
Sur les hauteurs d’Alger, chrétiens et musulmans se préparent à accueillir Léon XIV
Le Pape arrive lundi 13 avril en Algérie et aura, après les rencontres officielles, des visites dans les quartiers de Bab El Oued et de la basilique Notre-Dame d’Afrique. À quelques heures de l’arrivée du Saint-Père, les préparatifs vont bon train, entre joie et fierté de recevoir pour la première fois dans l’histoire du pays l’évêque de Rome.
Olivier Bonnel – Envoyé spécial à Alger
Dans le quartier populaire de Bab El Oued, sur les hauteurs d’Alger, la rue Mardi Larbi connaît une fébrilité particulière. C’est là que se situe la maison d’accueil des sœurs augustiniennes qui accueilleront le Pape Léon XIV lundi après-midi. La façade grise et blanche sent la peinture fraîche. Dans l’entrée, des ouvriers installent de la moquette. Aux alentours, un important dispositif de sécurité a été déployé, et les gens s’activent pour nettoyer le quartier.
C’est en 1978 que la communauté des religieuses s’est installée dans ce quartier. Au cœur des années 90, durant les années noires, les sœurs ont été contraintes de quitter les lieux. «C’est un quartier extraordinaire et c’est un quartier populaire qu’on aime beaucoup» confie sœur Lourdes. Cette religieuse espagnole vit depuis 53 ans en Algérie et reste la cheville ouvrière de la venue du Pape. Un lieu que le Souverain pontife connaît bien pour s’y être rendu deux fois, en 2004 et 2009, lorsqu’il était supérieur de l’Ordre des Augustins.

La première venue d’un Pape sur le sol algérien est vécue avec autant d’impatience que de fierté. «Les gens nous disent: « merci pour le Pape, grâce à vous, on est en train de faire un très beau quartier, un très beau pays »» raconte sœur Lourdes, qui ne cache pas son émotion: «je pense que c’est un geste de simplicité de venir dans ces quartiers populaires, un geste qui consiste à dire qu’il faut s’occuper de tout le monde, pas seulement des gens riches» confie la religieuse.
Les cadeaux offerts au Pape
Car ce « centre d’accueil et d’amitié » est un baume pour ceux qui y viennent: des enfants pour du soutien scolaire, des femmes pour des cours d’artisanat comme de la couture ou la fabrication de bijoux. «On lui a préparé un petit cadeau» explique sœur Julie Loudusamy, religieuse indienne des Augustins, en Algérie depuis 22 ans qui dirige le centre avec sœur Lourdes. Mais l’on n’en saura pas plus confie-t-elle dans un sourire. Dans une salle attenante, plusieurs femmes exposent les bijoux qu’elles ont récemment créé: parures de perles pour des cérémonies de mariage ou bijoux plus simples mais colorés. L’une d’entre elle, Semia Babou compte offrir au Pape la médaille de son mari défunt, à l’effigie de la Vierge.

Celinda, professeure de peinture est honorée de pouvoir accueillir le Sucesseur de Pierre à Alger. «J’essayerai de le voir, même si c’est depuis le balcon, ce sera déjà quelque chose» explique-t-elle. «J’espère que cela apportera beaucoup plus de paix et de sérénité à notre pays et à nos deux religions surtout».
«Qu’on le veuille ou pas, nous sommes tous frères»
Pour Celinda, Bab el Oued «c’est l’âme d’Alger». Sentir monter la fébrilité avant l’arrivée de Léon XIV la met en joie pour le jalon que cette visite posera selon elle dans le dialogue interreligieux et le respect mutuel. «Qu’on le veuille ou pas, nous sommes tous frères» sourie-t-elle.
Cette coexistence se ressent un kilomètre plus loin, là-haut, à la basilique Notre-Dame d’Afrique, où le Pape rencontrera la communauté algérienne lundi en fin d’après-midi. Autour de l’édifice ocre à l’architecture byzantine qui domine la Méditerranée, une fourmilière s’active, quelques heures avant l’arrivée du Saint-Père. Des planchers sont installés pour y accueillir 1500 personnes triées sur le volet, sous des tentes, car la pluie est annoncée. Un peu plus loin, un écran géant est monté au pied de la basilique. Rouleau de peinture à la main, deux hommes s’affairent aussi à repeindre le monument commémoratif à ceux morts en mer, devant lequel le Pape Léon XIV se recueillera.

À l’intérieur de la basilique érigée au XIXe siècle, on est frappé par l’attachement des Algériens à Notre-Dame d’Afrique, cette vierge noire qui domine le cœur et devant laquelle chrétiens et musulmans se recueillent depuis des décennies. Un homme ne quitte plus les lieux depuis plusieurs jours, le père Peter Claver Kogh, recteur de la basilique, missionnaire d’Afrique d’origine ghanéenne. Il nous reçoit en souriant dans sa sacristie qui s’est remplie de câbles et de consoles: c’est ici que la régie de la télévision nationale algérienne a été installée. «Ici Notre-Dame d’Afrique est un carrefour, un lieu pour les chrétiens bien-sûr mais aussi important pour les musulmans» confie-t-il. Dans l’abside de la basilique, on peut y lire cette belle inscription: «Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans». La venue de Léon XIV devrait être un encouragement à cultiver ces liens de fraternité où les familles des deux confessions continuent de se mélanger dans un même élan de piété. «Depuis hier, j’ai des dizaines et de dizaines de personnes qui veulent encore venir, alors que les inscriptions sont closes, il y a un véritable engouement», explique le père Peter. «Ce serait beau si l’on pouvait avoir une occasion de les laisser venir ! ».

Source : VATICANNEWS, le 12 avril 2026