Peut-on parler de tout à la Vierge Marie ?

À l’école de Marie, le chrétien apprend qu’il ne pourra aider le Christ à sauver le monde qu’en se débarrassant de ses péchés et en se convertissant à l’amour. Cette tâche lui sera facilitée s’il s’ouvre, sans honte ni pudeur, de ses faiblesses à sa Mère du ciel. 

Dans notre jeunesse, nous n’avons pas toujours confié à notre mère de la terre tout ce que nous faisions dans l’existence. Il nous est arrivé de poser des actes répréhensibles que les plus assurés d’entre nous de l’affection de leur maman, n’auraient jamais pensé pouvoir lui confier ! Une mère espère toujours son fils, ou sa fille, meilleur qu’il n’est en réalité. De son côté, l’enfant, ou l’adolescent, ne désire pas contrister sa mère en lui rapportant tous ses manquements à la charité la plus élémentaire. Ce n’est pas seulement la pudeur, la honte ou sa réputation qui le retiennent, mais aussi le désir louable de préserver sa mère. Enfin, on prend rarement sa mère pour confidente de ses aventures sexuelles désordonnées !

On n’honore pas la Vierge en lui cachant nos défauts

En va-t-il pareillement avec Marie ? Certes, rien n’échappe à la Reine de l’univers. Qu’on ne s’illusionne pas en pensant pouvoir lui cacher nos secrets les moins avouables ! Mais savoir que la Vierge connaît nos faiblesses, nos travers ou nos vices, est une chose, lui en parler en toute franchise, en est une autre ! En priant l’Ave Maria, nous reconnaissons bien que nous sommes de « pauvres pécheurs ». Mais souvent, nous nous arrêtons là avec la Vierge. Ensuite, nous passons aux demandes à lui formuler sans nous attarder davantage à nos péchés. Nous réservons ces derniers pour le confessionnal, le prêtre, et par son intermédiaire, pour Dieu. À Lui l’aveu de nos petitesses et de nos vilenies, à la Vierge nos demandes et nos plaintes.

Cette répartition des tâches s’accorde-t-elle avec une piété mariale équilibrée ? Après tout, c’est Dieu qui est offensé en premier par nos péchés, et c’est donc à Lui de les pardonner. Pourquoi la Vierge porterait-elle attention à nos manquements et à nos petitesses ? Et puis, en tant que fils de la Mère du Christ, notre piété envers elle ne demande-t-elle pas de la retenue, une certaine décence accordée à sa pureté sans égale ? Pourquoi faudrait-il s’ouvrir, à celle qui nous aime tendrement, des péchés qui nous collent à la peau ?

La Vierge est une éducatrice, pas une nurse

Mais raisonner ainsi, c’est ravaler Marie au rang de simple mère affective (ce qui n’est pas rien, certes), de prolongement, en plus « divin », de notre mère biologique. Une mère plus compréhensive, plus pardonnante, plus indulgente. C’est là une vue réductrice, voire erronée, de la place de la Vierge dans la vie du chrétien. Car Marie est notre mère parce qu’elle nous enfante à la grâce divine. Non seulement elle est une formidable éducatrice des vertus chrétiennes, mais de plus elle participe, en union avec son Fils, à notre régénération et à notre rédemption en nous faisant accéder au statut de fils et de filles de Dieu. À ce titre, lui cacher nos travers et nos péchés est contreproductif.

En effet, nous ne serons en mesure de devenir des frères de Jésus-Christ, des enfants du Père et des temples de l’Esprit, qu’en faisant la vérité sur nous, c’est-à-dire en regardant lucidement, avec gravité et honnêteté, les péchés qui nous empêchent de ressusciter avec le Christ à une vie nouvelle. Et comment la Vierge pourrait-elle nous aider dans ce dessein si nous ne l’entretenons pas de nos faiblesses et des travers qui freinent notre course sur le chemin de la sainteté afin qu’elle nous aide à les combattre ? Si nous voulons que l’aide la Vierge ne se réduise pas à un maternage déresponsabilisant, à une chaleur affective dévirilisante, nous ne pourrons pas faire l’économie de lui dire la vérité au sujet de nos penchants fautifs.

La beauté de la Vierge stimule notre marche vers la sainteté

Ici, une objection s’élève : son Cœur immaculé ne sera-t-il pas offensé par de tels aveux ? Il le serait si Marie était une femme sans expérience, si elle avait été protégée contre tous les aléas de l’existence. Or, ce n’est pas le cas. La Vierge sans péché en a vu d’autres ! Elle a accompagné son Fils durant tout son parcours terrestre, parcours semé d’embûches et d’hostilité, et qui se termina sur une croix. Aussi Marie souffre-t-elle davantage de nous voir persévérer dans des voies mauvaises que d’être prise pour confidente de nos faiblesses.

