04.09.2024 – RENCONTRE DU PAPE AVEC LES ÉVÊQUES, PRÊTRES, DIACRES ET PERSONNES CONSACRÉES À JAKARTA

Le Pape encourage l’Église indonésienne à vivre la fraternité et la compassion

Pour sa deuxième journée de voyage en Indonésie ce mercredi 4 septembre, le Pape François a rencontré le clergé indonésien et ceux qui ont dédié leur vie à l’annonce de l’Évangile. S’appuyant sur les trois mots de la devise de son voyage, «Foi, fraternité, compassion», le Saint-Père a insisté sur l’importance de l’annonce de l’Évangile «toujours avec un grand respect et une affection fraternelle pour chacun».

Le Pape François dans le choeur de la cathédrale de Jakarta.

Jean-Benoît Harel – Cité du Vatican

À 16h30 heure locale ce mercredi 4 septembre, le Pape François s’est entretenu avec les évêques, les prêtres, les diacres, les consacrés, les séminaristes et les catéchistes dans la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption de Jakarta, la capitale indonésienne. Le Saint-Père a d’abord salué de nombreux Indonésiens à l’entrée de la cathédrale, avant de rejoindre le choeur où l’attendaient environ 400 personnes. 

Après plusieurs témoignages, ceux d’un prêtre, d’une religieuse et de deux catéchistes qu’il a chaleureusement remerciés comme ceux qui portent l’Église en avant, le Pape François a voulu revenir sur les trois mots de la devise de cette visite apostolique en Indonésie, «Foi, fraternité, compassion». Ces mots, pour lui, expriment bien le chemin de l’Église indonésienne au cœur d’un peuple «ethniquement et culturellement très divers, mais en même temps caractérisé par une tension innée vers l’unité et la coexistence pacifique».

Le Pape François et une catéchiste indonésienne.

Le Pape François et une catéchiste indonésienne. 

La création divine aide à croire

Commençant avec la foi, le Pape François a fait un lien avec les richesses naturelles de l’Indonésie comme les ressources énergétiques ou la diversité de la faune et de la flore. Comme il l’a assuré «c’est le Seigneur qui donne tout cela», et cette richesse ne doit pas être un «motif d’orgueil et de suffisance» mais «un rappel de Dieu, de sa présence dans le cosmos et dans nos vies». Regarder la Création divine avec des yeux d’enfants nous aide à croire, a poursuivi le Souverain pontife.

“Il n’y a pas un centimètre du merveilleux territoire indonésien, ni un moment de la vie de chacun de ses millions d’habitants qui ne soit son don, signe de son amour gratuit et prévenant de Père.”

«Différents comme deux gouttes d’eau»

Deuxième mot de la devise: la fraternité. Citant Wislawa Szymborska, poétesse polonaise du XXe siècle et prix Nobel de littérature en 1996, le Pape François a assuré qu’«être frères signifie s’aimer en se reconnaissant “différents comme deux gouttes d’eau“». Car il n’existe pas deux gouttes d’eau semblables, comme il n’existe aucune personne complètement identique à une autre.

Dans le contexte indonésien, cette fraternité prend un sens particulier, a continué François, à travers les multiples réalités culturelles, ethniques, sociales ou religieuses. «Cela est important, parce qu’annoncer l’Évangile ne signifie pas imposer ou opposer sa propre foi à celle des autres, mais donner et partager la joie de la rencontre avec le Christ (cf. 1 P 3, 15-17), toujours avec un grand respect et une affection fraternelle pour chacun», a ainsi insisté le Saint-Père. Il a également mis en garde contre «le grand diviseur, le diable». Il a souligné l’importance de la demande d’une religieuse évoquant la traduction des textes de la Bible mais également des enseignements de l’Église dans les différentes langues indonésiennes, et principalement la langue officielle qu’est le Bahasa Indonesia.

François a aussi repris les paroles d’un catéchiste, Nicholas, qui décrivait sa mission avec l’image d’un «pont» qui unit. Le Pape a salué, dans l’archipel indonésien, «les milliers de “ponts du cœur” qui unissent toutes les îles, et plus encore de millions de ces “ponts” qui unissent toutes les personnes qui y vivent! Voilà une autre belle image de la fraternité: une immense broderie de fils d’amour qui traversent la mer, surmontent les barrières et embrassent toute diversité, faisant de tous “un seul cœur et une seule âme“ (Ac 4, 32)».

