Le Pape aux universitaires: la connaissance est une responsabilité

Le Pape aux universitaires: la connaissance est une responsabilité

Au lendemain de son arrivée au Portugal pour les JMJ de Lisbonne, le Pape François a rencontré des étudiants de l’Université catholique portugaise, jeudi 3 août. Le successeur de Pierre les a encouragés à «remplacer les peurs par des rêves», à «chercher et à risquer» en étant des protagonistes d’une «nouvelle chorégraphie» qui place au centre la personne humaine.

Myriam Sandouno – Cité du Vatican

«Nous nous sentons tous pèlerins». Telles sont les paroles prononcées par la rectrice de l’Université catholique portugaise et reprises ensuite par François au début de son discours. «C’est un beau mot dont la signification mérite d’être méditée» dit-il. Dans sa réflexion, le Pape explique que dans le mot «pèlerin», «nous voyons se refléter la condition humaine, parce que chacun est appelé à se confronter à de grandes questions qui n’ont pas de réponse simpliste ou immédiate, mais qui invitent à accomplir un voyage, à se dépasser, à aller plus loin». Et cela, tout universitaire le comprend si bien, car «la science naît ainsi».

«Chercher et risquer»

«Chercher et risquer» voilà les verbes des «pèlerins», déclare le Saint-Père invitant à ne pas se laisser envahir par la peur «de nous sentir inquiets», insatisfaits. «L’imperfection, souligne-t-il, caractérise notre condition de chercheurs et de pèlerins parce que, comme dit Jésus, nous sommes dans le monde, mais nous ne sommes pas du monde». «Cherchez et risquez» lance-t-il aux universitaires présents, les invitant à être des protagonistes d’une “nouvelle chorégraphie” qui place au centre la personne humaine. «Soyez chorégraphes de la danse de la vie», ajoute le Pape.

Des entrepreneurs de rêve, non des administrateurs de peurs

Poursuivant son discours, le Saint-Père attire l’attention sur ces paroles de la rectrice de l’Université catholique portugaise: «L’université n’existe pas pour se préserver comme institution, mais pour répondre avec courage aux défis du présent et de l’avenir». François conseille de remplacer les peurs par des rêves, car la société a aujourd’hui besoin des «entrepreneurs de rêves», non pas des «administrateurs de peurs».

«Ce serait un gaspillage de penser à une université engagée à former les nouvelles générations uniquement pour perpétuer le système élitiste et inégal actuel du monde, où l’enseignement supérieur reste un privilège pour quelques-uns. Si la connaissance n’est pas accueillie comme une responsabilité, elle devient stérile», affirme-t-il, précisant: «Si celui qui a reçu un enseignement supérieur, qui reste aujourd’hui, au Portugal et dans le monde, un privilège, ne s’efforce pas de restituer ce dont il a bénéficié, il n’a pas compris tout à fait ce qui lui a été offert». François soutient que le diplôme ne doit en effet pas être considéré seulement comme une «permission pour construire le bien-être personnel», mais comme «un mandat pour se consacrer à une société plus juste et inclusive», c’est-à-dire plus avancée.

«Vous, chers étudiants, pèlerins du savoir, que voulez-vous voir réalisé au Portugal et dans le monde? interroge-t-il, quels changements, quelles transformation? Et comment l’université, surtout l’université catholique, peut-elle y contribuer?»

Redéfinir le progrès et l’évolution

Le Pape dans son intervention a aussi mis en évidence «l’urgence de prendre soin de la maison commune» avec une «conversion du cœur» et un «changement de la vision anthropologique» qui, déclare-t-il, est à la base de l’économie et de la politique. L’évêque de Rome estime «qu’on ne peut se contenter de simples mesures palliatives ou de compromis timides et ambigus» car «les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement». D’où la nécessité de redéfinir: « progrès et évolution« . Reconnaissant qu’au nom du progrès, «on a fait trop de chemin à reculons», le Souverain pontife voit en ces jeunes, l’espérance, une «génération qui peut relever ce défi».

«Vous avez les outils scientifiques et technologiques les plus avancés mais, s’il vous plaît, ne tombez pas dans le piège de visions partielles», averti François, signifiant ensuite que «nous avons besoin d’une écologie intégrale, d’écouter la souffrance de la planète en même temps que celle des pauvres; de mettre le drame de la désertification en parallèle avec celui des réfugiés; le thème des migrations avec celui de la dénatalité» également «de nous occuper de la dimension matérielle de la vie dans une dimension spirituelle. Pas des polarisations, dit François, mais des visions d’ensemble».

«Il ne suffit pas qu’un chrétien soit convaincu, il doit être convaincant»

Le Pape est ensuite revenu sur les propos de Tomás qui a rendu témoignage lors de la rencontre: «Une authentique écologie intégrale sans Dieu n’est pas possible, il ne peut y avoir d’avenir dans un monde sans Dieu». François invite ainsi à rendre la foi crédible à travers les choix que l’on fait. Car si «la foi n’engendre pas des styles de vie convaincants, elle ne fait pas lever la pâte du monde». Le chrétien ne doit pas être seulement convaincu, mais convaincant, conseille-t-il, ajoutant que ses actions sont appelées à refléter la beauté, joyeuse et à la fois radicale, de l’Évangile. En outre, souligne François, «le christianisme ne peut pas être habité comme une forteresse entourée de murs, qui élève des bastions contre le monde». L’une des tâches les plus importantes pour les chrétiens à chaque époque, est de retrouver le sens de l’incarnation, déclare le Souverain pontife. «Sans l’incarnation, le christianisme devient une idéologie. C’est l’incarnation qui permet d’être émerveillé de la beauté que le Christ révèle à travers chaque frère et sœur, chaque homme et chaque femme».

“L’une des tâches les plus importantes pour les chrétiens à chaque époque, est de retrouver le sens de l’incarnation.”

