« L’Ascension du Christ n’est pas un spectacle à imaginer, mais un événement qui change la vie », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 17 déc. 2018 © Mgr Francesco Follo
Mgr Francesco Follo, 17 Déc. 2018 © Mgr Francesco Follo

« L’Ascension du Christ n’est pas un spectacle à imaginer, mais un événement qui change la vie », par Mgr Francesco Follo

Lectures de la messe de l’Ascension

« Avec l’invitation à célébrer dans la joie le fait que avec l’Ascension le Christ a apporté l’humanité dans le coeur de Dieu », Mgr Francesco Follo propose cette lecture des textes bibliques pour la liturgie de l’Ascension, fêtée ce jeudi 21 mai 2020, et parfois reportée à dimanche, 24 mai, pour des raisons pastorales: le Jeudi de l’Ascension n’est pas férié dans beaucoup de pays.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris fait notamment observer que « lAscension n’est pas un abandon », et il invite les baptisés à être des « témoins de la joie », selon la recommandation de sainte Mère Teresa de Calcutta

AB

L’Ascension du Christ n’est pas un spectacle à imaginer, 

mais un événement qui change la vie.

1) Le Christ monte au ciel : notre humanité est portée dans le cœur de Dieu.

Quarante jours après la résurrection, il monte au ciel pour retourner auprès du Père qui l’a envoyé dans le monde. Le fait qu’en beaucoup de Pays l’Ascension soit célébrée non pas le jeudi, mais le dimanche suivant, ne change pas la donne qu’il s’agisse d’une fête dont la célébration n’est pas – pour de nombreux chrétiens – une raison de joie particulière.

Peut-être parce que pour eux, c’est un événement si éloigné dans le temps qu’il est devenu plus ou moins indifférent. Mais pour ceux qui savent que chaque événement de la vie du Christ est pertinent pour leur vie, l’événement de l’Ascension ne peut pas être indifférent, comme il ne le fut pas pour Jésus qui -le jour de l’Ascension – revint à « l’espace » de l’amour éternel du Père.

A la joie du Christ s’unit celle du chrétien, celle de chacun de nous, car dans ce mystère de l’Ascension nous contemplons le fait que Jésus, qui est monté au ciel « ne s’est pas séparé de notre condition » (voir la Préface de la Messe).

En effet fait, dans son humanité, le Rédempteur a avec lui emmené les hommes dans le cœur du Père et a ainsi révélé la destination finale de notre pèlerinage terrestre. Comme pour nous, il est descendu du ciel, ainsi c’est pour nous qu’il a souffert et est mort sur la croix, c’est pour nous qu’il est élevé et est remonté vers Dieu, où il a apporté notre humanité. Donc il ne s’agit pas d’un éloignement.

Saint Léon le Grand explique qu’avec ce mystère « non seulement l’immortalité de l’âme est proclamée, mais aussi celle de la chair. Aujourd’hui, en fait, ne nous sommes pas seulement confirmés propriétaires du paradis, mais nous sommes aussi emmenés avec le Christ dans les hauteurs du ciel » (De Ascensione Domini, Tractatus 73, 2.4: CCL 138 A, 451.453). C’est pourquoi les disciples, lorsqu’ils ont vu le Maître se soulever de la terre et s’élever vers le haut, ils n’ont pas été saisis par la tristesse, mais ils ont ressenti une grande joie et se sont sentis poussés à proclamer la victoire du Christ sur la mort. Et le Seigneur ressuscité était à l’œuvre avec eux ; distribuant à chacun son propre charisme.

Aussi, Saint Paul l’a écrit : « Le Christ a fait des dons aux hommes. … Et les dons qu’il a faits, ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ,  jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude ». (Eph. 4,8.11-13).

En bref, l’Ascension nous dit que, dans le Christ, notre humanité est portée à la hauteur de Dieu. Par conséquent, chaque fois que nous prions, la terre rejoint le Ciel. Et comme l’encens, brûlant, fait monter sa fumée, ainsi, quand nous élevons notre prière confiante dans le Christ, elle traverse les cieux et atteint Dieu-même et elle est entendue et exaucée par Lui.

Nous aussi, nous pouvons monter en haut, mais seulement si nous restons attachés à Jésus élevé sur la croix et au ciel. « Il est comme un cordiste, lorsqu’il gravit une montagne et atteint le sommet : il nous attire vers lui, en nous conduisant à Dieu. Si nous Lui confions notre vie, si nous nous laissons guider par Lui, nous sommes certains d’être entre de bonnes mains, dans les main de notre Sauveur, de notre avocat »  (Pape François, 17 avril 2013).

