Tsetsege, fidèle mongole qui a rencontré la Vierge dans une décharge

Photo de Tsetsege à Oulan-Bator. (VATICAN MEDIA Divisione Foto)

Tsetsege, fidèle mongole qui a rencontré la Vierge dans une décharge

Malgré ses difficultés physiques, cette Mongole de 70 ans a assisté à tous les événements organisés par François au cours de son voyage apostolique. Le 2 septembre, elle a accueilli le Souverain pontife dans une ger, la tente des bergers, à l’extérieur de la cathédrale d’Oulan-Bator: «Il m’a béni, je lui ai dit merci et je lui ai souhaité à l’occasion du nouvel an lunaire une bonne santé, un bon voyage et un bon travail à la tête de l’Église».

Salvatore Cernuzio – Envoyé spécial à Oulan-Bator (Mongolie)

«Nous ne nous sommes pas beaucoup parlé… Le Pape m’a béni ici sur le front et m’a souhaité longue vie». Et vous ? «Je lui ai également souhaité une longue vie et tout ce que l’on souhaite pendant l’Isagaan Sar, le nouvel an lunaire, c’est-à-dire la santé, un bon voyage et un bon travail en tant que chef de l’Église, et surtout la bénédiction des ancêtres». Lorsqu’elle sourit, les yeux de Tsetsege deviennent deux fentes qui se perdent dans les rides de sa peau brunie par le soleil. En la regardant, difficile de deviner son âge. «69 ans», dit-elle, presque fière.

Une figure centrale

C’est cette femme, mère de onze enfants, qui est devenue l’un des symboles du voyage du Pape François en Mongolie. C’est elle qui, il y a dix ans, a trouvé dans une décharge celle que l’Église catholique de ce pays d’Asie centrale vénère aujourd’hui comme la Mère du ciel. Il s’agit de la statue en bois de la Vierge trônant dans la cathédrale des Saints Pierre-et-Paul, que le cardinal Giorgio Marengo, préfet apostolique d’Oulan-Bator, a confiée l’année dernière à l’Église de Mongolie. L’effigie a accompagné les événements du voyage apostolique du Pape et était également présente le dimanche 3 septembre sur la scène de la Steppe Arena, le palais des glaces où François a célébré la messe avec environ 2 000 fidèles venus de différentes parties de l’Asie.

Tsetsege était assise sur l’un des fauteuils blancs posés sur le tapis rouge, aux premières loges. Ne pouvant se tenir debout, elle s’appuyait sur une canne à cause d’un problème de jambe. Elle semblait marcher encore plus péniblement avec de grosses bottes de cuir noir sous son deel blanc (l’habit traditionnel de fête).

La statue de la Vierge lors de la messe présidée par François.

La statue de la Vierge lors de la messe présidée par François.

Rencontre avec François dans une ger

Même dans la cathédrale des Saints Pierre-et-Paul, le 2 septembre, elle était sur son trente-et-un. Avant que le Pape ne rencontre les missionnaires et les personnes consacrées dans l’église, dans une ger typique (la tente des nomades), François est allé vers elle. S’appuyant sur sa canne, il s’est dirigé vers la khalga, la porte en bois de la tente, toujours ouverte en signe de bienvenue. Tsetsege était déjà à l’intérieur, assise. Elle attendait le Pape qui souhaitait rencontrer cette figure désormais bien connue de toute l’Eglise catholique mongole.

Le Pape bénissant Tsetsege.

Le Pape bénissant Tsetsege.

La rencontre avec la Vierge

Tsetsege fait écran lorsqu’on l’interroge sur le contenu de sa brève conversation avec le Pape: «Connaissez-vous mon histoire ?» dit-elle, détournant la conversation. Elle répond par des phrases courtes et simples, mais elle aime s’attarder sur le souvenir de cet événement qui s’est déroulé le 5 juillet 2016, alors qu’elle «travaillait» – comme elle dit – dans une décharge, c’est-à-dire qu’elle fouillait, comme tant de pauvres ici en Mongolie, parmi les déchets du district de Tarhan. Elle a vu un emballage en tissu sortir des ordures déversées par le camion, avec à l’intérieur une sculpture en bois mesurant environ 62 cm et présentant les traits d’une «belle dame». Bien qu’elle ne connaisse même pas les rudiments du catholicisme (elle était toutefois en contact avec les religieuses de Mère Teresa de temps à autre), Tsetsege a immédiatement senti qu’elle devait retirer cette statue des ordures sans tarder. Elle n’a jamais cherché à savoir qui l’avait jetée, mais plutôt à la protéger.

Le conseil des religieuses

«J’ai gardé cette statue dans ma maison pendant un an. Je l’ai vue et j’ai voulu la garder pour moi. J’ai reconnu qu’il s’agissait de Sainte Marie et j’ai voulu la garder. En Mongolie, on trouve des objets de toutes les religions. La Mongolie est un très beau pays», explique-t-elle. Les sœurs de Mère Teresa, dans leur travail incessant de charité auprès des pauvres, se sont rendues chez elle, l’ont vue et lui ont demandé où elle avait eu cet objet. Elles lui ont alors expliqué qu’il s’agissait d’une image de la mère de Dieu. «J’avais entendu parler des catholiques. Dans les années 1980, l’église a été fondée et, dès le début, j’ai su qui y vivait et y travaillait. Les religieuses de Tarhan m’avaient expliqué qu’elle était précieuse, alors mon mari et moi avons décidé de visiter l’église».

Le Pape et Tsetsege à la sortie de la ger.

Le Pape et Tsetsege à la sortie de la ger.

Consacration à la Mère du Ciel

C’est à l’Église que la femme a décidé de faire don de cette statue bien-aimée, qui est ensuite restée dans le bureau de la paroisse locale pendant quelques années. Jusqu’à ce que le cardinal Marengo, apprenant cette histoire, aille voir la Vierge de ses propres yeux et – comme il l’a raconté dans des interviews l’année dernière – a pensé: «La Vierge veut nous dire quelque chose. Je me suis rendu sur place, j’ai rencontré la dame. Puis, le 25 mars, en la fête de l’Annonciation, en accord avec la communauté, nous avons officiellement déplacé la statue à Oulan-Bator avec l’idée de l’installer dans la cathédrale, afin qu’elle soit mieux connue et vénérée par tous».

