CARD. JOSEPH ZEN: AU NOM DE LA VÉRITÉ JE NE ME TAIRAI PAS

Au nom de la vérité, je ne me tairai pas

7 octobre 2020

Je lis le discours prononcé le 3 octobre à Milan par le cardinal Parolin, secrétaire d’État de Sa Sainteté. Ça fait mal au ventre ! Comme il n’est pas stupide et ignorant, il a raconté une série de mensonges qu’il a rêvés.

Le plus répugnant est l’insulte faite au vénéré Benoît XVI en disant qu’il a approuvé à l’époque l’accord signé par le Saint-Siège, il y a deux ans, sachant que notre très doux, très gentil Benoît ne viendra certainement pas le nier. Il est tout aussi ridicule et humiliant que l’innocent cardinal Re soit « utilisé » une fois de plus pour soutenir les mensonges du Très Éminent Secrétaire.

Parolin sait qu’il ment, il sait que je sais que c’est un menteur, il sait que je vais dire à tout le monde que c’est un menteur, donc en plus d’être effronté, il est aussi audacieux. Mais au regard de ce qu’il ose faire maintenant, je pense qu’il n’a même pas peur de sa propre conscience.

J’ai peur qu’il n’ait même pas la foi. J’ai eu cette impression lorsque Parolin, ancien secrétaire d’État, dans un discours commémoratif du Card. Casaroli, louant son succès dans l’établissement de la hiérarchie ecclésiastique dans les pays communistes d’Europe, a déclaré : « quand vous cherchez des évêques, vous ne cherchez pas des gladiateurs, ceux qui s’opposent systématiquement au gouvernement, ceux qui aiment se mettre sur la scène politique ».

Je lui ai écrit pour lui demander si l’idée de décrire le Cardinal Wyszynski, le Cardinal Mindszenty, le Cardinal Beran ne lui avait pas échappé. Il m’a répondu sans le nier, il a seulement dit que si son discours me désolait, il s’excusait. Mais celui qui méprise les héros de la foi, n’a pas la foi !

L’Histoire

Voyons comment Parolin résume l’histoire.
La mention rituelle de Matteo Ricci comme le nec-plus-ultra dans l’histoire des missions de l’Église en Chine commence à me déranger. De nombreux missionnaires qui ont évangélisé le petit peuple ne sont pas moins admirables (sachez que je suis également fier d’avoir été éduqué dans la foi par les jésuites de Shanghai).

Parolin fait remonter les tentatives de dialogue à Pie XII. C’est une bonne chose qu’il ait également dit que Pie XII avait abandonné la tentative, mais il a ajouté : « cela a créé la méfiance mutuelle qui a marqué l’histoire pour la suite ».

Il semble dire que c’est cette « méfiance » qui a marqué toute l’histoire des trente années suivantes ! Est-il possible de simplifier l’histoire de cette manière ? Et l’expulsion des missionnaires, « tous » après avoir été soumis à des jugements populaires, condamnés comme impérialistes, oppresseurs du peuple chinois et même meurtriers ? Le représentant du pape a également été expulsé, et de nombreux évêques ont été expulsés après des années de prison ! Expulser les « impérialistes oppresseurs », puis ce sera le tour de ceux qu’ils oppriment, les chrétiens et le clergé chinois, coupables de ne pas vouloir renier la religion apprise de ces oppresseurs ! La moitié de l’Église a fini en prison et dans des camps de travail forcé. Pensez aux jeunes membres de la Legion de Marie jetés dans la prison des adolescents et qui en sont sortis à la quarantaine (sauf ceux qui y ont laissé leur vie). L’autre moitié de l’Église a également fini en prison, mais après avoir été torturée par les gardes rouges de la révolution culturelle. Puis dix ans de silence.

Ils disent : « N’êtes-vous pas capable d’oublier les souffrances du passé ? Je n’ai rien souffert personnellement (je suis à Hong Kong depuis 48 ans), ma famille et mes frères oui. Purification de la mémoire ? Pardonner, oui ! Mais oublier l’histoire ? L’histoire nous enseigne !

Parolin mentionne le Cardinal Echegaray comme le début d’un nouveau chemin « entre deux événements ». Pour ceux qui ont connu le Cardinal Echegaray, c’était un optimiste convaincu, il aimait énormément la Chine, mais peu savent comment les communistes ont traité ce vieil ami lorsqu’il leur a rendu visite à un moment malheureux : pendant la campagne contre la canonisation des martyrs en Chine : une heure d’insultes et d’humiliations (…) !