La contribution des femmes

Dans la nouvelle chaire consacrée à « l’Économie de François », et à laquelle a été ajoutée la figure de Claire, le Pape fait remarquer que «la contribution des femmes est indispensable». Et la Bible démontre comment l’économie de la famille est en grande partie entre les mains de la femme. «C’est elle la véritable “régente” de la maison, avec une sagesse qui n’a pas pour but exclusif le profit, mais le soin, la coexistence, le bien-être physique et spirituel de chacun, et aussi le partage avec les pauvres et les étrangers». Il est passionnant d’aborder selon François, les études économiques dans cette perspective: «avec le but de redonner à l’économie la dignité qui lui revient, afin qu’elle ne soit pas la proie du marché sauvage et de la spéculation».

Le Pape rappelle ainsi l’initiative du Pacte éducatif mondial. Ses sept principes qui en forment l’architecture, comprennent beaucoup de ces thèmes, du soin de la maison commune à la pleine participation des femmes, jusqu’à la nécessité de trouver de nouvelles façons de comprendre l’économie, la politique, la croissance et le progrès, a-t-il dit. 

Mûrir dans le discernement 

Terminant son intense discours, François a exprimé sa joie «de vous voir comme une communauté éducative vivante, ouverte à la réalité, avec l’Évangile qui ne sert pas d’ornement mais qui anime les parties et l’ensemble». Dans ce parcours qui comprend différents domaines: études, amitié, service social, responsabilité civile et politique, soin de la maison commune, expressions artistiques… Être une université catholique signifie d’abord ceci, dit le Pape: «que chaque élément est en relation avec le tout et que le tout se retrouve dans les parties. Ainsi, en acquérant des compétences scientifiques, on mûrit en tant que personne dans la connaissance de soi et dans le discernement de sa propre voie». François a exhorté les universitaires à aller de l’avant «plus loin, plus haut; allons, courage. C’est ce que je vous souhaite de tout cœur», conclut le Saint-Père.

Source : VATICANNEWS, le 3 août 2023

03.08.2023 – Cérémonie de bienvenue du pape François au parc Edouard VII (« Colline de la Rencontre »)

Cérémonie de bienvenue du pape François au parc Edouard VII (« Colline de la Rencontre »)

Le Pape rappelle aux jeunes que Dieu les aime et les appelle

Le Pape François a été acclamé par environ 500 000 jeunes pèlerins lors de la cérémonie d’accueil des JMJ à Lisbonne. Au cours de ce premier grand rendez-vous avec la jeunesse catholique du monde, le Saint-Père a invité son auditoire à s’appeler les uns les autres par son nom, comme le fait Dieu avec nous, et à nous rappeler la beauté d’être aimés et précieux. Il a aussi encouragé les jeunes à poser des questions à Jésus.

Xavier Sartre – Cité du Vatican

À l’heure des réseaux sociaux et d’un internet toujours plus accessible qui réduit les distances et met en relation le monde entier, le Pape François a usé du vocabulaire des jeunes pour les inviter à deux choses essentielles: d’une part, s’appeler par son nom, d’autre part, poser des questions directement à Jésus.

Devant plusieurs centaines de milliers de jeunes et leurs accompagnateurs, réunis dans le parc Eduard VII, au cœur de Lisbonne, tout au bout de la perspective qui mène au Tage, le Pape, devant une marée de drapeaux de nations et régions des quatre coins du globe, a rappelé une évidence: «c’est surtout Jésus qui vous a appelés!», non seulement pour venir à ces Journées Mondiales de la Jeunesse, mais «depuis le début de votre vie» et «par votre nom»«Appelés par votre nom», ces mots écrits «en vous»«dans vos cœurs, comme pour former le titre de vitre vie»«appelés parce que aimés», précise François.

A l’ère du nihilisme, les JMJ sont une célébration planétaire de l’Évangile

Lisbonne est aujourd’hui une « ville de rêve » qui parle de fraternité. Le cardinal José Tolentino de Mendonça, préfet du dicastère pour la Culture et l’Éducation revient sur le …

Précieux aux yeux de Dieu

«Nous sommes des enfants précieux» aux yeux du Seigneur, poursuit-il, appelés chaque jour pour être étreints et encouragés, «en dépit de ce que nos yeux voient parfois, obscurcis par la négativité et éblouis par beaucoup de distractions»«Que ces journées soient des échos vibrants de l’appel à l’amour de Dieu»s’exclame le Saint-Père qui espère que ce moment soit l’occasion de fixer en nos cœurs le fait que nous sommes aimés tels que nous sommes. «C’est cela le point de départ des JMJ, mais surtout de la vie».

Nous ne sommes donc pas pour Dieu «un numéro», mais «un visage», au contraire de ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Certes, sur ces derniers nous sommes connus mais le nom est traité «par des algorithmes» qui ne mettent pas en jeu l’«unicité» mais l’«utilité pour les études de march黫Combien de loups se cachent derrière des sourires de fausse bonté» met en garde le Pape qui insiste: «ce sont les illusions du virtuel, et nous devons veiller à ne pas nous laisser tromper» par «des choses vaines et superflues, qui nous laissent vides à l’intérieur». Tout le contraire de Jésus, qui a confiance en nous.

Que l’Église soit ouverte à tous

C’est pourquoi «nous, son Église, sommes la communauté des appelés», non pas des meilleurs car nous sommes tous pécheurs, mais appelés «comme nous sommes», explique François. Face aux interrogations ou aux doutes des jeunes, le Saint-Père est très clair. «Il y a de la place pour tout le monde dans l’Église. Le Seigneur ne pointe pas du doigt mais tend les bras» affirme-t-il. Jésus «Il nous montre Jésus sur la croix qui ouvrit grand les bras pour être crucifié et mourir pour nous».