« Nous ne courons aucun risque de décevoir la Vierge Marie en nous ouvrant à elle de nos faiblesses et de nos travers. »

Mais justement, pourquoi s’ouvrir de ces sujets à elle ? Parce qu’il est parfois plus aisé de s’ouvrir à une mère qu’à une autre personne. Et puis, Marie sait déjà. Elle nous connaît. Nous ne courons aucun risque de la décevoir en nous ouvrant à elle de nos faiblesses et de nos travers. Elle ne nous juge pas. Certes, ce n’est pas à elle de nous pardonner, mais elle nous aidera à franchir le pas pour aller nous confesser. Elle nous y encouragera en nous faisant contempler sa sainteté. En effet, notre but dans l’existence est de devenir saint. Or, elle est la plus sainte des créatures. Son exemple doit stimuler notre désir de parvenir à refléter comme elle la splendeur de la Trinité.

Offrir nos péchés à Dieu avec le secours de la Vierge

Il est un autre motif pour confier à notre Mère du Ciel nos péchés. Souvent, nous éprouvons toutes les peines du monde à nous en débarrasser tant ils collent à notre peau, tant nous avons pris l’habitude de les entretenir comme des trésors, en pensant à tort qu’ils feraient notre bonheur. De plus, nous pensons faussement être les seuls dans ce cas, ce qui augmente notre réticence à en parler à notre éducatrice céleste ! Or le péché est une expérience universelle. C’est ici que le conseil de la Vierge s’avère décisif. Le pécheur chrétien n’est pas seulement un pénitent. Il est aussi un prêtre qui offre des sacrifices à Dieu. Voilà pourquoi il est sage de notre part de Lui offrir le sacrifice de notre renoncement à nos péchés. On pourrait penser que Dieu attend des cadeaux plus gratifiants. Mais Dieu nous connaît encore plus parfaitement que la Vierge ! Renoncer, pour Lui faire plaisir, à nos penchants peccamineux, à nos mauvaises actions, à nos colères, à nos mauvais propos, les Lui offrir en holocauste, voilà qui Lui est plus agréable que de fleurir un autel à l’église ou de réciter machinalement des prières ! On peut embellir l’église tout en parlant mal de son prochain. Refréner notre langue pour faire avancer la civilisation de l’Amour est un sacrifice plus méritoire !

La Vierge mesure mieux que nous la gravité de notre péché

Dans ces sacrifices, quelle place tient la Vierge ? Après Jésus, Marie est l’être humain qui a le plus souffert. On souffre en proportion de son amour et de sa connaissance de Dieu. Le Christ a souffert parce que connaissant parfaitement l’amour de Dieu, l’ingratitude des hommes lui était un supplice. Saint Jean-Paul II disait : « Lui seul, Jésus, qui voit son Père et en jouit pleinement, mesure en plénitude ce que signifie résister par le péché à l’amour du Père » (Lettre apostolique Novo millennio ineute, 2001). Il en va pareillement de Marie : elle souffre de notre perdition car elle sait ce que nous perdons du fait de notre éloignement de Dieu, elle qui vit en Sa compagnie bienheureuse ! Surtout, elle mesure l’écart entre notre vie peccamineuse et la sainteté pour laquelle Dieu nous a créés : la connaissance de cet écart lui est un supplice. Surtout, cette souffrance est décuplée par le fait qu’elle est notre mère !

À cette connaissance de la gravité de notre situation, s’ajoute son expérience du salut. Elle sait comment la Rédemption est advenue, dans quelles conditions elle a été acquise par Jésus. Elle a dû consentir au don de son Fils au Père et aux hommes sur le Calvaire. Aussi sait-elle d’expérience que sauver le monde ne va pas sans sacrifice. C’est la raison pour laquelle il y a urgence à lui confier les renoncements coûteux que nous aimerions offrir à Dieu pour seconder Jésus dans la tâche de la Rédemption du monde. A cette fin, n’hésitons pas à nous ouvrir à elle de nos faiblesses de telle sorte qu’elle nous aide à les jeter dans le brasier de l’Amour trinitaire !

Marie nous apprend la valeur missionnaire de nos confessions

À l’école de Celle qui offrit son Fils au Père sur le Golgotha, apprenons à offrir nos péchés pour le salut des âmes. Que la Mère du Sauveur nous révèle la valeur apostolique de chaque souffrance généreusement acceptée ! Car renoncer à nos péchés ne va pas sans souffrances. Enfin, que son Cœur immaculé nous unisse, dans nos renoncements, à celui du Christ !

Source: ALETEIA, le 25 juin 2020 par Jean-Michel Castaing

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