Les autres évènements sont dans la même ligne, jamais modifiée ! Mgr Claudio Celli, qui était le négociateur avant Parolin, se plaignait que l’homologue chinois ne négociait pas, mais répétait comme un gramophone : « Signez l’accord ! » Aujourd’hui, l’archevêque Celli n’a qu’un seul mot fixe pour l’Église indépendante en Chine : la compassion. Mais la vraie compassion doit être de libérer les esclaves de l’esclavage, et non de les encourager à être de bons esclaves.

L’Ostpolitik du Saint-Siège

Oui, le dialogue avec les communistes a commencé il y a longtemps, il y avait déjà des évêques représentant les pays communistes au Concile Vatican II avec le Pape Jean XXIII. Le pape Paul VI a ensuite envoyé Mgr Casaroli dans diverses missions, pour rétablir les hiérarchies dans ces pays. Il travaillait dans l’obscurité (disait Casaroli), on ne connaissait pas la situation réelle. Les hiérarchies ? Des évêques marionnettes, plus des fonctionnaires que des pasteurs du troupeau. Mais dans les pays ayant une longue histoire chrétienne, ils ne pouvaient pas se comporter trop mal (il y a deux ans, je suis allé visiter Budapest, Bratislava et Prague pour apprendre un peu de leur histoire).

Le dialogue s’est poursuivi sous Jean-Paul II et Benoît, mais avec quel résultat, cette politique que l’on appelle habituellement Ostpolitik ?

Extrait du livre « Benoît XVI – Dernières conversations » (p. 161-162)
A la question (de Peter Seewald) : avez-vous partagé et soutenu activement l' »Ostpolitik » du Pape (Jean-Paul II) ?
Benoît XVI : Nous en parlions. Il était clair que la politique de Casaroli… bien que mise en œuvre avec les meilleures intentions, avait échoué. La nouvelle ligne suivie par Jean-Paul II est le fruit de son expérience personnelle, du contact avec ces pouvoirs. Bien sûr, on ne pouvait alors espérer que ce régime s’effondre bientôt, mais il était clair qu’au lieu d’être conciliant et d’accepter des compromis, il fallait s’y opposer par la force. C’était la vision fondamentale de Jean-Paul II, que je partageais.

L’application de l’Ostpolitik à la Chine

Dans la lettre de 2007, le pape Benoît XVI énonce clairement le principe qui doit guider tout dialogue, on ne peut pas vouloir conclure à tout prix, une bonne conclusion dépend de la volonté des deux parties.

« La solution des problèmes existants ne peut être recherchée par un conflit permanent avec les autorités civiles, mais en même temps il n’est pas acceptable de céder à celles-ci lorsqu’elles s’immiscent indûment dans les affaires concernant la foi et la discipline de l’Église ». (par. 4)

Le pape François a également clairement énoncé le principe qui doit guider le dialogue. En Corée, à l’occasion de la Journée de la jeunesse, il a déclaré aux évêques asiatiques réunis : le principe du dialogue est double, tout d’abord la fidélité à sa propre identité (on ne peut pas renoncer à notre ecclésiologie et à notre discipline fondamentale), ensuite il faut ouvrir son cœur et écouter.

La continuité ?

Mais dans la pratique, il n’y a pas eu de continuité entre Benoît et François, il y a une continuité en la personne de Parolin. Dans mon livre « Pour l’amour de mon peuple, je ne me tairai pas », j’ai raconté comment un groupe de pression au Vatican n’a pas suivi la ligne du pape Benoît XVI pour résoudre les problèmes avec le gouvernement de Pékin. La question se pose : pourquoi un pape qu’on disait dur (on lui a même donné le surnom de « chien de chasse ») l’a-t-il toléré ? Mais vraiment, le pape Benoît est l’homme le plus doux et le plus timide du monde, il a beaucoup de mal à utiliser son autorité.

Un jour, moi, un grand pécheur, je lui ai fait la tête et lui ai dit : « Tu me dis de t’aider au sujet de l’Église en Chine, ces autres ne suivent pas ta ligne, et tu n’interviens pas, que vais-je faire ? Bertone ne m’aide pas non plus, pourquoi ? Il a répondu : « c’est que parfois, on ne veut pas offenser quelqu’un ». Il s’agissait du cardinal Dias, alors préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, et du négociateur du Saint-Siège avec Pékin, l’évêque Parolin, tous deux enthousiasmés par la politique de l’Ostpolitik.

Il sera dit que je révèle des choses dites dans une conversation privée et que je cause de l’embarras à la personne concernée. Oui, mais je pense que c’est beaucoup mieux que de le laisser prendre la responsabilité d’approuver un mauvais accord.

Une chose étrange était que, à l’époque du Cardinal Tomko en tant que préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, le négociateur a informé les membres de ces réunions périodiques secrètes sur l’état d’avancement des négociations (non officielles). Lorsque le pape Benoît XVI a mis en place l’imposante Commission pour l’Église en Chine, celle-ci est restée dans l’ombre.