500 000 jeunes en face du Pape François pour la cérémonie d'accueil

500 000 jeunes en face du Pape François pour la cérémonie d’accueil

Mieux vaut poser des questions

Le Pape, entrecoupé par les applaudissements et les cris des jeunes enthousiastes, poursuit en évoquant les questions que ces pèlerins lui ont posées. «Ne vous lassez jamais de poser des questions. Poser des questions c’est bien, c’est même souvent mieux que de donner des réponses, parce que c’est le meilleur remède contre l’habitude, contre cette normalité plate qui anesthésie l’âme», considère-t-il.

«Les questions que vous avez en vous – poursuit-il, (…) posons-les quand nous prions devant Dieu», ajoutant: «Dieu aime par surprise. Ce n’est pas programmé. L’amour de Dieu est une surprise, toujours.» Le Pape invite alors à considérer que «Dieu nous aime comme nous sommes, pas comme nous voudrions être ou comme la société aimerait que nous soyons. Il nous appelle avec les défauts que nous avons, avec nos limites et notre envie d’avancer dans la vie. Ayez confiance parce que Dieu est Père et c’est le Père qui nous aime. Et ce n’est pas très facile, cela. Et c’est pour cela que nous avons une grande aide, la Mère du Seigneur. Elle est Notre Mère aussi». Et de conclure en précisant: «N’ayez pas peur, ayez courage, allez de l’avant, en sachant que nous sommes “amortisés” par l’amour que Dieu nous porte.»

Source : VATICANNEWS, le 3 août 2023

03.08.2023 – RENCONTRE AVEC LES JEUNES DU RÉSEAU SCHOLAS OCCURRENTES À CASCAIS

Ce jeudi 3 août à 11h40 (GMT+2), le pape François rencontre les jeunes du réseau Scholas Occurrentes à Cascais, petite ville à quelques kilomètres de Lisbonne où se trouve le siège portugais de la fondation. Scholas Occurrentes a été fondée il y a plus de vingt ans à Buenos Aires par le cardinal Bergoglio, futur pape François, et a pour objectif de développer une culture de la rencontre pour les jeunes. Mouvement éducatif, la fondation soutien en particulier des projets qui favorisent la rencontre entre des élèves d’écoles et de pays différents. Toutes les informations sur les JMJ, le programme du Pape, les directs et reportages de KTO sont à retrouver sur https://www.ktotv.com/page/jmj-lisbonne-pape-2023-portugal-jeunes

02.08.2023 – VÊPRES AVEC LES ÉVÊQUES, PRÊTRES, RELIGIEUX ET AGENTS PASTORAUX AU MONASTÈRE DES HIÉRONYMITES

Vêpres avec les évêques, prêtres, religieux et agents pastoraux au Monastère des Hiéronymites

Le Pape exhorte à s’aventurer sur la mer de l’évangélisation, loin du cléricalisme

Lors de ces vêpres lisboètes, deuxième étape de la première journée à Lisbonne en marge des JMJ, le Pape argentin a appelé le clergé portugais à réveiller la préoccupation pour l’Évangile. Sous la voûte gothique du monastère des Hiéronymites, devant un parterre d’évêques, de prêtres, de diacres et de consacrés de ce pays d’explorateurs et d’aventuriers, l’évêque de Rome a invité mercredi 2 août à retrouver le goût et la passion de l’évangélisation, loin d’attitudes «de fonctionnaires du sacré».

Delphine Allaire – Cité du Vatican

Immergé dans la beauté du Portugal, «terre de jonction entre le passé et l’avenir, lieu de traditions anciennes et de grands changements, embelli par des vallées luxuriantes et des plages dorées donnant sur la beauté infinie de l’océan», le Pape François a d’emblée comparé le contexte ecclésial portugais et européen actuel à celui du premier appel de Jésus aux disciples sur les rivages galiléens.

Lorsque Jésus en passant «vit deux barques au bord du lac; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets» (Lc 5, 2), le Pape remarque un contraste: d’une part, «les pêcheurs descendent de la barque pour laver leurs filets», d’autre part, «Jésus monte dans la barque et les invite à jeter à nouveau leurs filets pour pêcher». «Les différences sont manifestes: les disciples descendent, Jésus monte; ils veulent ranger les filets, Lui veut qu’ils soient jetés à nouveau à la mer pour pêcher».

Se libérer des filets de la résignation et du pessimisme

Et pour cause, c’est «précisément dans les lieux et les situations où les gens vivent, luttent, espèrent, en serrant parfois dans leurs mains les échecs et les revers» quele Christ veut apporter la proximité de Dieu, a souligné François, prenant en exemple ces pêcheurs qui n’avaient rien pris durant la nuit.

Le Souverain pontife vise là l’expérience d’une lassitude parfois similaire «lorsqu’il nous semble tenir dans nos mains que des filets vides»; un sentiment assez répandu selon lui dans les pays de vieille tradition chrétienne, de plus en plus marqués par la sécularisation, l’indifférence à l’égard de Dieu, un recul croissant de la pratique de la foi. «Lorsque nous sommes découragés, conscients ou pas tout à fait conscients, nous nous « retirons » du zèle apostolique, et nous le perdons peu à peu, et nous devenons des « fonctionnaires du sacré ». Et c’est bien triste quand une personne qui a consacré sa vie à Dieu devient un « officiel », un simple administrateur des choses. C’est très triste», a déploré le Pape.

Des éléments accentués «par la déception et la colère» que certains ressentent à l’égard de l’Église, «parfois à cause de notre mauvais témoignage et des scandales qui en ont défiguré le visage et qui appellent à une purification humble et constante, en partant du cri de douleur des victimes, toujours à accueillir et à écouter», a relevé le Pape devant le clergé portugais qui avait demandé pardon début mars, à la suite de la publication d’un rapport indépendant consacré aux abus sur mineurs au sein de l’Église nationale. François a mis là en garde contre un risque important:celui«de descendre de la barque en restant pris dans les filets de la résignation et du pessimisme».

«Quand on s’habitue et qu’on s’ennuie et que la mission devient une sorte de « travail », il est temps de céder à ce deuxième appel de Jésus, qui nous appelle toujours à nouveau. Il nous appelle à nous faire marcher, il nous appelle à nous reconstruire», a ajouté le Pape. 