La statue en bois est désormais conservée dans la cathédrale des Saints Pierre-et-Paul et vénérée par le «petit troupeau» catholique mongol. L’année dernière, l’Église entière de Mongolie a été confiée à la Mère du ciel. Un grand pas, né de la petite intuition d’une femme non catholique: «Maintenant, je suis catholique», explique Tsetsege, «je me suis fait baptiser cette année, en mai, à Tarhan, là où la statue a été trouvée». Ce fut, dit-elle, «une grande émotion» à l’époque, et elle en a éprouvé une autre aujourd’hui, lors sa rencontre en tête à tête avec le Pape qu’elle remercie.

Source : VATICANNEWS, le 6 septembre 2023

Entretien: «les paroles du Pape en Mongolie ont frappé même les non-catholiques»

Le Pape et le cardinal Giorgio Marengo à Oulan-Bator (Vatican Media)

Entretien: «les paroles du Pape en Mongolie ont frappé même les non-catholiques»

«Beaucoup m’ont écrit parce qu’ils ont été frappés par les paroles du Saint-Père qui a exalté la beauté et la valeur de l’histoire et du peuple mongols», rapporte le préfet apostolique d’Oulan-Bator qui dresse pour nous le bilan du 43e voyage apostolique de François. «Passeur de paix», il a livré un message pour le monde: «Il a montré que tout n’est pas déterminé uniquement par la logique du calcul, du pouvoir, de la prévarication». 

Salvatore Cernuzio – Envoyé à Ulaanbaator (Mongolie)

Le cardinal Giorgio Marengo se félicite de la récente visite du Pape en Mongolie, dont il est l’un des architectes, et qui a donné de «grands résultats» pour le présent et l’avenir du pays. Et pas seulement. Des résultats en outre «inattendus» pour une Église qui dispose de peu de moyens mais qui s’est trouvée dans l’obligation d’organiser un événement inédit dans l’histoire: le voyage d’un Pape au pays de Gengis Khan; un pays charnière d’Asie centrale coincé entre la Russie et la Chine et qui abrite une «Église enfant» d’un peu moins de 1 500 baptisés.

Préfet apostolique d’Oulan-Bator depuis 2020, acteur clé du consistoire de 2022 en raison de son âge – 49 ans – ce qui en fait le plus jeune membre du Collège des cardinaux, Giorgio Marengo s’est trouvé aux côtés du Pape à chaque étape de ce voyage: de l’arrivée à l’aéroport, où il a déclenché des applaudissements spontanés à la vue de l’A330 d’ITA Airways, à l’inauguration, le 4 septembre, de la Maison de la Miséricorde, au cours de laquelle il a présenté François aux malades et handicapés.

Sollicité entre appels téléphoniques et visites inopinées, le très jeune pasteur de cette toute jeune Église a accueilli Vatican News à la préfecture apostolique, résidence du Pape François à Oulan-Bator. À l’intérieur du bâtiment en briques rouges, situé dans le district de Bayanzurkh entre un garage, un supermarché et un chantier, il nous accueille entouré des drapeaux, des affiches de la visite papale. On y découvre également une fascinante chronologie graphique de l’arrivée et du développement de l’Église catholique en Mongolie. 

Cardinal Marengo, ou plutôt «Père Giorgio» comme tout le monde vous appelle ici. Commençons par votre sentiment personnel à l’issue du voyage du Pape François en Mongolie.

Eh bien, je dirais vraiment que ce fut une grâce totale, je ne sais pas comment le définir autrement, un immense cadeau que nous avons reçu et, comme tout cadeau gratuit, il est allé bien au-delà de nos espérances, de nos attentes. Tout le travail et la fatigue même de la préparation – parce que, justement, notre réalité est si petite que nous n’avions pas les moyens et les personnes adaptés à un tel événement – ont été balayé par la joie d’avoir le Saint-Père avec nous, par son témoignage si humble, si simple et si proche. Il a immédiatement créé une harmonie avec les gens, et de tous les horizons possibles.

La rencontre avec la communauté catholique était au cœur de cette visite, mais qu’est-ce que cela signifiait pour le reste de la population – les non-croyants ou ceux d’autres confessions, donc la majorité – de voir cette figure universelle venir ici, parler, se faire connaître et faire connaître son rôle ?

J’ai reçu plusieurs commentaires très positifs de la part de personnes, pour la plupart non liées à l’Église, sur la manière dont le Pape a réussi à mettre en évidence la beauté, l’originalité de ce peuple; ses discours contenaient vraiment des éléments qui ont rendu les gens fiers d’être ce qu’ils sont, parce qu’une grande place était accordée à la beauté, à la richesse de ce peuple, à ses traditions, à son histoire. Alors, voir un chef religieux de renommée mondiale venir ici physiquement, même avec l’élément de fragilité qui le caractérise, avec ses soucis de santé, et le voir apporter ce message désarmant de fraternité, de coopération, d’harmonie, a certainement créé une brèche dans le cœur de ce peuple. Et cela a finalement contribué à une connaissance de sa personne et de ce qu’il représente qui, jusqu’à la veille de sa venue, n’était pas si profonde, peut-être un peu superficielle.

Tout en appréciant la beauté et l’histoire de la Mongolie, le Pape a également souligné le rôle de la Mongolie sur l’échiquier international pour la paix dans le monde et envoyé des messages aux deux pays voisins, la Russie et la Chine. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Cela a-t-il quelque peu éclipsé la visite ou cela a-t-il donné un nouvel élan, précisément en raison du rôle mondial que le Pape demande à la Mongolie de jouer ?

Je pense que le témoignage de paix du Pape, de messager de paix, ou, comme il s’est lui-même qualifié à plusieurs reprises de pèlerin, de passeur de paix, cette manière de se présenter a certainement contribué à créer une perspective. La devise même (de ce voyage) Espérer ensemble” signifie qu’il y a de l’espoir, que tout n’est pas déterminé uniquement par la logique du calcul, du pouvoir, de la prévarication, de l’intérêt, mais qu’il existe un véritable monde spirituel, un monde moral, fondé sur des relations authentiques qui peuvent créer les conditions d’une paix durable. Le fait que le Pape se soit présenté de façon simple et direct comme un messager de paix, je crois que cela a contribué à lire la visite avec les bons yeux, sans faire de raisonnements qui n’étaient peut-être même pas dans ses intentions, mais en s’ouvrant au message en tant que tel c’est-à-dire comment chaque peuple – au-delà de sa taille et de son poids relatif – a une responsabilité dans la construction de la paix. Les Mongols en ont fait l’expérience avec la Pax mongolica, comme l’a mentionné le Saint-Père lui-même. Cette expérience a été une réalité et nous pourrions peut-être en tirer des leçons pour notre présent.

