Ratzinger : une « sentinelle dans la nuit »

De Nico Spuntoni sur le site de la Nuova Bussola Quotidiana :

Ratzinger, sentinelle dans la nuit pour la défense de l’Eglise

Le biographe de Benoît XVI Peter Seewald présente à Rome la biographie monumentale « Benoît XVI. Une vie ». « Ratzinger a appris que la crise, dans la vie de l’Église, n’est pas une condition extraordinaire, mais une condition permanente, parce que chaque époque connaît ses propres hérétiques, ses propres tentations ». 

Lors de la conférence de presse de présentation du « Sel de la terre », lorsqu’on lui a demandé pourquoi il avait accepté d’être interviewé par un journaliste communiste, le cardinal Joseph Ratzinger avait répondu calmement en disant qu’il y voyait « un signe de la Providence ». C’était en 1996, Peter Seewald était l’un des auteurs du journal libéral « Süddeutsche Zeitung » et ce livre-interview n’était que le premier de quatre best-sellers signés par cet étrange couple. Entre-temps, cependant, elle est devenue moins étrange : la rencontre avec celui que ses ennemis appelaient Panzerkardinal a en effet été décisive pour le rapprochement de l’écrivain allemand avec le catholicisme.

En 2020, Seewald a publié une vaste biographie de 1200 pages aux éditions Garzanti, intitulée « Benoît XVI. Une vie ». Samedi soir, devant un public choisi, le livre a été présenté au Palazzo Mattei di Paganica, à Rome, sous le patronage de l’Enciclopedia Italiana – Treccani et de la Fondation Vaticane Joseph Ratzinger-Benoît XVI. Le débat, animé par la journaliste Simona Sala, a vu la participation de l’écrivain Alessandro Acciavatti, de l’ancien sous-secrétaire du cabinet du Premier ministre Gianni Letta, de la vaticaniste Giovanna Chirri, qui a été la première à annoncer la renonciation, et du fondateur de la Communauté de Sant’Egidio, Andrea Riccardi. Étaient également présents les cardinaux Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, Gerhard Ludwig Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et Monseigneur Georg Gaenswein, préfet de la Maison pontificale et secrétaire personnel du pape émérite, dont il a apporté les salutations.

Mais, surtout, l’auteur de la biographie était présent, qui a dédié des mots de grande admiration et de gratitude à Ratzinger. Seewald a rappelé qu’en tant qu' »ancien communiste et rédacteur en chef de ‘Der Spiegel' », il n’appartenait pas au camp de Ratzinger, mais qu’il avait néanmoins été impressionné par la manière dont le cardinal de l’époque s’était montré capable d’harmoniser la foi et la raison. « Le courage de s’opposer aux ‘oui’ : ce que ‘l’on’ doit penser, dire et faire, surtout dans une société qui est vraiment écrasée par la dynamique de l’esprit du temps », a déclaré le journaliste allemand. Dès l’époque où il était caricaturé en chien de garde de l’orthodoxie, Ratzinger incarnait – selon son intervieweur historique – « la fiabilité de celui qui proclame fidèlement et authentiquement la doctrine de l’Église en continuité avec les Pères et les réformes du Concile Vatican II ».

M. Seewald s’est également permis un passage sur l’actualité, rappelant que « dernièrement, le pape François a une fois de plus loué son prédécesseur pour avoir laissé derrière lui un magistère lumineux ; on ne peut cependant pas expliquer pourquoi il n’a pas pu s’empêcher de faire barrage au libre accès à la messe traditionnelle ordonnée par Benoît XVI et qui tenait à cœur au pape allemand ». Une référence, donc, au motu proprio Traditionis custodes qui a réformé dans un sens limitatif le Summorum pontificum promulgué en 2007. 

Seewald a comparé la figure de Benoît XVI à celle de saint Jean XXIII car, comme lui, « il a lutté pour un renouveau conforme aux besoins de l’époque, mais a insisté pour que la recherche de ce qui est en phase avec les temps ne conduise jamais à un renoncement au vrai et au valide, et à une lâche adaptation à ce qui est momentanément d’actualité ».

Selon son biographe, Ratzinger a « appris » que « la crise, dans la vie de l’Église, n’est pas une condition extraordinaire, mais permanente » car « chaque époque connaît ses propres hérétiques, ses propres tentations » et « le message de l’Évangile est également trop lourd pour trouver seulement un consensus, d’autant plus dans un monde sécularisé qui ne sait plus de quoi parler quand il s’agit du christianisme ». Parmi les signaux d’alarme qui sonnent aujourd’hui pour témoigner de la « crise d’époque » de l’Église, selon le journaliste allemand, il y a aussi « le mouvement d’évêques et de laïcs en Allemagne qui voudrait donner une nouvelle constitution à l’Église universelle par le biais de processus dits synodaux et qui, sans aucun doute, détruirait l’identité de l’Église ».

C’est pourtant le contraire de ce que Ratzinger a tenté de faire, se plaçant « pendant des décennies, comme une sentinelle dans la nuit, placée seule pour défendre la maison de Dieu ». Selon Seewald, c’était aussi « le drame de sa vie » mais aussi « sa mission » : « reconnaître les dangers, donner des réponses et transmettre de manière authentique le message de l’Évangile et les enseignements et traditions de l’Église ». Enfin, l’auteur a expliqué qu’il a voulu écrire cette biographie de plus de mille pages dans la conviction qu’il serait important de réfuter « les nombreuses déformations qui déforment encore l’image de Benoît XVI en vue du processus de béatification ». Un processus de béatification qui, l’homme qui a signé quatre livres d’entretiens avec lui s’en est dit convaincu, « aura lieu ».

Source: Nuova Bussola Quotidiana, le 6 décembre 2021

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