«Réveiller notre préoccupation pour l’Évangile»

«Au contraire, nous devons apporter au Seigneur nos peines et nos larmes, pour ensuite affronter les situations pastorales et spirituelles en y faisant face avec ouverture de cœur, et en faisant ensemble l’expérience de nouvelles voies à suivre, confiants que Jésus continue à prendre par la main et à relever son Épouse bien-aimée», a insisté le successeur de Pierre, reconnaissant «une époque difficile» tout en interpellant l’assemblée de religieux sur cette parole de Dieu: «Veux-tu descendre de la barque et sombrer dans la déception, ou me laisser monter et permettre à la nouveauté de ma Parole de reprendre en main le gouvernail? Veux-tu simplement t’accrocher au passé que tu as derrière toi, ou bien jeter à nouveau avec enthousiasme les filets pour la pêche?» Le Pape François énonce là une volonté claire du Seigneur: «Réveiller notre préoccupation pour l’Évangile».

Un réveil qui devrait selon lui inspirer les Portugais habitués de l’océan, «quitter le rivage non pas pour conquérir le monde, mais pour le réjouir de la consolation et de la joie de l’Évangile». «Le moment n’est pas venu de s’arrêter et d’abandonner, d’amarrer la barque sur le rivage ou de regarder en arrière. Nous ne devons pas fuir ce moment parce qu’il nous ferait peur et nous réfugier dans des formes et des styles du passé», a assuré le Pape, évoquant «un temps de grâce donné pour s’aventurer sur la mer de l’évangélisation et de la mission». Pour ce faire, trois choix inspirés par l’Évangile.

“Quitter le rivage non pas pour conquérir le monde, mais pour le réjouir de la consolation de l’Évangile.”

L’importance de l’adoration

Tout d’abord, avancer au large. Pour jeter à nouveau les filets à la mer, il est nécessaire de quitter le rivage des déceptions et de l’immobilisme, estime François, mais encore de nous éloigner «de cette tristesse douceâtre et de ce cynisme ironique» face aux difficultés. «Cela est nécessaire pour passer du défaitisme à la foi; beaucoup de prière est nécessaire», insiste-t-il, expliquant que ce n’est «que dans l’adoration, devant le Seigneur», que l’on retrouve le goût et la passion de l’évangélisation. Selon François, c’est ainsi que l’on surmonte «la tentation de mener une “pastorale de la nostalgie et des regrets”» et que l’on trouve «le courage d’avancer au large, sans idéologies et sans mondanités, animé d’un seul désir: que l’Évangile parvienne à tous».

Gare au cléricalisme des laïcs

C’est à partir de la mondanité spirituelle qui s’insinue en nous que le cléricalisme est engendré, a vilipendé l’évêque de Rome. «Le cléricalisme pas seulement des prêtres. Les laïcs cléricalisés sont pires que les prêtres. Ce cléricalisme qui nous ruine. Et comme l’a dit un grand maître spirituel, cette mondanité spirituelle causée par le cléricalisme est l’un des maux les plus graves qui puissent arriver à l’Église», a encore assuré François. 

Citant l’exemple de saint João de Brito (1647-1693), jeune missionnaire jésuite, qui, au milieu de nombreuses difficultés, est parti pour l’Inde et a commencé à parler et à s’habiller de la même manière que ceux qu’il rencontrait afin d’annoncer Jésus, le Pape appelle chacun «à plonger ses filets dans l’époque, à dialoguer avec tous, à rendre l’Évangile compréhensible, même si, pour le faire, nous risquons quelque tempête».

“Le courage d’avancer au large, sans idéologies et sans mondanités, animé d’un seul désir: que l’Évangile parvienne à tous.”

«N’ayez plus peur; affrontez la haute mer»

«Ne craignons pas d’affronter la haute mer car, au milieu de la tempête et face aux vents contraires, Jésus vient à notre rencontre et nous dit : ‘’Confiance! c’est moi; n’ayez plus peur!’’ (Mt 14, 27)», a soutenu François, développant un deuxième choix «mener ensemble la pastorale».

«Un signifie solitude, fermeture, prétention à l’autosuffisance; deux signifie relation. L’Église est synodale, elle est communion, entraide, chemin commun», a relevé le Pape, mentionnant le synode en cours. «Sur la barque de l’Église, il doit y avoir de la place pour tous: tous les baptisés sont appelés à y monter et à jeter les filets, en s’engageant personnellement dans l’annonce de l’Évangile», a-t-il poursuivi, qualifiant cette mission de grand défi au regard de l’épuisement de nombreux prêtres alors que les besoins pastoraux augmentent, et que les prêtres sont de moins en moins nombreux.

L’Église en dialogue avec le monde, mais sans mondanité

Une occasion pour le Pape «d’impliquer les laïcs dans un enthousiasme fraternel et une saine créativité pastorale». Les filets des premiers disciples deviennent alors une image de l’Église qui est un «réseau de relations» humaines, spirituelles et pastorales.

«S’il n’y a pas de dialogue, de coresponsabilité et de participation, l’Église vieillit. Je le dirais ainsi: jamais un évêque sans son presbyterium et le peuple de Dieu; jamais un prêtre sans ses confrères; et tous ensemble –prêtres, religieuses, religieux et fidèles laïcs–, en tant qu’Église, jamais sans les autres, sans le monde. Sans mondanité, mais avec le monde», a développé le Saint-Père.

Enfin, le troisième choix: devenir pêcheurs d’hommes. Souvent, dans l’Écriture, la mer est associée au lieu du mal et des puissances adverses que les hommes ne parviennent pas à maîtriser, a rappelé François, ajoutant: «Pêcher les personnes et les sortir de l’eau c’est les aider à se relever de là où elles ont sombré, les sauver du mal qui risque de les engloutir, les ressusciter de toutes les formes de mort. L’Évangile est une annonce de vie sur la mer de la mort, de liberté dans les tourbillons de l’esclavage, de lumière dans l’abysse des ténèbres». «Cela sans prosélytisme, mais avec amour. Et l’un des signes de certains mouvements ecclésiaux qui tournent mal, c’est le prosélytisme. Quand un mouvement ecclésial ou un diocèse, ou un évêque, ou un prêtre, ou une religieuse, ou un laïc fait du prosélytisme, ce n’est pas chrétien», a constaté le Pape. 