François salue l'esprit de fraternité de la société indonésienne

La compassion pour redonner espoir

Enfin, le troisième mot est celui de la compassion, qui ne consiste pas à faire l’aumône aux nécessiteux «en les regardant de haut en bas, de la “tour“ de sa propre sécurité», mais au contraire, pour François, il s’agit de «nous rapprocher les uns des autres, en nous dépouillant de tout ce qui nous empêche de nous abaisser pour entrer vraiment en contact avec ceux qui sont à terre, et ainsi les relever et leur redonner espoir».

L’absence de compassion ne peut être une vertu, a rappelé François, malgré les attitudes de ceux qui vantent leur habileté à se tenir à distance de tous. «La compassion n’obscurcit pas la vision réelle de la vie; au contraire, elle nous fait mieux voir les choses, à la lumière de l’amour», a-t-il estimé, ajoutant que «la compassion signifie souffrir, accompagner dans ses sentiments celui qui souffre et l’embrasser, l’accompagner». 

De nombreuses religieuses ont écouté le discours du Pape François.

De nombreuses religieuses ont écouté le discours du Pape François. 

Marie, modèle de foi 

Le Souverain pontife a enfin conclu son discours par l’image de Marie, présente sur le portail d’entrée de la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption: modèle de foi «qui soutient l’Église par son petit “oui“», image de fraternité qui accueille ceux qui entrent dans la cathédrale et enfin icône de compassion «dans sa vigilance et sa protection du peuple de Dieu».

Encourageants les prêtres, religieux et consacrés à poursuivre leur mission, François a cité son prédecesseur, saint Jean-Paul II en visite à Jakarta en 1989, qui invitait le clergé indonésien à témoigner «de la joie de la résurrection […] afin que même les îles les plus lointaines puissent se “réjouir” en écoutant l’Évangile».

Source : VATICANNEWS, le 3 septembre 2024

A Jakarta, le Pape rencontre des orphelins, des pauvres et des réfugiés

François et des jeunes réfugiés, à la nonciature apostolique de Jakarta.  (Vatican Media)

A Jakarta, le Pape rencontre des orphelins, des pauvres et des réfugiés

Après son arrivée dans la capitale indonésienne, François s’est rendu à la nonciature apostolique pour rencontrer un groupe de 40 hommes, femmes, personnes âgées et enfants assistés et accompagnés par des sœurs dominicaines, le Service jésuite des réfugiés et la Communauté de Sant’Egidio. Il a salué les personnes présentes une à une et a écouté les histoires de chacun, parmi lesquelles une famille de réfugié du Sri Lanka et un réfugié Rohingya. 

Salvatore Cernuzio – Envoyé spécial à Jakarta

La visite du Pape François en Indonésie a débuté sous le signe de la compassion avec des orphelins, des personnes âgées, des pauvres et des réfugiés, incarnation de la «culture du déchet» qu’il a toujours dénoncée. Le Pape a atterri à l’aéroport Soekarno-Hatta de la capitale Jakarta – première étape d’un long voyage apostolique qui le conduira également en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Timor oriental et à Singapour jusqu’au 13 septembre – et s’est rendu à la nonciature apostolique, un grand bâtiment construit dans les années 1960 qui se dresse près de la place Merdeka, la zone centrale de la ville, au milieu des nombreuses structures militaires qui bordent ses rues et ses places. 

Le salut des gens de la rue

Pendant une demi-heure, la voiture blanche transportant le Souverain pontife, seule nuance de couleur dans une ville recouverte d’un manteau grisâtre, s’est aventurée dans la circulation, longeant des gratte-ciel, des tours et des bâtiments à l’architecture javanaise typique du IXe siècle, au pied desquels il est facile de trouver des cabanes et des masures en bois surplombant la rivière Ciliwung. Les vêtements suspendus avec un taux d’humidité atteignant 92% sont le signe qu’il y a de la vie à l’intérieur.

Dans les rues, hommes, femmes et enfants en tee-shirt blanc agitent des drapeaux aux couleurs de l’Indonésie et crient «Selamat datang», «bienvenue», au passage de la voiture papale. Ils ont franchi le seuil de la nonciature, sous la conduite du nonce Piero Pioppo, pour accueillir le Pape François, tous assis en cercle dans le hall: orphelins, personnes âgées, pauvres, réfugiés. Ils étaient 40 au total, accompagnés de ceux qui les assistent quotidiennement et tentent de répondre à leurs besoins: les religieuses dominicaines, le Service jésuite des réfugiés (JRS) et la Communauté de Sant’Egidio. 


