Avec la pandémie, les ressources des monastères se tarissent

© Abbaye du PesquiéLes religieuses de l’abbaye du Pesquié (Ariège) fabriquent du fromage.

Avec la pandémie, les ressources des monastères se tarissent

Boutiques et hôtelleries fermées depuis des semaines. En silence, les monastères et les abbayes subissent de plein fouet les effets de la crise Covid. Quel est l’impact économique pour leurs activités, quelles sont leurs perspectives pour les mois à venir ? Comment les aider ?

« L’économie du monastère s’est complètement arrêtée le 17 mars », constate Gabriel Teissier, directeur du développement de Via Caritatis, le projet vigneron de l’abbaye bénédictine du Barroux (Vaucluse). « La boutique est la principale source de revenus des moines. Elle a été fermée ainsi que tous les magasins qui revendent les produits du monastère. Côté vins, les cavistes ont pour la plupart stoppé leur activité. Même chose pour les restaurants qui constituent l’essentiel de notre clientèle, ainsi que les hôtels. Tous nos circuits d’exportation sont également coupés. » Une situation d’autant plus préoccupante que l’avenir reste bouché pour l’hôtellerie et la restauration.

Pour vivre, les monastères et les abbayes fabriquent des produits variés. De l’alimentaire (fromages, biscuits, confitures, confiseries, condiments, huiles, vins, charcuterie…) à la couture (ornements liturgiques, cortèges de mariage, couettes…) en passant par l’imprimerie et l’artisanat religieux. Ces produits sont habituellement vendus dans leurs boutiques mais aussi sur leurs sites Internet, chez des revendeurs (librairies religieuses par exemple) ou d’autres sites comme l’Artisanat monastique, les Boutiques de ThéophileEole-Agape, le Comptoir des abbayesDivine Box (abonnement à une box mensuelle de produits monastiques), etc.

Plus d’hosties, trop de fromages

Les moines bénédictins de Donezan, dans les Pyrénées, fabriquent également plusieurs sortes de fromages.

L’arrêt des messes a signé celui de la production d’hosties. L’annulation des mariages, celui de l’impression des faire-part, de la confection des cortèges et de la peinture sur céramique (cadeaux). Le report des fêtes de la foi (premières communions, professions de foi, confirmations), celui de la vente d’artisanat religieux : crucifix, livres, statues etc. Ces événements reviendront mais en attendant, il faut tenir sans chiffre d’affaires, comme l’immense majorité des petites entreprises ou ateliers d’artisanat.
La situation des monastères vendant des produits périssables comme les biscuits ou les fromages est aussi préoccupante. Les affineurs qui livrent aux restaurateurs et aux hôtels étant fermés, « nous avons vu monter avec angoisse notre stock de fromages fermiers au lait cru bio », explique Mère Annuntiata, l’une des économes de l’abbaye du Pesquié (Ariège). Des initiatives territoriales bienvenues comme la création d’un drive fermier par la chambre d’agriculture locale permettent certaines ventes. Une opération montée par les astucieux créateurs de Divine Box a aussi permis d’écouler en quelques heures les stocks de fromages des abbayes d’Échourgnac (Dordogne), du Pesquié et de Donezan (Ariège), soit 1.700 kilos. Mais comme les vaches continuent à produire du lait, il est grand temps que les circuits de vente habituels reprennent et que les ventes par correspondance se multiplient.

Des hôtelleries monastiques désespérément vides

Du côté des hôtelleries monastiques, la crise est là aussi. Les périodes du carême et de Pâques qui voient les retraitants affluer en nombre sont de grandes sources de revenus. Cette activité d’hébergement s’est arrêtée du jour au lendemain. Elle n’est pas prête de reprendre, toutes les retraites de profession de foi, de confirmation, de préparation au mariage ont été annulées. Les gérants ont dû se mobiliser pour trouver des solutions pour leurs salariés extérieurs. « L’activité est figée mais les encours continuent d’arriver : factures, assurances, remboursements d’éventuels emprunts…, explique le frère Matthieu, responsable de l’hôtellerie et du magasin de l’abbaye de Mondaye (Calvados). Nous devons tout décaler et différer le paiement des charges. Les frères prémontrés, qui ne sont pas salariés, ne peuvent bénéficier du chômage partiel. Mais ce qui nous inquiète surtout, c’est le manque de visibilité pour l’avenir. » Quelques magasins monastiques qui vendent des produits de première nécessité ont déjà réouvert à la demande des maires, au Barroux et à Oelenberg (Haut-Rhin) par exemple, mais les clients ne se pressent pas au portillon.