“L’Évangile est une annonce de vie sur la mer de la mort.”

Faire de l’Église un port sûr

Dans la société actuelle, il y a beaucoup de ténèbres, même ici au Portugal, a relevé François. «Nous avons l’impression que l’enthousiasme, le courage de rêver, la force d’affronter les défis, la confiance dans l’avenir ont disparu; et, pendant ce temps, nous naviguons dans les incertitudes, dans la précarité économique, dans la pauvreté en amitié sociale, dans le manque d’espérance».

Les jeunes aux JMJ, une expérience fondatrice au fil des générations

Le Pape assure que c’est à l’Église «de nous plonger dans les eaux de cette mer en jetant le filet de l’Évangile», «sans pointer du doigt mais en apportant aux hommes de notre temps une proposition de vie nouvelle, celle de Jésus»: susciter l’accueil de l’Évangile dans une société multiculturelle; rendre proche le Père dans les situations de précarité et de pauvreté qui se multiplient, en particulier chez les jeunes; apporter l’amour du Christ là où la famille est fragile et les relations blessées; transmettre la joie de l’Esprit là où règnent la démoralisation et le fatalisme, a encore détaillé le Souverain pontife, confiant rêver de l’Église portugaise «comme d’un port sûr» pour tous ceux qui font face aux traversées, aux naufrages et aux tempêtes de la vie.

Célébration des Vêpres avec les membres du clergé portugais

Source : VATICANNEWS, le 2 août 2023

02.08.2023 – RENCONTRE AVEC LES AUTORITÉS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ET LE CORPS DIPLOMATIQUE

Rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique, à Lisbonne

Ce mercredi 2 août à 13:15 (GMT+2), le pape François prononce le premier discours de son voyage. Il s’adresse aux représentants des autorités, de la société civile et du corps diplomatique, au Centre culturel de Belém à Lisbonne, qui se situe à quelques pas du palais présidentiel. Toutes les informations sur les JMJ, le programme du Pape, les directs et reportages de KTO sont à retrouver sur https://www.ktotv.com/page/jmj-lisbonne-pape-2023-portugal-jeunes

Le Pape François est bien arrivé à Lisbonne pour les JMJ

Arrivée du Pape François au Portugal, pour les JMJ à Lisbonne du 2 au 6 août 2023. Arrivée du Pape François au Portugal, pour les JMJ à Lisbonne du 2 au 6 août 2023. (Vatican Media)

Le Pape François est bien arrivé à Lisbonne pour les JMJ

Le Pape François est arrivé au Portugal plus tôt que prévu. À la base aérienne de Figo Maduro, il a été accueilli par le nonce apostolique Mgr Ivo Scapolo et le président Marcelo Rebelo de Sousa. Le Saint-Père tiendra son premier discours lors de la rencontre avec les autorités. Dans l’après-midi, aura lieu la célébration des Vêpres avec le clergé du pays. 

Une quinzaine de minutes plus tôt que l’heure prévue, à 9h43 heure locale (10h43 en Italie), François a atterri à la base aérienne de Figo Maduro à Lisbonne, où commence son 42e voyage international, le deuxième au Portugal – la première fois en mai 2017 pour le centenaire des apparitions de Notre-Dame de Fatima. Le Saint-Père y est pour vivre les 37e Journées Mondiales de la Jeunesse avec près d’un million de jeunes venus des quatre coins du monde.

Accueil à l’aéroport

À son arrivée, François a été accueilli par Mgr Ivo Scapolo nonce apostolique au Portugal. Au pied de l’avion, se trouvaient deux enfants en tenue traditionnelle avec des bouquets de fleurs et le président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa.

Après la garde d’honneur, le Pape et le président se sont rendus au salon VIP, où a eu lieu la présentation des deux délégations, portugaise et vaticane, et où le Saint-Père y est resté avec Rebelo de Sousa. Le Pape François et le président portugais se retrouveront prochainement au Palais national de Belém, résidence officielle du chef de l’État pour la cérémonie d’accueil et la visite de courtoisie au président.

Arrivée du Pape au Portugal pour les JMJ

Arrivée du Pape au Portugal pour les JMJ

Le programme de la journée

Au cours de cette première journée, aura lieu la rencontre habituelle avec les autorités politiques, la société civile et le corps diplomatique au centre culturel de Belém, où François prononcera son premier discours. Après le déjeuner, l’évêque de Rome recevra le président de l’Assemblée, Augusto Ernesto dos Santos Silva, et le premier ministre António Costa à la nonciature apostolique. Le dernier rendez-vous de la journée aura lieu au monastère Royal de Santa Maria di Belém pour les Vêpres avec le clergé local, où le Pape prononcera l’homélie.

Salutations du Pape avant son départ

François avant de voyager, a salué un groupe de personnes à Sainte Marthe, accompagné du cardinal Konrad Krajewski. Ce mardi, comme l’indique une note du Bureau de presse du Vatican, il s’agissait d’une quinzaine de personnes, dont «quelques jeunes, filles et garçons, qui vivent une période dans une communauté de réhabilitation, et qui ne peuvent donc pas participer aux Journées Mondiales de la Jeunesse». Parmi eux, trois grands-parents accompagnés de leurs petits-enfants. Cette rencontre, ainsi que la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées qui vient d’être célébrée, souligne le Bureau de presse du Vatican, met en évidence le lien entre les générations, qui peuvent se soutenir mutuellement et apprendre les unes des autres.

