En quoi consiste… un consistoire ?

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En quoi consiste… un consistoire ?

Le pape François crée ce samedi 30 septembre de nouveaux cardinaux lors d’un « consistoire ». Retour sur l’origine et le fonctionnement de ces réunions de cardinaux.

« Les cardinaux apportent leur aide au Pasteur Suprême de l’Église par une action collégiale surtout dans les consistoires », précise le code de droit canonique au paragraphe 353. Le paragraphe suivant permet de préciser ce que sont ces « consistoires » que le Pape réunit plus ou moins régulièrement, notamment ce samedi 30 septembre. Le terme vient de l’Empire romain : il désigne l’antichambre dans laquelle l’empereur rend la justice, du latin « se tenir avec ». S’il ne rend pas la justice, le Saint-Père convoque ceux qu’il a choisis pour le conseiller dans le gouvernement de l’Église – les cardinaux – selon plusieurs modalités. 

Il y a d’abord le consistoire ordinaire, durant lequel les cardinaux – surtout ceux de Rome – sont appelés « afin d’être consultés sur certaines affaires graves, mais qui surviennent assez communément, ou bien afin d’accomplir certains actes particulièrement solennels » (CIC § 533.2). Dans la pratique, cette forme de réunion est régulière. Elle est l’occasion d’annoncer des canonisations, comme celle de Charles de Foucauld le 3 mai 2021, ou de créer des nouveaux cardinaux. Ce samedi, c’est un consistoire ordinaire qu’a convoqué le pape François pour accomplir ces deux actes de gouvernement. Lorsque de nouveaux cardinaux sont créés, il est de tradition que la plupart des cardinaux du monde entier soient là.

Des consistoires secrets ou publics

Les consistoires ordinaires peuvent par ailleurs être secrets ou publics. Dans le premier cas, seuls les cardinaux peuvent y assister. Ce fut le cas lors du premier consistoire convoqué par le pape Benoît XVI en 2006. C’est d’ailleurs lors d’un consistoire, ordinaire, que ce dernier a annoncé sa décision de remettre sa charge. C’était le 11 février 2013, en latin, après l’annonce de plusieurs canonisations.

Il existe une deuxième forme de consistoire : le consistoire extraordinaire, « célébré lorsque des nécessités particulières de l’Église ou l’étude d’affaires de grande importance le conseillent » (CIC § 533.3). Dans ce cas-ci, tous les cardinaux sont convoqués à Rome, le plus souvent pour un temps d’étude et d’échanges autour du Pape sur un sujet choisi pour son actualité et sa gravité. En février 2014, le pape François avait ainsi appelé à ses côtés tous les cardinaux pour parler de la famille, avant que ne se tienne un synode sur le même sujet. Un tel consistoire n’est jamais public.

Source : ALETEIA.ORG, le 29 septembre 2023

François va créer 21 nouveaux cardinaux venus du monde entier

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Dans la basilique Saint Pierre de Rome, lors du consistoire du 27 août 2022.

François va créer 21 nouveaux cardinaux venus du monde entier

Samedi sur la place Saint-Pierre, le pape François créera 21 nouveaux cardinaux venus du monde entier, dont 18 électeurs qui voteront en cas de conclave. En dix ans de pontificat, il s’agira de son neuvième consistoire. François aura façonné près des trois quarts des cardinaux électeurs – âgés de moins de 80 ans – en ayant choisi 99 des 137 électeurs actuels.

Depuis 2013, les choix du pape François en matière de cardinaux ont souvent créé la surprise. Déjouant les pronostics, il a délaissé les grands sièges qui recevaient par le passé la barrette rouge, et a nommé des prélats parfois du bout du monde – comme aux Îles Tonga –, ou venant de pays avec seulement une poignée de catholiques – comme en Mongolie. Cette dernière décennie, le Pape a aussi braqué le projecteur sur des pays qui n’avaient jamais eu de cardinal de leur histoire (Panama, Cap-Vert, Birmanie, Bangladesh, Rwanda, Suède, Laos…). 

Ce consistoire ne fait pas exception. Ainsi, le chef de l’Église catholique a choisi deux Français, mais aucun des deux n’est sur un siège considéré traditionnellement comme « cardinalice » (Paris, Lyon…). Christophe Pierre est nonce apostolique aux États-Unis et François-Xavier Bustillo est évêque d’Ajaccio, en Corse, c’est-à-dire hors même du territoire de l’Hexagone. 