Le Pape a également invité à la liberté religieuse, au respect des droits et à la coexistence pacifique entre les religions. Selon vous, cette visite peut-elle réellement déboucher sur de tels résultats ou risque-t-elle de rester quelque peu cristallisée dans ce grand événement comme une fin en soi ?

Nous espérons tous que cette graine semée par la visite du Pape François va ensuite grandir, s’enraciner et devenir de plus en plus une réalité. Nous souhaitons que ces messages transmis avec courage, avec franchise, avec candeur, se transforment en programmes concrets de vie et de collaboration. Nous avons bon espoir que tout cela devienne vraiment un chemin, un chemin concret, car nous savons que ce pays tient aussi ses promesses. Nous sommes donc certains qu’il y aura des résultats positifs.

Et pour la petite Église de Mongolie, quels résultats espérez-vous, en tant que pasteur ?

Tout d’abord la croissance, l’approfondissement de la foi, qui est fondamentale, la redécouverte toujours nouvelle de la beauté de la foi, qui se transformera sûrement en un enracinement plus profond et plus efficace, et donc en la capacité d’exprimer cette foi et de la vivre en tant que citoyen de son propre pays. C’est un don et aussi une responsabilité pour nous tous.

L’Église comme un enfant qui devient adulte…

Oui, mais espérons qu’elle reste toujours dans cette enfance spirituelle qui n’est pas un enfantillage, mais un regard tourné vers le Seigneur qui se concrétise dans la confiance, dans l’abandon, dans la capacité de pardon et de réconciliation.

Source : VATICANNEWS, le 5 septembre 2023

Le Pape François a quitté la Mongolie

Jean-Charles Putzolu – Cité du Vatican

À 12h03 à Oulan-Bator, 6h03 à Rome, le Pape François a quitté le sol de la Mongolie après une visite de quatre jours, la toute première d’un Souverain pontife dans ce pays d‘Asie centrale, limitrophe de la Chine et de la Russie, deux autres grands pays que l’évêque de Rome souhaite également visiter.

Aux Chinois, François a adressé un message de vœux au terme de la messe célébrée dimanche à Oulan-Bator. Profitant de la présence à la célébration des deux évêques de Hong Kong, Mgr Stephen Chow Sau-yan, jésuite, et son prédécesseur, le cardinal John Tong Hon, le Saint-Père tenu à «saluer chaleureusement le noble peuple chinois».

Le salut du Pape François adressé au «noble peuple chinois»

Inauguration de la Maison de la Miséricorde

Inauguration de la Maison de la Miséricorde

Avant de quitter la Mongolie, le Pape a inauguré un centre d’accueil et de premiers soins pour les pauvres, la “Maison de la Miséricorde”, soulignant le caractère fondamental de l’amour du prochain et de la dimension caritative qui fonde l’identité de l’Église.

Le Pape et la ministre mongole des Affaires étrangères dans un salon de l'aéroport

Le Pape et la ministre mongole des Affaires étrangères dans un salon de l’aéroport

Arrivé à l’aéroport, le successeur de Pierre s’est entretenu en privé avec la ministre mongole des Affaires étrangères, Battsetseg Batmunkh, dans un salon privé de l’aérogare, avant d’être salué par une garde d’honneur et de prendre place dans l’Airbus A330 de la compagnie ITA Airways.

Une enfant salue le pape François sur le tarmac de l'aéroport avant son départ de Mongolie

Une enfant salue le pape François sur le tarmac de l’aéroport avant son départ de Mongolie

Pendant le vol, comme de coutume, le Saint-Père saluera les journalistes qui l’ont accompagné tout au long de ce 43e voyage apostolique et se prêtera au jeu des questions-réponses. Le compte rendu de cette conférence de presse sera à retrouver sur ce site après le retour au Vatican du Pape François, prévu aux alentours de 17 heures.

Source : VATICANNEWS, le 4 septembre 2023

Le salut du Pape François adressé au «noble peuple chinois»

Le Pape François avec Mgr Stephen Chow Sau-yan et son prédécesseur le cardinal John Tong Hon.

Le salut du Pape François adressé au «noble peuple chinois»

À l’issue de la messe célébrée ce dimanche après-midi à Oulan-Bator, le Pape a salué l’évêque de Hong Kong et son prédécesseur présents en Mongolie et envoyé un message aux Chinois, exhortant les catholiques du pays à «être de bons chrétiens et de bons citoyens».

Olivier Bonnel – Envoyé spécial à Oulan-Bator

C’est un geste fort symbolique que le Pape a effectué à l’issue de la messe qu’il a présidée dimanche après-midi au Steppe Arena d’Oulan-Bator. L’actuel évêque de Hong Kong, Mgr Stephen Chow Sau-yan et son prédécesseur, le cardinal John Tong Hon, se sont approchés du Pape pour lui serrer la main.

«Je voudrais profiter de votre présence pour saluer chaleureusement le noble peuple chinois, a lancé le Saint-Père à l’assemblée, à tout le peuple, je souhaite le meilleur, et toujours aller de l’avant, toujours progresser. Et je demande aux catholiques chinois d’être de bons chrétiens et de bons citoyens». Environ 200 catholiques chinois ont fait le voyage en Mongolie, venus de Chine continentale mais aussi de Hong Kong ou de Macao.

« Son coeur est proche de la Chine, mais l’avenir dépend de la volonté de Dieu et du gouvernement chinois» soulignait le cardinal John Tong Hon, archevêque émérite de Hong Kong, avant la rencontre interreligieuse, dimanche matin. «Je pense qu’ils connaissent le désir du Saint-Père, il a toujours dit qu’il voulait visiter la Chine» a-t-il poursuivi.

«Si les Chinois connaissent vraiment nos cœurs et la doctrine catholique, ils pourront voir que nous sommes ouverts, parce que Jésus nous a enseigné d’aimer tout le monde, même nos ennemis» a encore expliqué le cardinal Hon.

Le Saint-Siège toujours ouvert au dialogue

Samedi, en rencontrant la communauté catholique dans la cathédrale d’Oulan-Bator, le Pape François avait répété que «les institutions séculières n’ont rien à craindre de l’action évangélisatrice de l’Église, parce que celle-ci n’a pas d’agenda politique à poursuivre».