Au cours de l’année 2010, il y a eu des rumeurs selon lesquelles un accord était prêt. Mais à un certain moment, tout est retombé dans le silence. Parolin fut envoyé au Venezuela et Ballestrero y entra, Savio Hon entra dans la Congrégation pour l’évangélisation des Peuples avant même que Dias ne se retire. De tout cela on peut deviner avec raison que le pape Benoît, in extremis, a stoppé l’accord et a pris une autre direction.

Lorsque le pape François a appelé Parolin du Venezuela et l’a nommé secrétaire d’État, l’une des premières choses que Parolin a faites a été de faire disparaître la Commission pour la Chine et, bientôt, l’Ostpolitik vers la Chine avait la voie ouverte. Le dialogue avec l’ennemi, oui, mais pas de dialogue entre nous ! Le pape François a de façon évidente mis la Chine entièrement entre les mains de son secrétaire d’État.

Il n’y a pas de continuité entre Benoît disant « Non » à l’Ostpolitik et François disant « Oui » à l’Ostpolitik. Il y a une continuité dans l’Ostpolitik de Parolin : d’abord il n’a pas suivi Benoît, maintenant c’est François qui le suit.

Je me pose des questions : Vous dites que Parolin manipule le Saint-Père ? Oui, je ne sais pas pourquoi le pape se laisse manipuler, mais j’ai des preuves pour le croire et cela me rend encore moins douloureux et répugnant de critiquer le Saint-Siège.

Lors de l’audience accordée à l’archevêque Savio Hon, lors de la légitimation des sept « évêques » excommuniés, les deux évêques légitimes de la communauté clandestine ont été priés de démissionner, le pape a dit trois choses : « ce n’est pas bon » « pourquoi n’en ont-ils pas discuté avec moi » « je vais m’intéresser à cela ».

Plus tard, lors d’une audience qui m’a été accordée, j’ai demandé au pape François s’il s’était intéressé à ce problème ? Il a répondu rapidement « oui, je leur ai dit de ne pas créer un autre cas Mindszenty ». Il n’aurait pas pu être plus clair et plus précis. (Malheureusement, les choses se sont passées exactement comme pour le Cardinal Mindszenty, les deux ont été contraints de céder leur bureau à ces deux prélats indignes).

Les choses produites par le Vatican, sont venues de Parolin (évidemment avec le consentement du Pape) !

L’effet de l’accord

Mais comment pouvez-vous dire que l’accord est mauvais ? N’ayant pas vu le texte, surtout celui en chinois, je n’ai pu porter aucun jugement. Mais le très Eminent Parolin lui-même et ses acolytes ont souvent dit qu’un mauvais accord vaut mieux que pas d’accord du tout. Je ne peux pas comprendre cela, même si je suis un professeur de morale. J’ai toujours enseigné que le mal ne peut être fait même avec de bonnes intentions.
– Ils disent : l’accord est bon, les communistes chinois ont enfin reconnu le pape comme l’autorité suprême de l’Église catholique. Si je ne vois pas le texte, je n’y crois pas.
– Le pape aura un droit de veto ! Si je ne vois pas le texte, je n’y crois pas. En supposant qu’il l’ait, combien de fois peut-il l’utiliser sans problème ?
– Avec l’accord, il n’y aura plus d’évêques illégitimes ! Peut-on faire confiance à la parole d’un régime totalitaire ? Ne vous souvenez-vous pas du pacte avec Napoléon, du concordat avec le gouvernement nazi ?
– Si le Vatican se conforme comme il le fait, les évêques légitimes ne seront pas nécessairement des évêques dignes. L’Église indépendante en Chine est maintenant pleine d’évêques « opportunistes », des gens qui se vendent au gouvernement pour faire une carrière de pouvoir et de richesse.
– Si donc les sectes excommuniées légitimées sont l’échantillon de ce qui est à venir, que le Seigneur nous en préserve. Ont-elles changé de comportement ? Ont-elles donné un signe de repentance ? Des remerciements pour le pardon du Pape ? Une promesse publique de respecter la doctrine et la discipline de l’Église ? Ce que vous voyez, c’est qu’ils se promènent triomphants : nous avons fait un choix intelligent en étant avec le gouvernement !

Le traitement des deux évêques légitimes contraints de céder la place aux excommuniés est particulièrement répugnant. L’évêque légitimé de Shantou, Huang Bingzhang, après sa « victoire » a organisé une grande célébration dans l’église de l’évêque déchu Zhuang Jianjian. Dans certains bus, son clergé et de nombreux fidèles sont venus, tandis que le clergé et les fidèles des déposés n’étaient pas autorisés (la police maintenait l’ordre). Ils voulaient que l’homme déposé vienne concélébrer et ainsi l’humilier. Mais le vieil évêque avait encore l’esprit clair, il a dit : « quand on se marie, on célèbre, mais j’ai été obligé de divorcer de mon diocèse, qu’y a-t-il à célébrer ? » et il s’est retiré.