Des cardinaux des périphéries

Les choix de l’Argentin sont souvent compris à travers le prisme des périphéries : quitter les lieux de force pour rejoindre les lieux plus éloignés, les personnes oubliées. Pour le pape François, souligne le futur cardinal Christophe Pierre, qui ne cache pas sa « fascination » pour lui, « on voit mieux le monde à partir des périphéries que du centre ». 

Le choix de Mgr Stephen Ameyu Martin Mulla, l’archevêque de Djouba (Soudan du Sud), correspond pleinement à ces nominations ‘périphériques’ chères au successeur de Pierre. Mgr Ameyu est le premier cardinal du plus jeune pays du monde – devenu indépendant en 2011. Sur cette terre qui est encore aujourd’hui en proie aux divisions et aux conflits, le futur cardinal Stephen s’est engagé incessamment pour la paix et la réconciliation. « Au niveau du Collège cardinalice, explique encore le futur cardinal Christophe Pierre, ce que le Pape attend de nous aussi, c’est qu’on ait tous une certaine vision du monde, de la société, de façon à pouvoir ne pas nous enfermer sur quelque chose de restreint, de petit. » 

Des proches de François

Le pape François n’hésite pas à appeler au cardinalat de simples prêtres, ou des religieux, comme c’est le cas dans les nouvelles nominations avec le prêtre religieux espagnol Ángel Fernández Artime, 10e successeur de Don Bosco comme recteur majeur des salésiens. Le Pape l’a connu en 2009, quand le salésien a été nommé supérieur de la province du Sud de l’Argentine, basée à Buenos Aires, où le cardinal Jorge Mario Bergoglio était alors archevêque. 

Il n’est pas le seul des nouvelles recrues à être un proche de François. L’Argentin Mgr Víctor Manuel Fernández, dont la nomination en juillet dernier comme préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi a fait couler beaucoup d’encre, est considéré comme son conseiller et l’une des plumes de son pontificat. 

Des profils variés et stratégiques

Faut-il considérer pour autant que le pape François se cantonnerait à nommer des profils bergogliens, comme encore le futur cardinal malaisien Sebastien Francis, archevêque de Penang ? Les noms des deux nonces – Mgr Christophe Pierre et le Suisse Emil Paul Tscherrig –, à la longue carrière diplomatique, donneraient tort à cette assertion, même si les deux sont reconnus pour leurs qualités pastorales.

Pour ce consistoire, le Pape a fait aussi des choix stratégiques, comme celui du charismatique patriarche latin de Jérusalem, Pierbattista Pizzaballa, ou de Mgr Stephen Chow,évêque de Hong Kong, qui peut être un trait d’union entre Rome et Pékin dans la très délicate diplomatie bilatérale. Et il créera cardinaux trois membres de la Curie romaine : l’Américain Mgr Robert Francis Prevost, préfet du dicastère pour les Évêques, l’Italien Mgr Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales, ainsi que Mgr Víctor Manuel Fernández.

Dans une vision plus globale, le consistoire de samedi renforcera légèrement la place de l’Europe (qui représentera 38% du Collège cardinalice), avec 8 cardinaux européens électeurs dans la liste, soit près de la moitié. François a ainsi choisi deux Français, deux Espagnols, un Portugais, un Suisse, un Polonais et un Italien. La proportion de cardinaux asiatiques reste sensiblement la même, se maintenant à 16,1%. Avec les consistoires convoqués depuis 2013, l’Asie a connu une forte progression puisqu’elle ne représentait que 7,9% du collège qui avait élu François. Le continent africain a connu lui aussi une forte augmentation du nombre de ses cardinaux de moins de 80 ans, passant de 11 en 2013 à 19 avec ce dernier consistoire. 

Par toutes ces nominations et les décisions de son pontificat, le pape François « a une vision qui déroute », reconnaît le futur cardinal Christophe Pierre. Mais une vision « extrêmement riche, extrêmement cohérente, si on la comprend bien », assure-t-il.

Source : ALETEIA.ORG, le 29 septembre 2023