Malgré les obstacles, le Saint-Siège veut montrer sa bonne disposition à poursuivre ses relations avec les autorités chinoises, conformément à l’accord signé en 2018 sur la nomination des évêques et plusieurs fois renouvelé.

En survolant le territoire chinois dans l’avion qui l’emmenait vers Oulan-Bator jeudi dernier, le Pape François avait envoyé un télégramme aux autorités civiles, comme le veut la tradition. Le Pape y précisait prier «pour la prospérité de la nation et invoquait les bénédictions divines d’unité et de paix». Un télégramme auquel a répondu le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. «La Chine, pouvait-on lire, est prête à continuer à travailler avec le Vatican pour engager un dialogue constructif, améliorer la compréhension et renforcer la confiance mutuelle, afin d’améliorer les relations entre les deux pays».

Source : VATICANNEWS, le 3 septembre 2023

04.09.2023 – RENCONTRE AVEC LES TRAVAILLEURS CARITATIFS & INAUGURATION DE LA MAISON DE LA MISÉRICORDE EN MONGOLIE

À Oulan-Bator, François encourage le bénévolat, service gratuit et indispensable

Avant de se rendre à l’aéroport et de quitter la Mongolie, le Pape François a inauguré un établissement d’accueil des pauvres à Oulan-Bator, témoignage visible de l’œuvre de l’Église locale, à travers la charité. «Il n’est pas nécessaire d’être riche pour faire le bien» a dit le Pape, invitant les Mongols à s’engager dans le bénévolat. 

Olivier Bonnel – Envoyé spécial à Oulan-Bator

Dernier rendez-vous programmé de son voyage apostolique en Mongolie, le Pape François a inauguré ce lundi matin la « Maison de la Charité », un espace alloué aux plus pauvre dans une ancienne école de religieuses et qui est sous l’administration des Oeuvres Pontificales australiennes. Cet établissement a été équipé d’une clinique qui répondra aux besoins des sans-abri et des victimes de violence domestique. La Maison servira également d’abri temporaire pour les migrants qui sont arrivés dans la ville sans point d’ancrage. La structure pourra leur apporter un soutien initial.

Après avoir écouté le mot d’accueil du directeur de la maison, le père Andrew Tran, puis le témoignage d’une religieuse et d’une jeune femme handicapée, le Pape François a pris la parole pour remercier les personnes qui font vivre cette œuvre de charité de l’Église dans la capitale mongole. 

«La dimension caritative fonde l’identité de l’Église» a expliqué le Souverain pontife, une Église qui se fonde sur quatre piliers: la communion, la liturgie, le service et le témoignage. «Il est merveilleux de constater qu’après tant de siècles, le même esprit imprègne l’Église en Mongolie», s’est réjoui François, ajoutant: «Dans sa petitesse, elle vit de communion fraternelle, de prière, du service désintéressé à l’humanité souffrante et du témoignage de sa foi».

La «bonne odeur du Christ»

Cette maison de la Miséricorde, inaugurée par le Saint-Père, est «une expression concrète de l’attention aux autres dans laquelle les chrétiens se reconnaissent, car là où il y a l’accueil, l’hospitalité et l’ouverture aux autres, on respire la bonne odeur du Christ» a encore souligné le successeur de Pierre.

Cette maison «se veut un point de référence pour une multiplicité d’interventions caritatives, de mains tendues vers les frères et sœurs qui peinent à naviguer au milieu des problèmes de la vie», a t-il poursuivi. «“Maison de la Miséricorde“: Dans ces deux mots se trouve la définition de l’Église», a encore expliqué François.

Chacun peut faire le bien

Le Saint-Père est parti de ce lieu pour expliquer les déséquilibres de la société: les bénévoles sont nécessaires car le système de protection sociale, souvent, ne se suffit pas à lui seul. «Le véritable progrès des nations, a-t-il précisé, ne se mesure pas à la richesse économique, et encore moins à celle des investissements dans le pouvoir illusoire des armements, mais à leur capacité à assurer la santé, l’éducation et la croissance intégrale de leur peuple».

Fort de cette réalité, le Pape a souhaité «encourager tous les citoyens mongols, connus pour leur magnanimité et leur capacité d’abnégation, à s’engager dans le bénévolat», un service «indispensable»«purement gratuit et désintéressé».

Le Souverain pontife a tenu également à «briser des mythes». Tout d’abord, «il n’est pas nécessaire d’être riche pour faire le bien. Au contraire, ce sont presque toujours les personnes ordinaires qui consacrent leur temps, leurs connaissances et leur cœur à s’occuper des autres». Autre « mythe »: «celui selon lequel l’Église catholique, qui se distingue dans le monde entier par son grand engagement dans les œuvres de promotion sociale, fait tout cela par prosélytisme, comme si le fait de s’occuper des autres était une forme de conviction pour attirer “de son côté”».

Un lieu pour tous les Mongols

François a aussi fait part de ses vœux pour que cet établissement puisse être un point de rencontre pour tous, y compris de ceux qui ne sont pas croyants. 

Troisième « mythe » à briser: «celui selon lequel seuls les moyens économiques comptent, comme si la seule façon de s’occuper des autres était d’employer des salariés et d’investir dans de grandes infrastructures».

Le Pape a cité la miséricorde de Mère Teresa en conclusion de son discours. «En d’autres termes, pour faire vraiment le bien, ce qui est indispensable, c’est un cœur bon, déterminé à chercher le meilleur pour l’autre. S’engager uniquement en vue d’une rémunération n’est pas un véritable amour; seul l’amour permet de surmonter l’égoïsme et fait avancer le monde».

Source : VATICANNEWS, le 04 septembre 2023

03.09.2023 – MESSE PRÉSIDÉE PAR LE PAPE FRANÇOIS À LA STEPPE ARENA EN MONGOLIE

Messe à Oulan-Bator: le Seigneur ne nous laisse pas manquer d’eau

Le Pape François a présidé la messe dimanche 3 septembre dans l’après-midi au Steppe Arena d’Oulan-Bator devant près de deux mille fidèles. Ce fut le grand moment de rencontre entre la petite communauté catholique mongole et le Saint-Père et l’occasion pour lui de la conforter. 

Xavier Sartre – Cité du Vatican

Dans le cadre moderne et froid de la Steppe Arena, palais de glace inauguré en 2019 dans la capitale mongole, Oulan-Bator, le Pape François rencontre et fortifie les catholiques mongoles et bien au-delà. La venue du Saint-Père au cœur de l’Asie est une occasion rêvée pour les fidèles d’autres pays de communier avec lui. Ils viennent du Vietnam, du Kazakhstan ou d’ailleurs et se sont réunis autour de leurs frères mongols pour cette première messe présidée par un Pape dans l’histoire de la Mongolie.