Dans le livre profond et grand de Saint Jean de la Croix, Ascension du Mont Carmel, nous lisons que « pour voir les désirs de notre cœur s’accomplir, il n’y a pas de meilleur moyen que de mettre la force de notre prière dans ce qui plaît le plus à Dieu., Il nous donnera non seulement ce que nous lui demandons, c’est-à-dire le salut, mais aussi ce qu’Il voit est commode et bon pour nous, même si nous ne le lui demandons pas » (Livre III, chap. 44, 2).

2) L’Ascension n’est pas un abandon, mais un Adieu[1].

Le passage de l’Evangile proposé aujourd’hui par la liturgie romaine se termine par cette phrase du Christ : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». (Mt 28,20).  Dans une réaction immédiate et inspirée qui relèverait de ce que l’on appelle le bon sens, on aurait envie de dire qu’il est un peu paradoxal de choisir cette affirmation de Jésus pour son Ascension au ciel. L’ascension au ciel de Jésus est une manifestation du mystère de la Croix qui le conduit sur le trône de gloire, abîme de l’impérieuse et débordante tendresse du Seigneur « cloué » par amour pour ses frères et élevé par le Père. L’ascension révèle le mystère de l’homme-Dieu. Nous savons d’où vient Jésus car nous voyons où il va : il vient du Père et retourne au Père. Notre vie n’est pas suspendue dans le vide : Dieu est notre commencement et notre fin. En montant au ciel, Ressuscité, il nous emmène dans son cœur pour nous mettre dans le cœur du Père.

Par son ascension Jésus disparaît de notre vue, mais ne nous laisse par orphelins. Il nous ouvre le chemin du retour à la maison[2].

Cette maison, ce paradis avait vécu la fuite d’Adam, mais l’histoire continua et se conclut avec le Christ, le nouvel Adam qui retourne au Père. Il est le Fils unique qui, devenu homme, s’est fait le Fils aîné de tant de frères. Après une longue Passion, Lui, le chef, est sorti à la lumière. Cette histoire continue encore : c’est la naissance progressive de son corps, qui est formé de tous les hommes, ses frères. Son ascension au paradis est un tourbillon qui nous prend avec lui dans la gloire.

Quand Saint Luc décrit l’ascension dans son Evangile, il répète quatre fois que les disciples fixaient le ciel. Ils regardaient le ciel car là se trouvait celui qui les aime. Là où se trouve le trésor, là se trouve aussi le cœur. Chacun va là où se trouve déjà son cœur. Sans saint désir, notre cœur reste immobile, comme mort. Si nous regardons en haut, vers les étoiles avec Marie, Etoile de la Mer, nous avons une indication sur terre. Ça n’est pas un cordon ombilical qui lie, mais la boussole que, dans la liberté, fait marcher vers le haut.

Donc l’ « ascension au ciel » n’est pas une fête avant de partir ailleurs, c’est un « à Dieu »: c’est la fête de l’élévation du Christ, qui évoque l’installation de l’homme crucifié dans la royauté de Dieu sur le monde. C‘est une fête parce que Jésus nous a précédés pour nous préparer une demeure. C’est donc que pour nous aussi il y a une place dans le royaume paternel et que les paroles de Tertullien « Consolez-vous, chair et sang : en Jèsus Christ vous avez pris possession du ciel et du royaume de Dieu ! » (De car. Chr. 7), sont profondément vraies et actuelles.

Le Christ est Celui qui, en s’incarnant, a uni le ciel et la terre. Il a réalisé l’unité des extrêmes : entre la pauvreté de l’homme et l’infini de Dieu.  Le ciel n’est donc pas un endroit lointain, au-dessus   et au-delà des étoiles les plus lointaines, c’est quelque chose de beaucoup plus audacieux et plus grand : c’est trouver la place de l’homme en Dieu qui a son fondement dans la compénétration d’humanité et de divinité qui habite l’homme Jésus crucifié et élevé. Le Christ, l’homme qui est en Dieu, est en même temps l’être perpétuel ouvert de Dieu pour l’homme.

Jésus Christ, « l’homme qui est en Dieu, est en même temps l’être perpétuel ouvert de Dieu pour l’homme. Il est donc ce que nous appelons « ciel », car le ciel n’est pas un espace, mais une personne, la personne de celui dans lequel Dieu et homme sont inséparablement unis. E nous approchons du ciel, ou plutôt, entrons dans le ciel, dans la mesure où nous approchons de Jésus et entrons en lui. »  (J. Ratzinger, Prédication pour l’Ascension 1975).

