Quitter la richesse pour la Vierge : Alexis Falconieri

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Quitter la richesse pour la Vierge : Alexis Falconieri

Oncle paternel d’une autre sainte, Julienne Falconieri, qui fondera la congrégation religieuse des Mantellates, Alexis Falconieri est l’un des sept fondateurs de l’ordre des Servites de Marie, en 1233. Ascèse et pauvreté personnelles et communautaires, travail manuel, prière en commun et esprit de contemplation en constituent les traits essentiels, couronnés par une forte dévotion envers la Mère de Dieu, notamment à travers ses douleurs, c’est-à-dire ses souffrances au cours de sa vie. Les Frères servites sont aussi appréciés, du temps des fondateurs, pour leur charité envers tous ceux qui viennent leur demander conseils et soutien, tant spirituel que surnaturel.

Les raisons d’y croire

  • Très jeune, Alexis s’affilie à la Compagnie florentine des Serviteurs de Sainte Marie (les Laudesi), association laïque pieuse qui encourage à vivre et agir pour l’amour et la gloire de la Vierge Marie. C’est là qu’il côtoie les autres futurs fondateurs des Servites de Marie.
  • Alexis est issu de la famille des Falconieri, riches marchands florentins et acteurs de premier plan de la République florentine. Appartenant au parti guelfe, soutien du Souverain Pontife, ils sont engagés dans un contexte de luttes fratricides avec les gibelins, partisans de l’empereur Frédéric II. Lui-même marchand et réussissant bien en affaires, Alexis décide pourtant de se retirer avec six compagnons dans la pénitence, la contemplation et le service de Notre Dame, rompant ainsi avec une situation matérielle et sociale solidement établie.
  • L’aumônier des Laudesi, Iacopo da Poggibonsi, qui est aussi leur conseiller spirituel, leur donne l’habit – un manteau et une tunique de laine grise et grossière – et un nom : Frères de la pénitence. Ils embrassent une existence recluse, solitaire et austère, afin de vaquer à la contemplation des choses divines. La petite communauté partage son temps entre la prière, le travail et la mendicité dans les rues.
  • Quand ils s’installeront au Monte Senario, non loin de Fiesole, leurs cellules ne sont que de simples espaces aménagés dans des grottes séparées les unes des autres. Ils se retrouvent pour chanter l’office divin dans une petite église dédiée à la Vierge, qu’ils construisent sur les ruines d’un ancien château. Ce renoncement volontaire aux biens matériels frappe l’esprit des contemporains. À Florence, tous connaissent Alexis et ses compagnons en raison de leur statut social et de leur profession, qui les mettaient en relation avec beaucoup de monde. Or, les sept jeunes gens se sont eux-mêmes réduits à la pauvreté. Comment agir ainsi si l’on est sain d’esprit, à moins de voir dans ce dépouillement un moyen d’acquérir d’autres biens, de plus grande valeur : ceux de Dieu ?
  • Dès le temps des fondateurs, nombreux sont les jeunes Florentins qui demandent à rejoindre la nouvelle congrégation religieuse. Ils sont attirés par leur spiritualité virile, où la pénitence et la vie commune répondent concrètement aux désordres et aux violences de leur époque.
  • Pour autant, leur vie cachée ne les conduit pas à refuser les demandes de conseils spirituels ni l’appui de la prière. Les personnes troublées ou angoissées qui viennent les consulter trouvent auprès des frères une aide morale et un réconfort, ceux-ci les guidant vers Notre Dame.
  • Ces demandes insistantes et nombreuses les conduisent à dédier expressément leur congrégation à la Vierge Marie. Ils décident de marquer, par le nom de leur famille religieuse, le dévouement qu’ils veulent mettre en œuvre à son égard, comme la protection qu’ils lui demandent : l’ordre des Servites (c’est-à-dire servants ou serviteurs) de Marie.
  • Leur souhait a été confirmé par la Vierge elle-même. Le jour de l’Assomption 1233, Notre Dame se manifeste aux sept compagnons. De nouveau, le Vendredi saint 1240, la Vierge leur apparaît : elle est vêtue de deuil, et une multitude d’anges l’entourent. C’est à la suite de cette visite céleste que les frères décident de prendre l’habit noir, en hommage aux douleurs de la Vierge Marie.
  • Cet habit devient aussi le signe de l’humilité constante de frère Alexis. Malgré son grand âge et son statut de fondateur, il continue de prendre part aux travaux manuels et de mendier lorsque vient son tour, refusant tout privilège, « laissant ainsi un exemple aux frères désireux de servir fidèlement Notre Dame » (Legenda de origine, no27).
  • La mort du frère Alexis est ainsi rapportée par le frère Lapo, neveu du frère Sosthène (un des sept fondateurs) : « Juste avant de mourir, Alexis poussa une exclamation et, d’une voix forte, il dit aux frères présents qu’il voyait venir à lui des anges ressemblant à des oiseaux d’une blancheur et d’une beauté impossibles à décrire. Au milieu des oiseaux et des anges se tenait le Christ, sous les traits d’un enfant très beau, avec sur la tête une couronne d’or ornée d’une croix » (Legenda de origine, no 28). Cette anecdote illustre l’esprit de contemplation et la pureté de cœur de frère Alexis.

Auteur :

Docteur en philosophie, Vincent-Marie Thomas est prêtre.