Dans son homélie, François rappelle que «nous ne sommes pas seuls sur notre chemin. (…) Dieu le Père a envoyé son Fils pour nous donner de l’eau vive de l’Esprit Saint afin de désaltérer notre âme». Il y a donc d’abord la nécessité de reconnaitre «la soif qui nous habite», comme le fait le psaume de ce dimanche. Établissant un parallèle entre Abraham et les fidèles mongols, le Pape constate que «nous sommes tous des “nomades de Dieu”, des pèlerins en quête de bonheur, des voyageurs assoiffés d’amour». Le désert évoqué dans le psaume, c’est notre vie, «cette terre aride qui a soif d’une eau limpide, d’une eau qui désaltère en profondeur; c’est notre cœur qui aspire à découvrir le secret de la vraie joie, celle qui, même au milieu des aridités existentielles, peut nous accompagner et nous soutenir».

L’amour de Dieu nous désaltère

François le reconnait: entre recherche d’un sens et d’orientation pour notre vie, soif de bonheur, besoin de motivation, nous sommes surtout «assoiffés d’amour» et «la foi chrétienne répond à cette soif», en la prenant au sérieux, en ne cherchant pas à l’étancher avec «des palliatifs ou des substituts». Cette soif, précise le Saint-Père, «nous ouvre au Dieu vivant, au Dieu Amour qui vient à notre rencontre pour faire de nous ses enfants et des frères et sœurs entre nous».

Cet amour nous désaltère donc. «C’est le contenu de la foi chrétienne, explique le Pape. Dieu, qui est amour, dans son Fils Jésus, s’est fait proche de toi, il veut partager ta vie, tes peines, tes rêves, ta soif de bonheur». Dieu, même si on se sent parfois comme une terre aride, «nous offre l’eau vive de l’Esprit qui, jaillissant en nous, nous renouvelle, en libérant du danger de la sécheresse» et il le fait via Jésus. Citant saint Augustin, François rappelle que «nous pouvons nous rafraîchir au moyen de la grâce que Dieu nous accorde».

Les paroles de saint Augustin rappellent l’histoire des catholique mongols, estime le Saint-Père. «Dans les déserts de la vie et dans la difficulté d’être une petite communauté, le Seigneur ne vous laisse pas manquer de l’eau de sa Parole, surtout à travers les prédicateurs et les missionnaires qui, oints par l’Esprit Saint, en sèment la beauté», déclare-t-il. Cette Parole ramène chacun à l’essentiel de la foi poursuit-il: «Se laisser aimer par Dieu pour faire de notre vie une offrande d’amour. Car seul l’amour nous désaltère vraiment».

Dieu nous renvoie la vie en abondance

C’est ce que Jésus rappelle à Pierre, le réprimandant quand l’apôtre cherche à le convaincre de ne pas mourir crucifié. «Si nous pensons que le succès, le pouvoir, les choses matérielles, suffisent à étancher la soif ardente de notre vie, c’est une mentalité mondaine qui ne conduit à rien de bon, et bien plus, nous laisse plus arides qu’auparavant»«Le meilleur chemin», c’est d’«embrasser la croix du Christ», affirme François. «Lorsque tu perds la vie, lorsque tu l’offres généreusement, lorsque tu la risques en l’engageant dans l’amour, lorsque tu en fais un don gratuit pour les autres, alors elle te revient en abondance, elle répand en toi une joie qui ne passe pas, une paix du cœur, une force intérieure qui te soutient».

C’est cette vérité révélée à tous et à la Mongolie: «Il n’est pas nécessaire d’être grand ou riche ou puissant pour être heureux. Seul l’amour désaltère notre cœur, seul l’amour guérit nos blessures, seul l’amour nous donne la vraie joie», insiste le Saint-Père. «Nous pourrons marcher sur le chemin de l’amour», «même quand aimer signifie se renier soi-même, lutter contre les égoïsmes personnels et mondains, prendre le risque de vivre la fraternité. Car s’il est vrai que tout cela exige des efforts et des sacrifices et signifie parfois devoir monter sur la croix, il est encore plus vrai que lorsque nous perdons notre vie pour l’Évangile, le Seigneur nous la donne en abondance, pleine d’amour et de joie, pour l’éternité».

Source : VATICANNEWS, le 3 septembre 2023

03.09.2023 – RENCONTRE OEUCUMÉNIQUE ET INTERRELIGIEUSE DANS LE THÉÂTRE HUN À OULAN-BATOR

Ce dimanche 3 septembre 2023 à 04h00 (UTC+2), le pape François participe à une rencontre oecuménique et interreligieuse dans le « Théâtre Hun » à Oulan-Bator. Il y prononce son troisième discours.

02.09.2023 – LE PAPE EN MONGOLIE – RENCONTRE AVEC LES ÉVÊQUES, PRÊTRES, MISSIONNAIRES ET AGENTS PASTORAUX

«Goûter et voir Dieu», l’invitation de François au clergé mongol

Entre les murs de la cathédrale des Saints-Pierre-et-Paul d’Oulan Bator, samedi 2 septembre, le Pape est revenu sur le sens de la vie missionnaire, réalisée en cultivant la communion. Il a invité les évêques, prêtres, consacrés et agents pastoraux à être proches des citoyens mongols, en gardant l’Évangile en ligne de mire. 

Ils étaient quelques dizaines de fidèles à attendre François devant la pro-cathédrale des Saints-Pierre-et-Paul, consacrée en 2003 et dont la forme rappelle celle d’une yourte. A son arrivée, le Pape a fait un crochet par une ger, l’habitation traditionnelle des familles nomades de Mongolie, appelée généralement «yourte» à l’étranger. Dans cette ger, une femme ayant découvert, il y a une dizaine d’années, une statue en bois de la Vierge dans les poubelles, madame Tsetsege, a offert au Pape une coupe de yaourt. Cette statue mariale trône aujourd’hui dans la cathédrale des Saints-Pierre-et-Paul.