La mission d’intercession des monastères ne connaît pas la crise

« Nous passons notre temps à prier, témoigne frère Matthieu. On nous confie des intentions, nous célébrons des messes particulières pour temps de pandémie, prenons des nouvelles des uns et des autres. Même les pompes funèbres nous ont demandé de prier pour eux ! »

« Par nos inquiétudes, nous communions avec tous ceux qui ont des soucis pour leurs entreprises et leurs salariés, confie Mère Annuntiata. Nous portons tout cela dans la prière. Nous partageons la hâte de beaucoup de reprendre le travail lucratif. Mais quelle responsabilité pour chacun ! Certains se trouvent peut-être dans des situations difficiles voire inextricables, sont menacés par le chômage, alors que d’autres ont déjà dû fermer boutique ou faire des emprunts pour payer leurs salariés… Que le Seigneur nous donne la foi qui soulève les montagnes ! »

Comment aider les abbayes et les monastères ?

« Pour beaucoup de Français qui ne sont pas encore touchés par la crise économique, le confinement a permis de faire des économies d’essence, de transports, de loisirs, de garde d’enfants etc. Les journaux nous disent que leur taux d’épargne a augmenté de manière très importante, explique frère Matthieu. Pourquoi ne pas affecter une partie des économies réalisées pour faire un acte de solidarité ? » En temps normal, nous sommes bien contents de trouver des lieux de retraite pour nous ressourcer, des religieux et des religieuses pour porter nos intentions de prière, nous écouter, nous soutenir, nous former…, c’est l’occasion aujourd’hui, si nous le pouvons, de leur témoigner notre solidarité. Ils prient pour nous, prions aussi pour eux. Voici huit manières de les aider :

  1. Se procurer des masques. Trente monastères et abbayes se sont unis pour confectionner des masques vendus en ligne par l’Artisanat monastique. Deux prix sont proposés : 5 € et 8 € prix solidaire pour les communautés.
  2. Acheter des produits. Au lieu d’acheter biscuits, fromages, vins, bières, confitures etc. en supermarché, faire ses emplettes de produits monastiques en boutiques ou sur Internet. Un étudiant, un célibataire, un grand-parent isolé serait certainement enchanté de recevoir un petit colis de saintes victuailles.
  3. Choisir ses cadeaux de mariage, de naissance, des fêtes de la foi, de Noël parmi l’immense variété des produits issus de l’artisanat des monastères. Porcelaine décorée, layette ou linge de maison, artisanat religieux, images souvenirs, livres, le choix est vaste, c’est le moment de passer commande.
  4. Refaire la déco de son coin prière ou changer de chapelet. « Avec le confinement, vous avez découvert la prière à la maison. Pourquoi ne pas investir dans un crucifix plus grand, une nouvelle statue », suggère frère Matthieu. Nous pouvons aussi décider de changer l’icône du coin prière en fonction du temps liturgique. Et si on changeait de chapelet ? En prenant soin de choisir ceux qui sont directement fabriqués par des religieux ou des religieuses…
  5. Planifier ses prochaines vacances. Prévoir un passage, visite ou séjour dans une abbaye ou un monastère. Il y en a forcément une près de chez vous. Ils sont répertoriés ici.
  6. Parrainer de nouveaux clients. L’abbaye du Barroux a mis en place un système de parrainage permettant de faire connaître et de vendre son vin à son entourage.
  7. Faire imprimer des documents. Nous avons peut-être pris l’habitude d’utiliser des outils numériques gratuits pour faire imprimer mémentos, cartes de visite, cartes de vœux, photos de famille, cartes postales etc. En faisant appel par solidarité à une imprimerie monastique, nous sommes certains de bénéficier d’un travail de qualité.
  8. Faire un don ponctuel ou régulier directement à l’abbaye de son choix ou bien en passant par la Fondation des Monastères (les dons peuvent être fléchés, 5% du don étant réservés pour la solidarité envers une communauté monastique en difficulté).

Source: Aleteia, le 4 mai 2020, par Bénédicte de Saint-Germain

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