cette réunion, il a mis l’accent sur l’empathie, ce qui aujourd’hui, à la lumière de l’expérience dramatique de la pandémie, semble encore plus nécessaire. «On ne peut pas – a-t-il prévenu – partager une conversation avec un jeune sans empathie». Mais où pouvons-nous trouver aujourd’hui cette ressource si nécessaire pour aller de l’avant ? Dans la proximité répond le Pape. Un atout précieux, comme nous l’avons vécu ces derniers mois lorsque cette dimension fondamentale de l’existence a été soudainement «suspendue» à cause du virus. «La proximité fait des miracles», le Pape en est convaincu, «la proximité avec ceux qui souffrent»«la proximité avec les problèmes et la proximité entre jeunes et vieux». Une proximité qui, en nourrissant la «culture de l’espoir», nous immunise contre le virus de la division et de la méfiance.

Des racines et des rêves

Le Pape revient sur ce lien dans l’un de ses derniers voyages apostoliques, celui effectué en Roumanie en juin dernier. C’est ici que François est touché par une image, alors qu’il est à Iaşi pour la rencontre avec les jeunes et les familles du pays. C’est lui-même qui a confié la joie d’une rencontre inattendue, celle avec une femme âgée. «Dans ses bras – dit le Pape –elle portait son petit-fils qui avait plus ou moins deux mois, pas plus. Quand je suis passé, elle me l’a montré. Il a souri, et a souri avec un sourire de complicité, comme s’il me disait : « Regarde, maintenant je peux rêver !”». Une rencontre de regards de quelques secondes qui a enthousiasmé le Pape, toujours attentif à capter dans l’autre une étincelle qui, dépassant les limites du moment, devient un cadeau et un message pour tous. «Les grands-parents – commente-t-il – rêvent quand leurs petits-enfants vont de l’avant, et les petits-enfants ont du courage quand ils prennent racine chez leurs grands-parents».

Des racines et des rêves. Il ne peut pas y avoir d’un côté l’un sans l’autre, car l’un est pour l’autre. Et c’est certainement plus vrai aujourd’hui que par le passé, car il est urgent d’avoir une «vision globale» qui ne laisse personne à l’écart. François le souligne dans un entretien avec les magazines anglophones Tablet et Commonweal au moment le plus sombre de la pandémie en Europe. Pour le Pape, qui s’attarde sur le sens de ce que nous vivons en cette dramatique année 2020, la tension entre jeunes et vieux «doit toujours se résoudre dans la rencontre». Le jeune, répète-t-il, «est bourgeon, feuillage, mais a besoin de la racine, sinon il ne peut pas porter de fruits. Le vieil homme est comme la racine». Il rappelle une fois de plus la «prophétie de Joël». Aux personnes âgées d’aujourd’hui, effrayées par un virus qui brise la vie et étouffe l’espoir, François demande un surplus de courage. Peut-être le plus difficile : le courage de rêver. «Regardez ailleurs», exhorte le Souverain Pontife, «souvenez-vous de vos petits-enfants et ne cessez pas de rêver. C’est ce que Dieu vous demande : de rêver». Ce que nous vivons, au milieu des peurs et des souffrances, nous dit avec force le Pape, «c’est le moment propice pour trouver le courage d’une nouvelle imagination du possible, avec le réalisme que seul l’Evangile peut nous offrir». C’est le moment où la «prophétie de Joël» peut devenir réalité.

Source: VATICANNEWS, le 24 juillet 2020

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