Dans la ger, avant son entrée à la cathédrale, avec madame Tsetsege,  le samedi 2 septembre 2023

Dans la ger, avant son entrée à la cathédrale, avec madame Tsetsege, le samedi 2 septembre 2023

Le président de la Conférence épiscopale d’Asie centrale, Mgr José Luis Mumbiela Sierra, évêque du diocèse de la Sainte Trinité à Almaty au Kazakhstan, a ensuite accueilli le Saint-Père dans la cathédrale, aux cris des «Viva il papa» scandés par la petite foule et des orgues. «Nous qui vivons dans les territoires de la grande steppe, nous sommes habitués à contempler la splendide immensité du ciel bleu permanent. Saint Père, comment pouvons-nous être les fidèles messagers des paroles et des bénédictions éternelles et éviter d’être les marchands de pensées et d’approches envahies par la temporalité?», a notamment demandé Mgr Mumbiela Sierra, question à laquelle a répondu François dans son discours.

Après avoir écouté les témoignages de missionnaires sur place, le Pape a pris la parole, faisant d’emblée part de sa joie d’être parmi eux, «Je suis heureux de vous rencontrer.»  

Goûter et voir

Il faut comprendre la Mongolie avec ses sens, avait déclaré François jeudi 31 août dans le vol le portant à Oulan-Bator. Un appel aux cinq sens repris face aux évêques, prêtres, consacrés et agents pastoraux, comme l’invite le psaume 34, «Goûtez et voyez: le Seigneur est bon» .

Le Pape François à son arrivée à la cathédrale d'Oulan-Bator.

Le Pape François à son arrivée à la cathédrale d’Oulan-Bator.

«Goûter et voir, parce que la joie et la bonté du Seigneur ne sont pas quelque chose de passager, mais demeurent à l’intérieur, donnent du goût à la vie et font voir les choses d’une manière nouvelle», a développé François, savourant le goût de la foi sur la terre mongole.

Dépenser sa vie pour l’Évangile

Les missionnaires en Mongolie dépensent leur vie pour l’Évangile, a continué François, rappelant que la foi sur les terres mongoles avait des racines bien antérieures à la fin du siècle dernier, et remontaient aux expériences du premier millénaire marquées par le mouvement évangélisateur de tradition syriaque, répandu le long de la route de la soie. L’évêque de Rome en a profité pour saluer les figures de l’Église d’Asie à travers les siécles, comme Jean de Montecorvino, premier évêque de Khan Baliq sous la dynastie mongole Yuan, au XIVe siècle ou le père Stephano Kim Seong-hyeon.

«Mais pourquoi dépenser sa vie pour l’Évangile?», a lancé le Saint-Père. «Précisément parce que, comme le rappelle le Psaume 34, nous avons goûté, nous avons senti la bonne saveur, nous avons expérimenté dans sa propre vie la tendresse de l’amour de Dieu.»

Faisant écho au témoignage de sœur Salvia avant sa prise de parole, «la vie chrétienne naît de la contemplation de ce visage, c’est une question d’amour, de rencontre quotidienne avec le Seigneur dans la Parole et dans le Pain de Vie, et dans le visage de l’autre, dans les nécessiteux en qui Jésus est présent», a noté le Pape. 

Revenir au regard originel

Sous la statue de la Vierge sauvée des déchets, François a salué le travail des prêtres, consacrés et agents pastoraux: «Vous avez donné vie à une grande variété d’initiatives caritatives, qui absorbent la plus grande partie de vos énergies et reflètent le visage miséricordieux du Christ Bon Samaritain», et en même temps «je vous invite à goûter et à voir le Seigneur, à revenir toujours à ce regard originel d’où tout est né», a-t-il continué.  

La cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, le 2 septembre 2023.

La cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, le 2 septembre 2023.

Sans ce regard originel, «les forces s’épuisent et l’engagement pastoral risque de devenir une prestation de services stérile, dans une succession d’actions dues, qui finissent par ne plus rien transmettre d’autre que lassitude et frustration». Au contraire «en restant en contact avec le visage du Christ, en le scrutant dans les Écritures et en le contemplant dans un silence d’adoration devant le tabernacle, vous le reconnaîtrez sur les visages de ceux que vous servez et vous vous sentirez transportés par une joie intime qui, même dans les difficultés, laisse la paix au cœur.» 

Les frères et sœurs mongoles ont un sens prononcé du sacré, et ils attendent ce témoignage, a expliqué François. Le Seigneur Jésus n’a pas envoyé les siens dans le monde pour propager une pensée politique, mais «pour témoigner par leur vie de la nouveauté de la relation avec son Père, devenu “notre Père” déclenchant ainsi une fraternité concrète avec chaque peuple».

L’essentielle communion de l’Église

Continuant son discours, le Saint-Père est revenu sur la figure de Mgr Giorgio Marengo, 48 ans, plus jeune cardinal du monde: «Le fait que votre évêque soit un cardinal se veut ainsi une expression supplémentaire de proximité: vous tous, éloignés seulement physiquement, vous êtes très proches du cœur de Pierre». 

Le Pape François dans la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, le 2 septembre 2023.

Le Pape François dans la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, le 2 septembre 2023.

Cette communion de l’Église est essentielle, a-t-il rappelé, revenant sur l’importance du lien entre les communautés ecclésiales et l’évêque. Avant de conclure, François a invité les missionnaires à continuer de témoigner de l’amour du Christ sur les terres mongoles: «Continuez à le faire en cultivant la communion. Réalisez-le dans la simplicité d’une vie sobre, à l’imitation du Seigneur, qui est entré à Jérusalem sur le dos d’un âne et qui fut même dépouillé de ses vêtements sur la croix». Il leur a rappelé que la Mère du Ciel, comme est nommée en Mongolie la Vierge Marie, est là pour les soutenir, à l’image de cette statue sauvée du dépotoir, «sans tache, préservée de tout péché, elle a voulu se faire proche au point d’être mêlée aux déchets de la société, de sorte que la pureté de la sainte Mère de Dieu a émergé de la saleté des ordures.»

Enfin, «Dieu aime la petitesse et aime accomplir de grandes choses à travers la petitesse», a tenu a rappelé le Pape dans cette cathédrale construite telle une ger.

Source : VATICANNEWS, le 2 septembre 2023

Réflexions du cardinal Giorgio Marengo, évêque de Mongolie

Monseigneur Giorgio Marengo saluant le pape François © Facebook. Missions de la Consolata 

Monseigneur Giorgio Marengo Saluant Le Pape François © Facebook. Missions De La Consolata 

Réflexions du cardinal Giorgio Marengo, évêque de Mongolie

Témoignage du plus jeune cardinal du monde qui parle de l’Église dans un pays bouddhiste

Le plus jeune cardinal du monde et évêque de toute la Mongolie parle de différents aspects de l’Église et de ses relations avec les institutions mongoles, de la Mongolie en général et du travail de l’Église catholique dans le pays.

