13.03.2026 – Prédication de Carême du père Roberto Pasolini O.F.M. Cap. (2/4)

Méditation de Carême: dans un monde en guerre, la fraternité est une responsabilité

La grâce et la charge de la communion étaient au cœur de la deuxième méditation de Carême ce 13 mars, dans la salle Paul VI, en présence du Pape. Le prédicateur de la Maison pontificale s’est attardé sur l’intuition de saint François qui voyait dans les relations interpersonnelles une occasion d’apprendre la logique de l’Évangile.

Edoardo Giribaldi – Cité du Vatican

De l’art aux modèles économiques, divers domaines ont tenté d’imaginer une harmonie universelle entre les hommes, se heurtant à une réalité, faite de nos jours de divisions et de conflits, qui la font apparaître comme «un idéal à atteindre». La fraternité, en revanche, est un don divin mais aussi une responsabilité «sérieuse et urgente», car elle puise dans la diversité pour adoucir les cœurs et permet à chacun de faire la paix avec cette partie de soi qui voudrait lui faire croire qu’il est seul et autosuffisant. Telles sont quelques-unes des réflexions proposées ce vendredi 13 mars, par le prédicateur de la Maison pontificale, le père Roberto Pasolini, dans la salle Paul VI, en présence de Léon XIV.

La fraternité, lieu de conversion authentique

Dans la deuxième des quatre méditations de Carême — prévues tous les vendredis jusqu’au 27 mars et axées sur le thème «Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature» —, le frère capucin a réfléchi sur «La fraternité — La grâce et la responsabilité de la communion fraternelle».

“La fraternité n’est pas un accessoire de la vie spirituelle, ni seulement un contexte favorable où l’on grandit plus facilement dans la grâce. C’est le lieu où la conversion s’accomplit véritablement: l’épreuve la plus sérieuse et, en même temps, le signe le plus éloquent de ce que l’Évangile peut accomplir dans notre vie.”

L’exemple des premières communautés franciscaines

Le père Pasolini évoque notamment la vie des premières communautés franciscaines, que le «Poverello»d’Assise souhaitait dépourvues de relations de pouvoir ou de supériorité, à l’instar des premières communautés chrétiennes. Il ne s’agit pas d’espaces «où se réfugier pour vivre tranquillement», mais de contextes où l’on est ramené «au plus profond de son cœur», avec ses ombres et ses inquiétudes.

“Les frères sont un don du Seigneur. Mais, précisément pour cette raison, ils n’ont pas simplement pour fonction de nous aider ou de nous soutenir tout au long du chemin: ils nous sont confiés afin que notre vie puisse changer.”

«Celui qui vient du même sein»

En réfléchissant à la signification étymologique du mot frère, adelphós, littéralement «celui qui vient du même sein», le prédicateur de la Maison pontificale observe que les frères ne se contentent pas de confirmer «ce que nous sommes»,mais appellent à une transformation.

“Dans leur diversité, dans leurs limites et parfois même dans leurs difficultés, ils deviennent l’espace concret où Dieu façonne notre humanité, en adoucissant nos rigidités et en nous enseignant à vivre avec un cœur plus authentique et plus capable d’amour.”

Abel et Caïn, un «problème de regard»

L’un des récits qui décrit le mieux ces résistances est la «relation douloureuse» entre Abel et Caïn. Une fracture qui naît d’un «problème de regard», selon le frère capucin. Le premier frère, dans le récit de la Genèse, offre les premiers-nés de son troupeau – une offrande que Dieu «regarde avec faveur» – tandis que le second présente simplement quelques fruits de la terre.

“Ce n’est pas tant la qualité de l’offrande qui fait la différence, mais le fait que ce qui est offert représente véritablement sa propre vie. C’est pourquoi Dieu n’accepte pas le don de Caïn: non pas pour le condamner, mais pour le provoquer. Accepter ce geste reviendrait à le laisser dans la conviction qu’il n’a vraiment rien de bon à offrir. Dieu, au contraire, semble vouloir l’aider à croire que sa vie aussi peut devenir un don.”

«Qui est Caïn en nous?»

À partir de cet épisode, le père Pasolini nous invite à nous interroger, en nous demandant «qui est Caïn en nous»: c’est-à-dire quelle place occupe le ressentiment, qui se transforme en distance puis en violence, dans le cœur de chacun. Cette rancœur qui naît du constat que «nous ne sommes pas seuls » et que « nous ne sommes pas tout».

“Lorsque nous ne parvenons pas à faire la paix avec cette réalité, la présence de l’autre peut devenir insupportable.”

La logique de la miséricorde envers ceux qui pèchent

Pour saint François, cependant, la fraternité n’était pas un problème à résoudre, mais une occasion d’apprendre la logique miséricordieuse de l’Évangile envers le prochain qui pèche. Une dynamique que l’on retrouve également dans la brève mais intense Lettre à Philémon de saint Paul.

“Lorsque les relations se détériorent et que la communion est brisée, l’Évangile ne suggère pas en premier lieu de défendre ses propres droits, mais de rechercher le bien le plus grand et toujours possible: celui qui permet de reconnaître dans l’autre non plus un adversaire ou un débiteur, mais un frère aimé du Seigneur.”

Accueillir au milieu des blessures, des déceptions et des aversions

Cette réalité peut sembler éloignée de la vie concrète, mais elle devient tangible lorsque les relations se fondent sur «un lien de liberté». Non pas sur la sympathie ou l’affinité, mais sur «le fait que Dieu nous a choisis et nous a appelés à vivre ensemble dans l’Église comme frères et sœurs».

“Pâques a commencé à agir en nous dès l’instant où nous découvrons que nous pouvons accueillir les autres même lorsqu’ils nous blessent, lorsqu’ils nous déçoivent, lorsqu’ils se comportent en adversaires. Non pas parce que nous sommes devenus plus forts ou plus vertueux, mais parce que quelque chose en nous est déjà mort et que quelque chose de nouveau a commencé à vivre.”

Ne pas perdre de vue l’horizon

L’intuition du Poverello d’Assise, explique encore le prédicateur de la Maison pontificale, est de voir la conversion qui jaillit «précisément de ce que les autres nous font, même lorsqu’ils nous blessent ou nous mettent à l’épreuve».

“Cela élargit considérablement notre regard. Dans la vie quotidienne, les efforts de fraternité peuvent être lourds. Les distances entre nous, les paroles qui blessent, les incompréhensions qui persistent peuvent devenir douloureuses. C’est précisément pour cela que nous ne devons jamais perdre de vue l’horizon. Lorsque nous perdons la perspective de la vie éternelle, certaines difficultés deviennent totalement inacceptables.”

Accueillir la fraternité comme un don et une responsabilité

La foi, conclut le père Pasolini, ne sépare pas, mais nous rappelle que «personne ne peut être exclu de notre cœur». Libérés, par la résurrection de Jésus, non pas de la fatigue des relations, mais du soupçon que cet effort soit vain.

“C’est pourquoi, en ces jours de Carême, alors que l’histoire du monde continue d’être marquée par les divisions, les guerres et les conflits, nous, chrétiens, ne pouvons nous limiter à parler de la fraternité comme d’un idéal à atteindre. Nous sommes appelés à la recevoir comme un don et, en même temps, à l’assumer comme une responsabilité très sérieuse et urgente.”

Source : VATICANNEWS, le 13 mars 2026

Laisser un commentaire