Source : VATICANNEWS, le 2 août 2023

François à Sainte-Marie-Majeure avant son voyage à Lisbonne

Le Pape François, devant la Salus populi romani, le 31 juillet 2023. Le Pape François, devant la Salus populi romani, le 31 juillet 2023.

François à Sainte-Marie-Majeure avant son voyage à Lisbonne

Comme à son habitude avant chaque voyage à l’étranger, François s’est rendu, pour la 109e fois ce lundi 31 juillet, dans la basilique libérienne afin de prier devant l’icône de la Vierge « Salus Populi Romani ». 

Dans l’après-midi du lundi 31 juillet, à l’avant-veille de son départ pour le Portugal, François est allé confier les milliers de jeunes qu’il rencontrera aux prochaines JMJ à la Salus populi romani, la Vierge patronne du peuple romain dont François invoque la protection avant et après chaque voyage à l’international depuis plus de dix ans.

Seul, assis, en silence, François «s’est arrêté en prière» devant l’effigie mariale qui, selon la tradition, a été peinte par saint Luc, lui confiant, précise le communiqué du Saint-Siège, «le voyage et les milliers de jeunes qu’il rencontrera dans les prochains jours».

La dernière visite du Pape à la Salus populi romani remonte au 16 juin, pour la remercier du succès de l’opération subie à l’hôpital Gemelli de Rome. À cette occasion également, le Souverain pontife – accueilli à l’entrée et à la sortie par les salutations affectueuses des fidèles rassemblés sur le parvis – s’était arrêté pour prier quelques instants, assis dans son fauteuil roulant, devant l’icône de la Vierge. Auparavant, le Pape avait visité Sainte-Marie-Majeure à la fin du mois d’avril, avant de partir pour son 41e voyage apostolique en Hongrie; il y était revenu peu après son atterrissage de Budapest à Rome.

Source : VATICANNEWS, le 31 juillet 2023

02.08.2023 – Arrivée et accueil officiel du pape François à la base aérienne de Figo Maduro à Lisbonne

Ce mercredi 2 août à 11h00 (GMT+2), le pape François entame le 42e voyage apostolique de son pontificat. François se rend au Portugal pour la seconde fois, après un court pèlerinage à Fatima, en 2017. Le Pape vient ici à Lisbonne participer à ses quatrièmes JMJ, et des dizaines de milliers de jeunes catholiques l’attendent déjà depuis plusieurs jours. L’avion du Saint-Père doit atterrir à la base aérienne militaire de Figo Maduro. Toutes les informations sur les JMJ, le programme du Pape, les directs et reportages de KTO sont à retrouver sur https://www.ktotv.com/page/jmj-lisbonne-pape-2023-portugal-jeunes

Journées Mondiales de la Jeunesse : 96% des pèlerins pensent que les rassemblements contribuent à l’évangélisation

Participants sux JMJ 2023 à Lisbonne, Portugal. | Credit: José Ferreira/JMJ Lisboa 2023

De Nicolás de Cárdenas sur ACI Prensa via Catholic News Agency :

Selon une enquête internationale, 96% des jeunes de plus de 18 ans qui participent aux Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) à Lisbonne, au Portugal, pensent que ces rassemblements contribuent beaucoup ou assez « à la diffusion de la foi en Jésus-Christ ».

Dans la même mesure, les participants pensent que les différentes JMJ contribuent à « renforcer l’engagement des jeunes » (96%) et à « faire résonner le message de l’Eglise dans le monde » (95%).

Parmi les motivations pour participer à la rencontre internationale avec le pape figure la « rencontre avec Jésus-Christ » (94%), suivie par le fait de « vivre de nouvelles expériences » (92%). Pour 89%, il est décisif de contribuer à « diffuser le message de Jésus-Christ » et de « participer à un événement avec le pape François ».

Dans une moindre mesure, les jeunes viennent à Lisbonne pour connaître d’autres cultures, de nouvelles personnes, pour être avec des personnes partageant les mêmes idées, ou pour établir un dialogue avec des jeunes de différentes religions.

Pour la plupart, les pèlerins des JMJ considèrent que leur foi chrétienne est un facteur positif pour mûrir et devenir une meilleure personne, construire un monde meilleur, faire preuve de solidarité, comprendre les autres et vivre une vie heureuse.

Selon l’étude, près des deux tiers des participants sont des femmes (62 %) et 4 personnes sur 10 ont entre 18 et 25 ans, tandis que près d’un tiers ont plus de 35 ans. Quatre-vingt-deux pour cent ont fait des études supérieures, six sur dix ont un emploi et un peu plus d’un tiers sont étudiants.

En ce qui concerne leur pratique religieuse, 83% vont à la messe le dimanche, 65% prient quotidiennement et 62% appartiennent à un groupe paroissial.

Dans 36% des cas, les participants sont accompagnés par un groupe ou une association religieuse, 29% par leur paroisse, et 27% sont seuls ou avec un groupe d’amis.

Pour les deux tiers des participants, c’est la première fois qu’ils participent à une JMJ. Ceux qui ont déjà participé à des JMJ considèrent leurs expériences comme très positives ou positives (99%) et reconnaissent que ces expériences ont eu une grande influence sur leur vie (92%).

L’enquête a été préparée par la société espagnole GAD3 à partir d’entretiens en ligne menés du 12 au 20 juillet auprès de près de 12 600 jeunes de 100 pays.

Source : Catholic News Agency, le 31 juillet 2023

JMJ, cardinal Parolin: «Le Pape attend beaucoup de la rencontre avec les jeunes»

JMJ, cardinal Parolin: «Le Pape attend beaucoup de la rencontre avec les jeunes»

Les Journées Mondiales de la Jeunesse sont une occasion importante pour les jeunes de rencontrer Jésus. C’est ce qu’a déclaré le cardinal secrétaire d’État du Vatican Pietro Parolin, lors d’un entretien avec les médias du Vatican à la veille de son voyage à Lisbonne. Pour lui, François à Fatima, sera proche des malades et invitera à la prière pour la paix.