Un panneau d’accueil du Pape à Jakarta

Un «peuple bigarré» à la nonciature

La communauté, active dans le pays asiatique depuis 1991 à l’initiative de jeunes laïcs du diocèse de Padang et aujourd’hui présente dans onze villes, a notamment accompagné 20 invités à la nonciature: «un peuple bigarré», expliquent à Radio Vatican-Vatican News les représentants de Sant’Egidio présents à la rencontre, «des pauvres qui vivent dans la rue, qui ramassent les déchets et les recyclent. Ce ne sont pas des clochards comme on en voit en Europe, mais des familles entières qui n’ont pas de maison et vivent parmi les ordures».

Ici, à Jakarta, on les appelle « les charretiers » dans la langue locale, parce qu’ils chargent sur ces véhicules en bois les déchets collectés dans les décharges et que, souvent, la charrette elle-même est leur seule «maison», où ils vivent, mangent et dorment. Sant’Egidio leur apporte de la nourriture et des vêtements, comme dans toutes les villes du monde. Certaines de ces personnes ont pu serrer la main du Pape aujourd’hui, qui a fait le tour de toutes les chaises, saluant chacune des personnes présentes et écoutant brièvement leur histoire. 

éfugiés et survivants de naufrages

Parmi eux, accompagnés également par Sant’Egidio et Erlip Vitarsa, premier diacre permanent de l’archidiocèse de Jakarta, se trouvaient des personnes âgées en institution, des pauvres qui vivent ou travaillent dans des décharges et fréquentent la cantine de la communauté, puis des réfugiés de Somalie et une famille de réfugiés du Sri Lanka, qui ont fui les persécutions contre les Tamouls. Ils étaient partis il y a plusieurs mois sur un bateau pour rejoindre l’Australie, mais le bateau a chaviré en mer. Miraculeusement vivants, ils ont regagné l’Indonésie et, comme beaucoup, attendent de retrouver des membres de leur famille en Australie ou même au Canada. «Ils vivent dans les limbes, dans un pays qui ne les rejette pas mais qui ne dispose pas de la législation et des moyens nécessaires pour leur venir en aide». 

Le Pape François a écouté leur histoire, rapportée par James, et les a bénis, comme il l’a fait avec un réfugié de Birmanie, l’un des nombreux Rohingyas qui subissent ces brutalités si souvent stigmatisées par le Pape, le seul à donner une voix dans le débat public à cette minorité. Le Souverain Pontife a aujourd’hui posé sa main sur la tête de l’enfant, amené à la Nonciature par le JRS, en signe de proximité et de sollicitude. 

Le Pape avec des orphelins accompagnés de religieuses dominicaines
Le Pape avec des orphelins accompagnés de religieuses dominicaines

L’affection pour les enfants

Des marques d’affections, François en a distribué aux nombreux enfants présents: aussi bien les orphelins recueillis dans les villages et les banlieues urbaines, nourris et éduqués par les sœurs dominicaines, que les enfants des écoles de la paix (18 dans tout l’archipel, regroupant plus de 3 000 enfants). Ces derniers ont offert le dessin du «monde que je voudrais», l’image du globe terrestre tenue par deux bras composés de tous les drapeaux, unis et rapprochés en signe de fraternité.

Entre baisers, bénédictions sur les têtes et les fronts, embrassades et chapelets en cadeau, le Pape a passé une bonne partie de cette rencontre avec les petits, la première et pour l’instant la seule – après le long voyage de 13 heures en avion depuis Rome – rendez-vous du voyage en Asie du Sud-Est et en Océanie. Il s’est ensuite arrêté pour parler en privé avec une femme originaire d’Afghanistan, enveloppée dans un tchador, et a plaisanté avec un vieil homme en fauteuil roulant: «Moi aussi !». Enfin, il a donné sa bénédiction, se déclarant heureux et ému d’avoir entamé le plus long voyage de son pontificat par un tel rendez-vous. 

Des enfants ont accueilli François à la nonciature de Jakarta
Des enfants ont accueilli François à la nonciature de Jakarta

Source : VATICANNEWS, le 3 septembre 2024