Avec le voyage apostolique en Mongolie, commence, pour ainsi dire, le cycle 2023-2024 du pape François. Le pape se rend dans un pays à majorité bouddhiste, un vaste territoire bordé d’un côté par la Russie et de l’autre par la Chine. Certains ont vu dans ces deux frontières le véritable prétexte pour que le souverain pontife se rende dans l’une des plus petites communautés catholiques du monde.

Mais comment l’Église catholique vit-elle en Mongolie ? Mgr Giorgio Marengo, le plus jeune cardinal du monde, qui est aussi l’évêque de Mongolie, l’a expliqué à Mondo e Missione.

En ce qui concerne les relations de l’Église avec les institutions, il déclare : « Depuis le début, elles ont été bonnes et nous continuons à les cultiver en dialoguant avec les autorités au niveau local et national, en particulier lorsqu’il s’agit d’expliquer ce qu’est l’Église catholique, en évitant certaines simplifications : en tant qu’héritage du socialisme, il existe encore une certaine méfiance à l’égard de la religion. D’autre part, nous voulons faire comprendre que nous sommes un interlocuteur fiable pour l’État, et non une menace. Nous nous appuyons pour cela sur la beauté du passé mongol : même à l’époque de l’empire fondé en 1206 par Gengis Khan, il existait une certaine tolérance et des chrétiens nestoriens. Le franciscain Giovanni da Pian del Carpine fut le premier occidental à poser le pied dans la capitale impériale, Karakorum : un fait connu dans le monde de la culture, parmi les historiens et les archéologues, mais pas au niveau de la « connaissance populaire ». »

Le cardinal Marengo n’est pas mongol. Il est italien. Pourtant, il exerce son ministère au sein d’une population locale. Lorsqu’on lui demande ce qui le frappe chez les Mongols, il répond :  « Ils sont porteurs de richesses humaines, spirituelles et culturelles. J’admire beaucoup la résilience des Mongols, habitués à supporter tant d’extrêmes, tant climatiques que géographiques : ils ont intériorisé cette capacité à résister aux coups de la vie et ont mûri une grande sagesse, transmise de génération en génération. Et ils ont une sensibilité marquée pour l’aspect religieux. »

Comme nous l’avons dit, la Mongolie est un pays d’un peu plus de trois millions d’habitants et la plupart d’entre eux sont bouddhistes, bien qu’il y ait aussi beaucoup de chamanisme. Voici comment l’archevêque d’Oulan-Bator décrit la spiritualité mongole : « Formée par le chamanisme et le bouddhisme, avec une série de symboles, un art figuratif, un patrimoine musical que soixante-dix ans de communisme rigide n’ont pas réussi à éradiquer. Même pas par la violence : la Mongolie est le pays bouddhiste qui compte le plus grand nombre de martyrs, quelque quinze mille moines ayant été massacrés lors des terribles purges socialistes. D’une manière générale, pour les Mongols, la vie ne peut être interprétée uniquement en fonction de ce qui est « visible, palpable et calculable ». »

En se concentrant sur le visage de l’Église mongole, le cardinal Marengo raconte que « sa beauté est la fraîcheur de la foi : les chrétiens, tous de la première ou de la deuxième génération, embrassent la Parole de Dieu et cherchent sincèrement à vivre à sa lumière ». Le pape François, s’adressant aux évêques d’Asie centrale, a utilisé l’image du « jeune arbre dans la steppe » : « une Église naissante qui exige de nous, missionnaires, une attention particulière, une profondeur, un engagement ».

Bien qu’il s’agisse d’une petite communauté catholique, elle doit dialoguer avec le bouddhisme. Il existe de nombreux espaces de dialogue entre catholiques et bouddhistes, a-t-il déclaré. « Notre premier évêque, Monseigneur Wenceslao Padilla, était déjà engagé dans ce sens, et pour nous, missionnaires, le dialogue est l’un des aspects centraux de notre présence. En outre, ces dernières années, j’ai constaté une croissance des relations au niveau officiel : il existe aujourd’hui un groupe interreligieux qui comprend des catholiques, des évangéliques, des mormons, des bouddhistes, mais aussi des musulmans, des bahaïs et un représentant du judaïsme. Avec le bouddhisme, un canal privilégié continue d’exister, comme en témoigne la première visite officielle au Vatican, l’année dernière, d’un représentant de la Mongolie. »

Enfin, à propos de l’évangélisation, le cardinal Marengo explique que « 70 % de l’activité de l’Église sont des œuvres sociales, mais à travers cette attention au prochain dans l’esprit de l’Évangile, qui est celui de la gratuité, nous essayons d’incarner le message de Jésus, pour que les gens le reconnaissent.» Et sur l’insertion du message dans la culture locale, il conclut : « Le premier vecteur est la langue, utilisée pour la célébration. Ensuite, nous vivons les moments clés de la vie, comme la naissance et la mort, en essayant d’intégrer des éléments de la tradition dans la liturgie, avec l’aide des fidèles mongols. Nous repensons également la musique, avec des instruments locaux. Et les exemples d’ouverture à la culture indigène sont innombrables ».

Source : VATICANNEWS, le 1er septembre 2023

Le Pape François rend hommage à la sagesse de la Mongolie

Le Pape François saluant le président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh le 2 septembre à Oulan-Bator. (Vatican Media)

Le Pape François rend hommage à la sagesse de la Mongolie

À l’occasion de son premier discours prononcé devant le monde politique et la société civile, le Souverain pontife a salué la Mongolie comme un pays sachant allier tradition et modernité, salué sa contribution à la paix dans le monde et loué l’apport important des différentes traditions religieuses pour la société mongole. 

Olivier Bonnel-Envoyé spécial à Oulan-Bator, Mongolie

C’est sur la place Sükhbaatar, au centre d’Oulan-Bator, devant le palais du gouvernement que s’est déroulée samedi matin la cérémonie officielle de bienvenue du Pape François en Mongolie. Le Souverain pontife y a reçu les honneurs de la garde nationale aux couleurs rouge et bleu du drapeau national, au pied de l’imposante statue de Gengis Kahn qui trône devant le palais du peuple.