Massimiliano Menichetti – Cité du Vatican

Les jeunes arrivés à Lisbonne attendent François pour vivre ensemble les 37èmes Journées Mondiales de la Jeunesse, les premières après la pandémie de Covid-19. François part au Portugal conscient que ces «rassemblements ont une grande force en eux-mêmes, voire la force de changer la vie de certains». C’est ainsi que le cardinal Parolin partage avec les médias du Vatican les pensées du Saint-Père qui rencontrera, écoutera et parlera aux jeunes venus du monde entier pour cette grande fête de la foi. Le Saint-Père sera dans la capitale portugaise du 2 au 6 août. Il s’agira de son 42e voyage international, précisément à l’occasion des JMJ.

Le secrétaire d’État du Vatican invite tous ceux qui ne pourront pas participer physiquement aux JMJ à «se sentir impliqués et pleinement protagonistes», et explique que l’étape de Fatima a été voulu pour être proche des malades et des personnes souffrantes et pour prier pour la paix.

Votre Éminence, François sera avec les jeunes des JMJ à Lisbonne, au Portugal. Comment le Pape se prépare-t-il à cette rencontre?

Le Saint-Père attend beaucoup de ces prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse à Lisbonne, et dans plusieurs messages vidéo, il a déjà invité les jeunes à se joindre à lui dans ce pèlerinage et à préparer cet événement ecclésial, surtout dans la prière. Il prie pour tous les jeunes qui se sont déjà mis en route pour Lisbonne ces jours-ci, avec la conviction et la certitude que ces rencontres, ces rassemblements ont une grande force en eux-mêmes, voire la force de changer, la vie de quelqu’un. Il a lui-même récemment déclaré: «on grandit beaucoup dans des journées comme celles-ci». C’est donc avec beaucoup d’espoir que le Saint-Père se prépare aux prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse encourageant les jeunes à avoir la même attitude face à tous les moments qu’il vivra avec eux. Il y a quelques semaines, il a reçu le sac à dos que les jeunes pèlerins recevront plus tard à Lisbonne.

Les Journées Mondiales de la Jeunesse sont nées d’une intuition de saint Jean-Paul II. Quelle est le sens de cette rencontre mondiale en 2023?

 dirais que le choix de Jean-Paul II était sans aucun doute un choix prophétique, une intuition prophétique, qui disait précisément que l’Église veut accompagner les jeunes, elle veut les accompagner pour leur annoncer l’Évangile, pour faciliter leur rencontre avec le Christ; que l’Église doit se sentir de plus en plus engagée, au niveau mondial, en faveur des jeunes, en faveur de leurs inquiétudes et préoccupations, de leurs espérances, pour correspondre à leurs attentes, toujours dans cette perspective de la rencontre avec le Christ qui est la Voie, la Vérité et la Vie. Ainsi, cette intuition prophétique me semble se manifester dans toute son actualité même à notre époque.

Cette intuition prophétique garde toute sa pertinence aujourd’hui encore parce qu’elle veut réaffirmer l’engagement de l’Église auprès des jeunes générations. Dans notre monde, qui connaît de profondes mutations, qui a fait l’expérience tragique de la pandémie de Covid et qui connaît de multiples conflits, aujourd’hui, sur toute la planète, il est plus que jamais nécessaire que les jeunes rencontrent Jésus Christ, connaissent sa Parole de salut et deviennent ses disciples. Ainsi, les Journées Mondiales de la Jeunesse se révèlent toujours être un instrument et une occasion d’évangélisation importante pour le monde de la jeunesse. Elles présentent également un aspect de fraternité universelle, dans la mesure où ces jeunes, originaires de différents pays et donc de différentes cultures, langues et modes de vie, peuvent se rencontrer et échanger leurs expériences et leurs dons.

Nous devons donc être reconnaissants que cette expérience se poursuive depuis 40 ans et qu’elle ait aujourd’hui une grande chance d’avoir un impact sur la vie des jeunes.

Que peut apprendre l’Église aux jeunes d’aujourd’hui?

Je crois que l’Église est confrontée au grand défi de la transmission de la foi au monde entier. Et je crois que dans cette tâche qui incombe à l’Église, les jeunes ont quelque chose à nous dire.

Dans le monde d’aujourd’hui, nombreux sont ceux qui ne connaissent pas Jésus-Christ ou qui l’ont peut-être rejeté, de sorte que le nombre de ceux qui ont perdu la foi et qui se comportent comme si Dieu n’existait pas augmente. Le Pape a souvent parlé de cette rupture dans la transmission de la foi entre les générations du peuple de Dieu, expliquant qu’il est un peu normal qu’ils se sentent presque déçus par l’Église et cessent de s’identifier à la tradition catholique. Il y a un nombre croissant de parents qui ne baptisent pas leurs enfants, qui ne leur apprennent pas à prier, ou qui vont vers d’autres communautés de foi (EG 70).

Le cardinal Parolin, lors de son entretien aux médias du Vatican.

Le cardinal Parolin, lors de son entretien aux médias du Vatican.

Ainsi, cette situation, dont il faut en tenir compte et prendre en considération, touche de près l’existence des jeunes, qui portent en eux beaucoup de questions, beaucoup de doutes et beaucoup d’interrogations auxquelles ils ne savent pas répondre. Par conséquent, ce que les jeunes demandent à l’Église, c’est qu’elle renouvelle son élan apostolique et qu’elle s’engage sans crainte sur le chemin de la conversion pastorale et missionnaire, tant souhaitée par le Saint-Père. Il faut être créatif, il faut trouver le courage et le langage adéquat pour présenter Jésus-Christ aux jeunes d’aujourd’hui, dans toute sa fraîcheur, dans toute son actualité, de telle sorte que même les jeunes d’aujourd’hui, qui ont une sensibilité, le style, des manières de faire différentes de celles de leurs camarades dans le passé, puissent le rencontrer et vivre une profonde expérience de foi, et de cette profonde expérience de foi naîtra ensuite le désir de la partager avec tous leurs camarades. Une invitation donc à ne pas rester tranquilles dans nos murs, mais à devenir vraiment missionnaires auprès des jeunes et à les impliquer davantage dans ce chemin de foi.