L’évêque Guo Xijin de Mindong, bien qu’ayant avec lui une communauté non officielle beaucoup plus importante que son concurrent, a obéi au Vatican en cédant la place à l’excommunié, devenant son auxiliaire. Mais tout le monde a vu qu’ils lui ont rendu la vie impossible, il ne lui reste plus qu’à démissionner (nouvelle de ces jours-ci).

L’Église est-elle enfin unifiée ? Le rapprochement entre les deux parties a-t-il lieu ? La vie de l’Eglise sed normaise-t-elle juste parce que le Pape donne sa bénédiction sur toute cette misère ? Sur cette victoire de l’ennemi ?

Que tous les évêques soient légitimes, mais dans une Église objectivement schismatique, est-ce bien ? Est-ce un progrès ? De quel type de voyage est-ce le début ?

Son Éminence semble très humble pour dire que le résultat de l’accord n’était pas particulièrement excitant, mais c’est évidemment un « euphémisme », je dirais qu’il était simplement désastreux.

Le dernier acte : tous dans l’Église schismatique !

Plus désastreux et plus cruel fut le dernier acte de cette tragédie. « directives pastorales concernant l’enregistrement civil du clergé », émises par « le Saint-Siège », sans spécification du département et sans signatures (mais on sait qu’il s’agit du fait de Parolin). Tout le monde est invité à rejoindre l’Association patriotique, c’est-à-dire l’Église indépendante. C’est le coup de grâce !

Une partie de la communauté « clandestine », dirigée par des évêques et des prêtres, est heureuse de pouvoir enfin enlever le fardeau des « hors-la-loi ». Mais lorsqu’ils entrent dans la cage, les anciens locataires se moquent d’eux : « Nous avons toujours dit… » Mais nombreux sont ceux qui, tout au long de leur vie, ont résisté au régime et ont persévéré dans la vraie foi (avec de nombreux martyrs parmi leurs familles) et sont maintenant invités par le « Saint » Siège lui-même à se rendre !? Désarroi, déception et aussi ressentiment d’avoir été trahi.

Il est vrai que le document dit que le Saint-Siège « respecte » leur conscience, s’ils ne se sentent pas en mesure de faire cet acte. Mais l’effet pratique sera le même : ils n’auront plus leurs églises, ils ne pourront plus dire la messe pour les fidèles dans des maisons privées, ils ne recevront plus d’évêques. Il ne reste plus qu’à vivre la foi dans les catacombes, en attendant des jours meilleurs.

La situation générale

Beaucoup de choses se sont passées pendant cette période, je ne dis pas « à cause de l’accord », mais certainement « malgré l’accord » : un durcissement considérable de la persécution, un acharnement à faire disparaître la communauté non officielle, une application stricte des règles une fois de plus rigidifiées, comme l’interdiction pour les enfants de moins de 18 ans d’entrer dans l’église et de participer à toute activité religieuse. La « sinisation » n’est pas ce que nous entendons par inculturation, c’est la religion du Parti communiste : la première divinité est la patrie, le parti, le dirigeant du parti. Comment Son Eminence peut-elle dire que tout cela n’a rien à voir avec l’accord ? La vie peut-elle être découpée en morceaux ?

En fait, Son Éminence fait également le lien entre cet accord et la paix internationale et la résolution des tensions. Mais il semble vraiment que pour sauver l’accord, le Saint-Siège ferme les yeux sur toutes les injustices que le Parti communiste inflige au peuple chinois.

et à Hong Kong ?

Même Hong Kong, avec l’introduction de la loi pour la sécurité nationale, est devenue une ville au régime totalitaire, les citoyens ont perdu tous leurs droits, y compris celui de l’expression, de la parole, menacés par une incroyable brutalité policière.

S’ils ne refusent pas explicitement l’État autonome de Hong Kong, l’accord n’affectera pas Hong Kong, mais on entend dire que pour être évêque de Hong Kong, il faut avoir la bénédiction de Pékin !

Que le Seigneur nous sauve de nos puissants ennemis !

Que Notre-Dame du Saint-Rosaire nous protège de tout danger !

P.S. La première lecture de la messe d’aujourd’hui, 27ème semaine par an, mercredi, (Galates 2. 1-2, 7-14) m’encourage à mettre cet article sur mon blog.

Source: BLOG DU CARD. JOSEPH ZEN, le 7 octobre 2020

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