François s’est ensuite rendu au palais d’État qui borde cette place pour un entretien en privé avec le président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh. Avant cela il avait signé le livre d’honneur en écrivant ces mots : «Pèlerin de paix dans ce pays jeune et antique, moderne et riche de traditions, je suis honoré de parcourir les chemins de la rencontre et de l’amitié, porteurs d’espérance. Que le grand ciel clair qui embrasse la terre mongole éclaire de nouveaux chemins de fraternité».

C’est ensuite devant les autorités politiques, la société civile et le corps diplomatique qu’il a ensuite prononcé son premier discours.

Le Souverain pontife a remercié ses hôtes et choisi la métaphore de la yourte pour rendre hommage au pays d’Asie centrale. «J’imagine entrer pour la première fois, avec respect et émotion, dans l’une de ces tentes circulaires qui parsèment la majestueuse terre mongole, afin de vous rencontrer et mieux vous connaître, a-t-il expliqué, Me voici donc à l’entrée, pèlerin de l’amitié, venu à vous sur la pointe des pieds et le cœur joyeux, désireux de m’enrichir humainement en votre présence ».

La yourte, symbole de continuité du peuple mongol

« J’ai appris que de la porte de la yourte, tôt le matin, les enfants de vos campagnes regardent l’horizon lointain pour compter le bétail et en rapporter le nombre à leurs parents, a poursuivi François, Il est bon pour nous aussi d’embrasser du regard le vaste horizon qui nous entoure, en dépassant l’étroitesse de vues et en nous ouvrant à une mentalité d’ampleur globale, comme nous y invitent les yourtes, qui, nées de l’expérience du nomadisme des steppes, se sont répandues sur un vaste territoire, devenant un élément d’identification des différentes cultures voisines ».

Le Pape a également insisté sur la sagesse du peuple mongol, « accumulée au fil des générations d’éleveurs et d’agriculteurs prudents, toujours attentifs à ne pas perturber l’équilibre délicat de l’écosystème, elle a beaucoup à enseigner à ceux qui, aujourd’hui, ne veulent pas s’enfermer dans la poursuite d’un intérêt particulier à court terme, mais souhaitent léguer à la postérité une terre encore accueillante et fertile ».

Le Pape François et le président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh

Le Pape François et le président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh

Une écologie responsable

En valorisant ce que les chrétiens nomment création, fruit du dessein bienveillant de Dieu, les Mongols aident à contrecarrer «les effets de la dévastation humaine par une culture de l’attention et de la prévoyance, qui se traduit par des politiques d’écologie responsable» a-t-il poursuivi en rendant hommage également à « la vision holistique de la tradition chamanique mongole et le respect de chaque être vivant, issus de la philosophie bouddhiste, qui représentent une contribution précieuse à l’engagement urgent et désormais incontournable en faveur de la protection de la planète Terre».

La culture de la paix de la Mongolie

Les yourtes, a encore souligné François, témoignent par ailleurs «de la précieuse combinaison entre tradition et modernité», elles réunissent plusieurs générations et montrent la continuité avec l’Antiquité. Le Pape y a vu par là l’occasion de saluer la Mongolie comme un pays s’étant pleinement inscrit dans la modernité.

Le Souverain pontife a ainsi rappelé que La Mongolie d’aujourd’hui «joue un rôle important au cœur du grand continent asiatique et sur la scène internationale». Il a salué l’engagement et la détermination du pays à mettre fin à la prolifération nucléaire tout comme le choix de mettre fin à la peine de mort.

«La Mongolie est non seulement une nation démocratique qui met en œuvre une politique étrangère pacifique, mais elle entend également jouer un rôle important pour la paix dans le monde» s’est encore félicité François.

Comme Gengis Kahn a su reconnaître les excellences des peuples qui composaient l’immense territoire impérial et à les mettre au service du développement commun, la Mongolie contemporaine peut jouer un rôle dans le monde actuel, fracturé par les conflits a encore expliqué le Pape. «Plaise au Ciel que sur la terre, ravagée par trop de conflits, les conditions de ce qui fut autrefois la pax mongolica, c’est-à-dire l’absence de conflits, soient reproduites dans le respect des lois internationales encore aujourd’hui»  a-t-il lancé.

“La communauté catholique mongole est heureuse de continuer à apporter sa propre contribution”

Savoir regarder le Ciel

Reprenant l’image de la yourte, François a par ailleurs insisté sur son point central le plus élevé, qui permet de regarder le ciel. Une métaphore puissante. «Je voudrais insister sur cette attitude fondamentale que votre tradition nous aide à redécouvrir : savoir garder le regard fixé vers le haut, a t-il souligné, lever les yeux vers le ciel – l’éternel ciel bleu que vous vénérez toujours – signifie rester dans une attitude d’ouverture docile aux enseignements religieux».

La contribution des religions et de l’Église catholique

«Beaucoup de vos premiers leaders furent des protagonistes d’un regard tourné vers le haut et d’une vision plus ample, faisant preuve d’une capacité peu commune à intégrer des voix et des expériences différentes, y compris du point de vue religieux» a encore expliqué le Souverain pontife, avant de mettre en avant la contibution positive des relions à la société.

La Mongolie se reconnait aujourd’hui «dans cette valeur essentielle d’harmonie et de synergie entre croyants de différentes confessions». En ce sens, a précisé François, «la communauté catholique mongole est heureuse de continuer à apporter sa propre contribution».

Le Pape signant le livre d'or au Palais d'État à Oulan-Bator

Le Pape signant le livre d’or au Palais d’État à Oulan-Bator

«Je me réjouis donc que la communauté catholique, aussi petite et discrète soit-elle, participe avec enthousiasme et engagement à la croissance du pays, en diffusant la culture de la solidarité, du respect de tous et du dialogue interreligieux, et en œuvrant pour la justice, la paix et l’harmonie sociale» a encore expliqué le Saint-Père, rappelant que l’accord bilatéral signé il y a trente ans entre le Saint-Siège et Oualn-Bator «représente un canal important pour atteindre ces conditions essentielles au déroulement des activités ordinaires dans lesquelles l’Église catholique est engagée».

«Je suis certain que les catholiques mongols sont aussi et seront prêts à apporter leur contribution à la construction d’une société prospère et sûre, a conclu le Pape, en dialogue et en collaboration avec toutes les composantes qui habitent cette grande terre bénie du ciel », qui a souhaité que les différentes composantes de la société mongole, continuent à offrir au monde « la beauté et la noblesse d’un peuple unique».

Source : VATICANNEWS, le 2 septembre 2023