Le monde traverse tant de crises: guerres, pauvreté, indifférence, abandon, égoïsme, laïcité… Les jeunes peuvent-ils surmonter ces défis?

Oui, et je crois que l’indication nous est donnée dans le message du Saint-Père a adressé aux jeunes pour les JMJ, où il présente la Vierge Marie qui, après l’Annonciation, se lève en hâte et se rend (Lc 1, 39) chez sa cousine Élisabeth, pour l’aider dans ses besoins. Ici, donc, la Vierge nous montre, elle montre surtout aux jeunes, le chemin de la proximité et de la rencontre. Et je crois que les jeunes, précisément lorsqu’ils parcourent ces chemins, ces chemins de proximité et de rencontre, ont en eux la capacité d’affronter et d’aider à résoudre et à surmonter les nombreux défis de notre société.

J’ai à l’esprit les témoignages de tant de jeunes qui, comme la Vierge, n’ont pas eu peur d’abandonner leur confort pour se rendre proches de ceux qui sont dans le besoin, de ceux qui sont dans le besoin, ils ne se referment pas sur eux-mêmes mais choisissent d’utiliser leurs talents, leurs dons, leurs capacités, ce qu’ils ont reçu pour les autres et cherchent à travers des choix, qui peuvent aussi sembler même des choix limités, plutôt petits, à faire grandir le bien dans le monde. Voilà, je crois, la contribution que les jeunes peuvent apporter aux grands défis de notre temps.

Les JMJ 2023 à Lisbonne au Portugal.

Les JMJ 2023 à Lisbonne au Portugal. 

L’étape de Fatima a été ajoutée aux JMJ. Quel est le sens de cette visite au sanctuaire de la Vierge?

Il s’agit d’une visite importante au cours de laquelle le Saint-Père rencontrera les jeunes malades et priera le Saint Rosaire avec eux. C’est un moment intense. Je crois que le Pape veut réitérer le message de la Vierge aux trois enfants bergers lors de son apparition en 1917. Il s’agissait de paroles de consolation, de paroles d’espérance dans un monde en guerre, qui n’est pas très différent de la réalité que nous vivons aujourd’hui. Et la Vierge Marie invitait les petits bergers et, à travers eux, les hommes à prier et à réciter, en particulier, le Saint Rosaire avec une grande confiance pour obtenir la paix dans le monde.

Le Pape François, qui porte toujours dans son cœur le drame des personnes impliquées dans les conflits, nous demande donc, avec cette visite au sanctuaire de Fatima pendant les JMJ, de ne pas perdre courage et de persévérer dans la prière et dans la prière spécifique du Saint Rosaire.

Les JMJ peuvent et doivent être un moment d’écoute. Selon vous, que peut-il ressortir de cette rencontre?

C’est la grâce de Dieu qui agit dans le cœur des hommes et dans le cœur des jeunes, mais je voudrais souligner qu’il y a trois moments de rencontre qui me semblent très importants. Le premier est l’écoute du Seigneur, de son appel. Un moment particulièrement significatif en ce sens est la Veillée, la célébration du samedi soir, au cours de laquelle nous vivons également un temps d’adoration eucharistique. Rencontrer le Seigneur présent dans l’Eucharistie, et se laisser rencontrer par Lui présent dans l’Eucharistie, signifie être prêt à écouter aussi sa Parole: une rencontre  qui peut vraiment changer la vie de beaucoup de jeunes.

Le deuxième moment d’écoute est l’écoute du Pape. Nous savons combien le Pape a la capacité d’entrer en contact et d’être à l’écoute des jeunes, combien il est capable de leur parler, de leur dire des mots qui peuvent les secouer, les encourager, les stimuler à donner le meilleur d’eux-mêmes. Même la rencontre avec le Successeur de Pierre, en tant que témoin et maître de la foi, peut devenir un tournant dans la vie des jeunes.

Et le troisième moment est celui de la rencontre et de l’écoute des jeunes entre eux: chaque Journée Mondiale de la Jeunesse est aussi l’occasion de rencontrer, comme je l’ai dit, des jeunes venus d’autres pays, de découvrir comment leurs pairs vivent leurs différences et comment ils peuvent s’enrichir mutuellement.

Que dire aux nombreux jeunes qui ne seront pas à Lisbonne, bien qu’ils le souhaitent?

Oui, nous savons que pendant que les JMJ qui se dérouleront à Lisbonne, il y aura aussi des événements sur place et il sera possible de suivre les JMJ à travers les médias. Ceux qui ne peuvent pas – pour diverses raisons – se rendre à Lisbonne doivent, je les invite à s’unir spirituellement au Pape et à leurs pairs qui sont au Portugal et à vivre, même si c’est à distance, fortement cette expérience en priant avec eux et pour eux, pour ceux qui sont à Lisbonne. Ainsi, eux aussi doivent se sentir partie prenante de ces JMJ!

Je voudrais conclure en disant que, comme l’a dit le Saint-Père, les Journées Mondiales de la Jeunesse ne sont pas des «feux d’artifice», c’est-à-dire des moments d’enthousiasme, peut-être de grand enthousiasme, mais qui cependant restent fermés sur eux-mêmes: ils doivent être intégrés dans la pastorale ordinaire de la jeunesse. C’est pourquoi, avant chaque JMJ, il doit y avoir un travail pastoral de la part des diocèses et des paroisses qui sont appelés à préparer les rassemblements mondiaux, travail qui doit ensuite être suivi. Je crois qu’à ce moment-là, tous les jeunes, même ceux qui ne peuvent pas être physiquement présents à Lisbonne, doivent se sentir impliqués et pleinement protagonistes.

Source : VATICANNEWS, le 1er août 2023