Si nous considérons cet événement dans cette optique nous pouvons comprendre ce que saint Luc écrit à la fin de son Evangile, quand il raconte qu’après l’Ascension les disciples retournèrent à Jérusalem « en grande joie » (24,52). S’il s’était agi d’un détachement, ces hommes du Christ n’auraient pas pu être « en grande joie ». Pour eux l’ascension et la résurrection étaient un même événement : ils avaient la certitude que le Crucifié vivait, que la mort qui sépare l’homme de Dieu était vaincue, et que les portes de la vraie vie avaient été ouvertes pour toujours. Donc pour eux l’ascension n’avait pas cette signification erronée que nous lui donnons habituellement, c’est-à-dire celui d’une absence temporaire du Christ dans le monde. Elle renvoyait plutôt à une forme de présence unique et définitive de Jésus, grâce à Sa participation à la puissance royale de Dieu.

La résurrection et le retour du Christ sont liés entre eux, et il est clair que dans la résurrection de Jésus, grâce à laquelle il est aujourd’hui parmi les siens, son retour a déjà commencé.

Les chrétiens d’hier et d’aujourd’hui, ne doivent donc pas se fixer sur l’avenir et se préoccuper de faire des hypothèses concernant le retour du Christ. Ils doivent, et nous avec eux, ne pas perdre de vue qu’Il n’a jamais cessé d’être présent. Ou mieux, par eux et par nous, Il veut devenir de plus en plus présent : le don de l’Esprit et le devoir de la prédication, celui du témoignage et de la mission jusqu’aux extrémités de la terre, sont la façon pour le Christ d’être déjà présent aujourd’hui.

 3) Témoins de joie.

La fête de l’élévation du Christ, que nous commémorons aujourd’hui, est donc une grande solennité et la joie est sa note caractéristique. Dieu a de la place pour l’homme : à cette annonce il doit nous arriver comme aux disciples qui, de la montagne de l’Ascension, retournèrent chez eux « en grande joie ».

Dans la première lecture de la Liturgie d’aujourd’hui, saint Luc raconte la vraie histoire de l’Ascension en une seule ligne (Actes 1,9): « ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée ». Il préfère s’arrêter sur les disciples qui demandent au Seigneur : «  Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? ». Jésus les réprimande. Le temps est dans les mains de Dieu. Et cette certitude doit suffire : le reste n’est que vaine curiosité.

L’important est une autre chose : « vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. ». Le devoir des disciples est de témoigner partout leur Seigneur. Ce ne sont pas les peuples qui arrivent à Jérusalem, mais les disciples qui sont envoyés vers les peuples. Et il n’y a pas de frontières, de lieux interdits, de peuples ou d’hommes auxquels le Seigneur ne saurait être témoigné.

Ce témoignage doit être fait dans la joie du Christ crucifié et ressuscité, la joie de la certitude d’un Dieu proche, toujours. Pour avoir cette joie nous devons donc toucher la Croix et celle-ci nous touchera, guérissant notre mal, nous faisant entrer dans la joie de la Résurrection, montant au ciel avec nous dans son cœur.

L’Ascension doit être vécue par chacun de nous comme une invitation à être des témoins de l’Evangile

  • De la joie qui pénètre le cœur et le réconforte,
  • De la joie qui ne diminuera pas car personne ne peut nous l’enlever (cf. Jn 16,22),
  • De la « joie missionnaire, sur laquelle veillent les trois sœurs qui l’entourent, la protègent, la défendent : sœur pauvreté, sœur fidélité et sœur obéissance» (Pape François),

La joie, en effet, est un élément central de l’expérience chrétienne et elle a une grande force d’attraction, car dans un monde souvent empreint de tristesse et d’inquiétudes, elle est un témoignage important de la beauté et de la fiabilité de la foi chrétienne.

Les vierges consacrées dans le monde, qui appartiennent à l’Ordo Virginum[3], sont appelées à témoigner leur joie de n’appartenir qu’au Christ. En les rencontrant le 15 mai 2008, le pape émérite Benoît XVI leur a dit : « Soyez des témoins de l’attente vigilante et active de la joie, de la paix, qui est propre à qui s’abandonne à l’amour de Dieu. Soyez présentes dans le monde et cependant en pèlerinage vers le Royaume. La vierge consacrée s’identifie en effet avec cette épouse qui, avec l’Esprit, invoque la venue du Seigneur : ”L’Esprit et l’épouse disent « viens »! (Ap 22, 17) ».

Sainte Mère Teresa de Calcutta ha vécu ainsi et parmi les belles choses qu’elle a dites sur la joie, voici ces paroles : « Nous attendons avec impatience le paradis, où il y a Dieu, mais il est en notre pouvoir d’être au paradis dès ici-bas, et dès ce moment-ci. Etre heureux avec Dieu signifie : aimer comme Lui, aider comme Lui, donner comme Lui, servir comme Lui » (La joie du don, Paris, Seuil, 1975)

Source: Zenit.org, le 21 mai 2020, par Francesco Follo

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